Tibou Kamara, ministre de l’Industrie et des PME

Par Top Sylla : « Gouverner autrement », le slogan qu’Alpha Condé vient de recycler est sur toutes les lèvres, et fait l’objet de maintes interprétations. Il y a ceux qui n’y voient qu’une entourloupe de plus, il y a ceux qui estiment qu’il faut attendre de voir, et des compatriotes qui croient dur comme fer que c’est une nouvelle ère d’espérance qui s’ouvre pour le pays.

Le ministre Tibou Kamara, lui aussi, dans une tribune en a fait sa lecture. Une prise de position qu’il a défendue avec brio comme invité dans un talk show sur Djoma TV.

En sus du thème principal, les journalistes ne se sont pas fait prier pour essayer de lui tirer les vers du nez à propos d’autres questions.

Le ministre d’Etat, également conseiller personnel du président de la République, qui est connu pour quelqu’un qui ne fait pas dans la dérobade, a saisi l’opportunité pour éclairer la lanterne de plus d’un.

Sur le communiqué du gouvernement, relatif aux accusations de détournements portées par certains journalistes contre la ministre de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, l’on a appris que c’est une décision unanime du conseil des ministres qui est présidé, comme on le sait, par le président de la République.

Ce que confirme du reste le compte rendu des travaux du conseil fait par le porte-parole du gouvernement en l’occurrence.

Une attitude qui se justifierait par le fait que dans l’entendement des ministres présents ce jour-là, et aussi pour Alpha Condé, pourtant présenté comme celui par lequel le pot aux roses aurait été découvert, les accusations ne reposent sur aucune preuve tangible. D’où la saisine du procureur de la République près le tribunal de première instance de Kaloum aux fins de poursuite contre les accusateurs pour diffamation (ou dénonciation calomnieuse).

À la question de savoir ce que le ministre pensait de l’avis désapprobateur exprimé par le président du parlement, au détour d’une interview sur la publication dudit communiqué, il a estimé que chacun est libre de donner son opinion là-dessus. Avant d’ajouter que l’on s’attendait à ce que la majorité soit plutôt solidaire de son gouvernement en pareil cas.

Quid de l’arrestation de plusieurs responsables de l’UFDG (le principal parti d’opposition) et de la société civile, qualifiés de « prisonniers politiques » ? Il estime qu’en matière de justice on parlerait plutôt de « personnes en conflit avec la loi ».

Dis-moi qui tu courtises, je te dirai qui tu HAIS…

En somme, un entretien des plus banals entre un homme d’Etat rompu à ce genre d’exercice, étant de surcroît un ancien journaliste, et des chroniqueurs avertis. Cela n’a pas pour autant manqué de susciter quelques jours plus tard, des réactions de la part de contempteurs, dont certains semblent, malheureusement, plutôt mus par le désir de faire le buzz aux dépens du ministre.

Aussi, a-t-on opposé à sa réponse relative aux propos du président du parlement, le rôle de contrôle de l’action gouvernementale dévolu aux députés. Alors que cette prérogative de la représentation nationale s’exerce d’une manière bien connue : en votant le budget et en contrôlant son exécution, en ouvrant des enquêtes, en convoquant des ministres ou leurs représentants pour leur poser des questions, etc.

En ce qui concerne les responsables de l’UFDG (figure de proue de l’opposition en Guinée) et de la société civile en détention, il est évident que pour parler de leur statut, le pouvoir n’use pas de la même terminologie que les opposants et les organisations de défense des droits de l’homme.

Pour ces dernières en général :

« Une personne privée de sa liberté individuelle doit être considérée comme un “prisonnier politique”:

  • si la détention a été imposée pour des raisons purement politiques sans rapport avec une infraction quelle qu’elle soit ;
  • si, pour des raisons politiques, la durée de la détention ou ses conditions sont manifestement disproportionnées par rapport à l’infraction dont la personne a été reconnue coupable ou qu’elle est présumée avoir commise ;
  • si, pour des raisons politiques, la personne est détenue dans des conditions créant une discrimination par rapport à d’autres personnes ; ou,
  • si la détention est l’aboutissement d’une procédure qui était manifestement entachée d’irrégularités et que cela semble être lié aux motivations politiques des autorités ».

Ce serait presque surréaliste de voir un ministre d’Alpha Condé, même au cas où les conditions sus-citées seraient réunies, admettre la thèse de l’existence de détenus politiques en Guinée. Il en va ainsi dans d’autres pays comme le Sénégal de Macky Sall à propos des Karim Wade et Khalifa Sall. Après la condamnation de l’ancien président français Sarkozy par le Tribunal correctionnel de Paris pour « corruption » (entre autres, suite à des poursuites du Parquet national financier), au sein de l’opposition de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer une « justice politique ».

Et dire que cette autre péripétie de la série d’intrigues dont Sékhoutoureya est le théâtre, ne donne qu’une petite idée des rivalités qui font rage entre « ennemis intimes » autour du président Condé.

Dans cet univers où la moindre faiblesse peut s’avérer fatale, Tibou Kamara, lui, ne se contente pas de plier sans rompre.

Il semble avoir fait sienne la devise du Roi de France Louis XII : Qui s’y frotte s’y pique !

Par Top Sylla

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