La composition de la délégation qui a accompagné Mamadou Sylla à la présidence de la République et les propos tenus par ce dernier en disent long sur la menace qui plane désormais sur la démocratie en Guinée. Et plus particulièrement sur l’opposition extra parlementaire. La seule sur laquelle les défenseurs de la démocratie et de l’Etat de droit peuvent compter.

En effet, lorsque vous avez dans une délégation composée entre autres de Mamadou Baadiko Bah, Faya Millimono et Bah Oury et dont le chef déclare qu’ils vont aider le président de la République, on comprend aisément que la pluralité politique est menacée dans ce pays. Non seulement par la capitulation de ces trois personnalités mais aussi par les propos tenus par leur chef.

Une opposition est à une démocratie ce que l’oxygène est au corps humain. Par définition la démocratie c’est le multipartisme. Et le multipartisme implique forcément un pouvoir et une opposition. Il est arrivé dans certains pays d’Afrique ou d’ailleurs que, devant une situation exceptionnelle, le pouvoir et l’opposition se sont donné la main pour diriger ensemble. Mais lorsque la crise est surmontée, chacun reprend sa place.

Si, depuis le début des années 90, les chefs d’Etat africains sont relativement à l’abri des coups d’Etat militaires, c’est parce qu’ils sont protégés par la démocratie. Laquelle a ses avantages, comme cette protection mais aussi ses inconvénients qui font qu’un chef d’Etat n’est plus considéré comme un demi-dieu.

L’opposition est donc indispensable à nos chefs. C’est autant dire que son musèlement est un couteau à double tranchant. Mais ce n’est pas le pouvoir  qui nous intéresse ici. Celui-ci ne verra jamais d’un mauvais œil l’affaiblissement voire la disparition de l’opposition. C’est plutôt à cette dernière de résister pour éviter cette disparition. Il appartient donc à ce qui reste des partis de l’opposition d’éviter l’hécatombe. Particulièrement au PEDN, à  l’UFR et à l’UFDG. Le trio qui a toujours donné de l’insomnie au palais.

Ces partis doivent mettre leur égo de côté pour se concerter afin de sauver la démocratie guinéenne. Si demain vous avez le trio d’anciens Premiers ministres qui décide de se donner la main pour barrer la route à la pensée unique qui commence à se cimenter dans le pays, la situation pourrait changer rapidement. Même si, on le sait, tous les trois sont actuellement en manque de cadres. Pour les deux premiers, ils ont pour la plupart rejoint le pouvoir. Pour le troisième ils sont en prison.

Et justement cette privation de liberté aux principaux lieutenants de Cellou Dalein Diallo semble avoir produit tous ses effets. A l’exception du président du parti qui s’exprime, les autres cadres encore en liberté semblent avoir cédé à l’intimidation. On n’entend plus personne. Pire, ceux qui, comme le jeune militant Ibrahima Sory Camara, dénoncent ce silence sont menacés de sanction.

Or on n’est pas responsable politique de premier plan pour rien. Si demain, il y a des négociations entre le pouvoir et l’opposition, s’il est question d’octroyer quelques avantages aux partis adversaires ce sont les mêmes cadres qui vont en bénéficier. C’est pourquoi leur engagement doit être à la dimension de leur responsabilité. L’opposition en général et l’UFDG en particulier sont à la croisée des chemins. Les militants les observent. Pendant que plusieurs dizaines de militants anonymes croupissent en prison et dans des conditions extrêmement difficiles, le parti doit se battre sur plusieurs fronts. Tout d’abord celui de la libération de tous les prisonniers, y compris les militants. Mais aussi et surtout sur le front de la pérennisation de la pluralité politique et de la liberté d’expression en général.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

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