La crise politique que traverse actuellement le Sénégal ne laisse pas les Guinéens indifférents. Selon qu’ils appartiennent à la mouvance ou à l’opposition, ils choisissent leur camp. Les partisans du régime de Conakry dénoncent une dérive dictatoriale. Tandis que les militants de l’opposition estiment qu’il n’y a aucune commune mesure entre la crise guinéenne et ce qui se passe au Sénégal. 

Dans tous les cas, les Sénégalais semblent s’être inspirés de ce qui se passe chez leur voisin. Même si, il est vrai, que la Guinée est en train une nouvelle fois de montrer qu’elle est capable du meilleur comme du pire. Pendant que les Sénégalais manifestent contre l’arrestation d’un seul leader politique, en Guinée plusieurs ténors du principal parti de l’opposition ainsi que des activistes de la société civile sont en prison. Sans que cela n’émeut personne. 

Cette situation pose le vrai problème de la Guinée. En 2007, notre pays a donné un exemple à l’Afrique, en résistant contre un régime qui avait atteint toutes les limites. Certains observateurs ont estimé que le printemps arabe s’était inspiré de ce qui s’était passé en Guinée. Mais en même temps les régimes doctoraux et corrompus ont été balayés en Afrique du Nord alors qu’il a fallu que la nature fasse son travail en Guinée. Le chef de l’Etat mourra de sa belle mort dans l’exercice de ses fonctions. 

Mais revenons à la contestation en cours au Sénégal. Pourquoi les Sénégalais manifestent contre l’arrestation d’Ousamne Sonko alors qu’ils n’avaient pas bougé quand, tour à tour, Karim Wade, Kahalifa Sall et Idrissa Seck avaient été arrêtés jugés et condamnés ? Il faut voir dans le décalage entre la passivité du peuple sénégalais pour le premier cas et sa réaction violente pour le second l’usure du pouvoir de l’actuel président de la République. 

Hier Macky Sall était tout nouveau et tout beau. Avec le temps, le mythe Macky est tombé. Certes l’homme a beaucoup fait. Notamment en termes de réalisations d’infrastructures. De nouvelles villes ont poussé en pleine brousse. Mais il n’existe aucun domaine aussi ingrat que la politique. Ce Macky n’a plus rien de nouveau à proposer aux Sénégalais. Lesquels veulent avoir un nouvel homme à la tête de leur pays. Et cet homme providentiel est incarné aujourd’hui par Ousmane Sonko. 

Ainsi, l’usure du pouvoir de Macky, l’injustice subie par certains de ses anciens concurrents et la velléité de s’accrocher au pouvoir dont certains le soupçonnent, ont été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Les Sénégalais manifestent moins pour Ousmane Sonko que contre Macky Sall. Sinon leur pays serait ingouvernable. En effet, dans un pays où la justice ne peut pas demander des comptes à un responsable politique est un pays de non droit. Or le Sénégal ne peut pas donner une telle image. 

D’où l’importance pour les Sénégalais de revenir à la sérénité et de laisser la justice faire son travail en toute indépendance. Même si, après les cas cités plus haut, certains ne font plus confiance à cette justice. C’est donc au moment où, en France, un ancien président de la République est condamné pour la première fois à une peine de prison, qu’un pays d’Afrique francophone veut accorder une impunité à un opposant. 

Habib Yembering Diallo pour Guineenmatin.com

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