Hadja Sarangbè Condé, présidente du comité national des femmes du PEDN

« Pour cette journée de promotion des droits des femmes, je dirais à la femme guinéenne de se battre. Celles qui se battent déjà doivent continuer et celles qui ne le faisaient pas jusque-là doivent commencer maintenant à se battre pour arracher leurs droits ». C’est le message de Hadja Sarangbè Condé, la présidente des femmes du PEDN (Parti de l’Espoir pour le Développement National), à l’occasion du 8 mars, journée internationale des droits des femmes.

L’opposante a lancé cet appel lors d’un entretien qu’elle a accordé à Guineematin.com, et dans lequel elle a évoqué la situation de la couche féminine dans notre pays. Une situation qui n’est pas reluisante à ses yeux, puisque les femmes qui représentent plus de 52% de la population guinéenne, sont encore reléguées au second plan. D’où la nécessité pour les femmes, dit-elle, de se lever pour arracher leurs droits.

Décryptage !

Guineematin.com : que peut-on dire aujourd’hui de la situation de la femme guinéenne, plus de 60 ans après l’accession de notre pays à l’indépendance ?

Hadja Sarangbè Condé : ce que moi je peux dire au niveau de la Guinée, c’est qu’il faut voir où est-ce qu’on en est par rapport aux droits réservés à la femme, surtout dans son émancipation, sa représentativité au niveau de toutes les instances. Bien-sûr qu’il y a eu des progrès depuis l’indépendance jusqu’à nos jours. Les femmes se battent pour arracher leurs droits, mais jusqu’à présent notre société demeure sous l’influence de certaines considérations, des préjugés. Parce que jusqu’à présent beaucoup de nos frères pensent que tout doit être dévolu à l’homme et que c’est lui qui doit décider et non la femme.

Donc, c’est à la femme de se battre pour arracher ses droits. Nous savons qu’aujourd’hui encore 70 à 80% des femmes sont toujours analphabètes. Et, même si elles ne sont pas analphabètes, elles ont du mal à pousser les études jusqu’à un certain niveau. Bien entendu, cela constitue un frein à leur émancipation. La femme doit être à tous les niveaux, c’est son droit. Mais, il faut bien qu’elle en mesure, qu’elle soit capable d’accomplir les missions qui lui sont confiées. Aujourd’hui, il faut voir les femmes qui sont dans les organisations de la société civile et qui se battent. Elles sont combien ?

Si vous regardez le gouvernement aujourd’hui, il y a combien de femmes ? Pourtant il y a des femmes qui sont capables, qui peuvent bien faire les choses, mais elles se butent toujours aux préjugés de la société. Parce que dans notre société, on pense toujours que c’est l’homme qui doit dominer. Donc, c’est nous les femmes qui devons nous battre pour arracher ce qu’on nous doit. Il faut que nous soyons à tous les niveaux de prise de décisions, surtout les décisions qui nous concernent.

Guineematin.com : selon vous, pourquoi malgré toute la bataille menée pendant plusieurs années en faveur de l’équité homme-femme dans notre pays, on ne parvient toujours pas à atteindre le résultat escompté ?

Hadja Sarangbè Condé : ça c’est une question de mentalité. Avec le développement de la société, avec l’évolution qu’on connait, avec la mondialisation, il faut que les hommes changent de mentalité. Et, ceux qui n’ont pas compris ça, il faut qu’on leur fasse comprendre par des séries de sensibilisation. Les hommes doivent comprendre que les tâches ménagères ne sont pas toujours dévolues à la femme. Evidemment, vous voyez dans certaines sociétés que les hommes et les femmes partagent les travaux ménagers, ils assurent ces travaux-là ensemble. Donc, c’est inévitable. Avec l’évolution et le développement de la société, l’homme sera obligé d’assurer les tâches ménagères.

Guineematin.com : vous, vous êtes membre du bureau politique national d’une grande formation politique de notre pays. Mais en général, le constat révèle que les femmes sont vraiment sous représentées dans les organes de décision des partis politiques en Guinée. Qu’est-ce qui pourrait expliquer cette situation, d’autant plus que pendant les élections elles sont fortement sollicitées par les leaders politiques ?

Hadja Sarangbè Condé : dans les partis politiques, puisque nous sommes à l’orée de la démocratie, ça il faut l’avouer, les femmes ne se sont pas intéressées à la politique. Mais, il y a beaucoup de facteurs qui expliquent cela. Et le premier facteur, c’est l’analphabétisme dont la femme est la première victime dans notre société. Il y a aussi la déscolarisation. Parce que même si la jeune fille est envoyée à l’école, elle arrête très vite les études. Donc, ces facteurs font que la femme ne s’intéresse pas à la politique. Et, comme j’aime à le dire, la politique permet à la femme de s’affirmer, de se battre pour arracher son droit.

Parce que si elle fait la politique, elle a le niveau, elle peut se retrouver dans un gouvernement ou occuper toutes autres fonctions de décision au sein de la société. Aujourd’hui, s’il y a un léger progrès, c’est parce que les femmes commencent à s’intéresser à la politique. Avant, elles ne s’y intéressaient pas du tout. C’est pourquoi, nous qui sommes aujourd’hui à la politique, nous menons une sensibilisation, surtout au niveau de nos jeunes filles qui sont dans les écoles et dans les universités, pour qu’elles s’intéressent un peu à la politique. Parce la politique est un moyen par lequel la femme peut exercer une très grande fonction dans la vie de la société.

Guineematin.com : ces dernières années, les femmes guinéennes commencent à rêver grand. Quelques-unes se sont portées candidates aux élections présidentielles de 2010, 2015 et 2020, mais aucune d’entre elles n’a réussi à avoir même 5% des suffrages. Peut-on dire aujourd’hui que notre société ne fait pas suffisamment confiance à la femme ?

Hadja Sarangbè Condé : ce n’est pas ça. Je vous ai dit que nous sommes dans une société où 70% des gens sont analphabètes. Et, la majorité de ces gens-là sont des femmes. Donc, les femmes ne comprennent pas qu’il faut supporter une femme qui saura mieux gérer les problèmes qui se posent dans notre société, surtout au niveau de la couche féminine. C’est pourquoi je dis que nous sommes en politique nous devons sensibiliser les autres femmes, mais aussi les former. Parce qu’aujourd’hui dans notre pays, les femmes pensent qu’être président est un rôle uniquement dévolu à l’homme.

Heureusement qu’on commence à avoir des candidates pour la présidence de République. C’est un début, et je crois que l’exemple du Libéria doit nous servir. Il y a eu une femme qui a été présidente de ce pays voisin de la Guinée et elle a bien travaillé pendant sa mandature. Donc, une femme peut être chef d’Etat. Mais dans notre pays, nous avons besoin de beaucoup de sensibilisation, beaucoup de formation au niveau des femmes. Parce que les femmes ne comprennent pas encore qu’une femme peut être président de la république.

Guineematin.com : quel est votre message à l’endroit des femmes de Guinée à l’occasion du 8 mars ?

Hadja Sarangbè Condé : pour cette journée de promotion des droits des femmes, je dirais toujours à la femme guinéenne de se battre. Celles qui se battent déjà doivent continuer et celles qui ne le faisaient pas jusque-là doivent commencer maintenant à se battre pour arracher leurs droits. Nous avons droit à tout dans ce pays, mais c’est à nous de nous lever pour arracher certains droits. Il faut que celles qui ont compris sensibilisent les autres pour que la femme guinéenne sorte de l’ornière. Parce qu’il faut avouer qu’aujourd’hui la femme guinéenne souffre beaucoup.

Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

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