Elhadj Amadou Diouldé Diallo, journaliste-historien

En interdisant la marche prévue par les journalistes, les autorités guinéennes envoient un message très fort à tous ceux qui font entendre un autre son de cloche que celui qui est émis par les partisans de la pensée unique. De par leur nombre, leur discipline et maturité les journalistes ne troublent jamais l’ordre public. L’interdiction de leur manifestation constitue donc un signal fort de la dérive dictatoriale qui fait son retour à peu à peu dans notre pays.

Après l’interdiction de cette manifestation, les hommes de médias, optent pour une autre forme de protestation. Celle-là est moins visible sur le terrain mais plus nuisible pour ceux qui entendent restreindre toutes les libertés dans ce pays désormais. Il s’agit non pas d’une marche mais uLes ne manifestation adaptée à la situation. C’est dire que la planète entière pourrait savoir que dans ce pays d’Afrique de l’Ouest nommé la Guinée, un journaliste de renommée mondiale est arrêté et emprisonné. Et que les autorités interdisent à ses confrères de manifester pour réclamer sa libération.

L’arrestation et l’incarcération d’un des plus éminents journalistes de ce pays voire du continent est la preuve que la Guinée n’a plus de référence. C’est un pays qui est en perte de repère. Si nul n’est au-dessus de la loi, il y a cependant des symboles que l’on ne doit pas fouler sous le pied. Incontestablement Amadou Diouldé Diallo fait partie de ces symboles. Plus que quiconque, cet homme est confronté à la dure réalité du dicton selon lequel « nul n’est prophète chez soi ». Diouldé est une icône dans le paysage médiatique sportif africain. Voire dans le monde.

Quand les Africains apprennent qu’il est arrêté est emprisonné pour avoir exprimé son opinion ils tombent des nues. Pour eux cet homme a sa place sur une tribune d’honneur et non sans une prison. Mais en même temps ils connaissent ce pays qui est la Guinée. Un pays où le sacré est désacralisé et où le vulgaire est sacré. Les autres citoyens du monde ne peuvent pas comprendre qu’une telle valeur puisse être incarcérée comme un bandit de grands chemins.

C’était justement pour montrer au monde qu’à l’intérieur du pays il y a aussi des hommes et des femmes qui sont attachés à la liberté d’opinion et la démocratie que les journalistes guinéens avaient prévu la marche interdite. Mais aussi pour réclamer non pas une faveur d’un confrère mais l’application de loi obtenue de haute lutte. Cette loi arrachée des mains des régimes militaires est qui est aujourd’hui remise en cause sous le règne d’un civil.

C’est ce paradoxe que les hommes de médias entendent dénoncer. Ils avaient fait de l’obtention de la L002, qui dépénalise les délits de presse, un objectif non négociable. Ils l’avaient obtenu de haute lutte. C’est suite à la remise en cause de cet acquis que les journalistes protestent. Puisse donc l’arrestation du doyen Amadou Diouldé Diallo être la dernière contre un journaliste dans ce pays.

Même si, désormais, nul n’est à l’abri. Comme dit le proverbe, lorsque le roi s’enfuit ses courtisans s’envolent. Là où les pionniers n’ont pas échappé plus personne n’échappera.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

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