Mohamed Ismaël Traoré, gouverneur de Faranah

Comme annoncé précédemment, le procès sur les violences meurtrières de mars 2020, à N’Zérékoré, se poursuit dans la capitale de la Guinée forestière. Ce mardi, 6 avril 2021, un homme de 60 ans, poursuivi pour « participation délictueuse à un attroupement », a comparu devant le tribunal criminel de N’Zérékoré. Prince Koulémou, interpellé au lendemain du double scrutin du 22 mars 2020, a rejeté en bloc les accusations portées contre lui, rapporte le correspondant de Guineematin.com sur place.

Il a dit avoir été arbitrairement arrêté, torturé au camp militaire de N’Zérékoré, avant d’être conduit en prison. Dans ses explications, l’accusé a chargé l’ancien gouverneur de N’Zérékoré, Mohamed Ismaël Traoré. Selon lui, c’est ce dernier qui a instruit des agents du camp militaire de la ville, de le maltraiter lui et ses compagnons d’infortune jusqu’à ce qu’ils acceptent d’être présentés comme étant des rebelles venus du Liberia.

« On était 3 personnes dont une fille sur une moto, en partance pour la maison. Quand on est arrivés au carrefour Komou, les militaires ont commencé à tirer en l’air. Notre conducteur a eu tellement peur que nous sommes tombés. Et directement, les militaires sont venus nous arrêter. Ils nous ont fouillés, ils ont pris tout ce qu’on avait. Ils nous ont ensuite demandé de l’argent, et nous avons répondu qu’on n’avait cet argent. Et quand ils ont vu mon sous-vêtement, qui était un habit traditionnel, ils ont commencé à nous frapper en nous traitant de rebelles. Après, ils nous ont envoyés au camp militaire.

Là-bas, on a trouvé l’ancien préfet et l’ancien gouverneur de N’Zérékoré. Et, le gouverneur Ismaël Traoré a demandé aux militaires de nous faire porter des armes et des tenues traditionnelles, et nous filmer pour dire que nous sommes des rebelles venus du Liberia. Lorsque nous avons refusé de porter ces armes et ces tenues, le gouverneur a instruit les militaires de nous frapper, de nous maltraiter, si on refuse de faire ce qu’ils nous demandent.

Les militaires m’ont frappé jusqu’à ce que j’ai failli perdre ma colonne vertébrale et mes côtes. Et aujourd’hui, j’ai encore les séquelles des tortures que j’ai subies. Est-ce que moi à mon âge je peux être rebelle ? Je suis natif du Gbili, dans la sous-préfecture de Samoe. Ma femme est là-bas avec mes enfants. Je ne suis pas rebelle. J’ai été arrêté arbitrairement et jusqu’à présent, je ne connais pas les raisons de mon arrestation », a déclaré le vieil homme.

Du 22 au 24 mars 2020, la ville de N’Zérékoré a été le théâtre de graves violences. Tout a commencé par la volonté d’empêcher la tenue du double scrutin (élections législatives et référendum constitutionnel) du 22 mars, jugé illégaux par de nombreux Guinéens. Mais les choses ont finalement tourné en affrontements intercommunautaires, avec des conséquences dramatiques.

Le bilan établi par certaines organisations de défense des droits de l’homme fait état d’une soixantaine de morts, plus d’une centaine de blessés, des maisons, des commerces et des églises pillés et incendiés. Les enquêtes ouvertes après ces douloureux événements ont conduit à l’interpellation de 42 personnes, qui ont été placées en détention provisoire à la Maison centrale de Kankan. Après plus de 6 mois de détention, 35 d’entre eux ont été remis en liberté conditionnelle et les 8 autres sont restés en prison.

Parmi les accusés, figurent notamment l’ancien maire de N’Zérékoré, Cécé Loua, l’opérateur économique et dissident du RPG Arc-en-ciel, Fassou Goumou, ainsi que plusieurs autres acteurs politiques et de la société civile membres du FNDC (Front National pour la Défense de la Constitution). Le tribunal de première instance de N’Zérékoré les a repartis en fonction des faits pour lesquels ils sont poursuivis.

A suivre !

De N’Zérékoré, Foromo Gbouo Lamah pour Guineematin.com

Tél : +224620166816/666890877

 

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