Habib Yembering Diallo

Cher ami,

Une fois n’est pas coutume, je commencerai par les souhaits consécutifs à la fin du mois de ramadan. Je profite donc de la fin de ce mois béni pour t’adresser cette lettre. Pour d’une part te donner mes nouvelles et solliciter les tiennes et d’autre part solliciter ton implication pour calmer la situation. Tout d’abord, que Dieu soit loué pour nous avoir permis de nous acquitter de nos obligations religieuses. Que la privation, à laquelle nous nous sommes soumis et qui est la preuve de notre profonde croyance à notre Créateur, soit récompensée par son paradis céleste.

Après ces vœux, je voudrais aller droit au but. Je sais que, très déçu par ce que tu appelles les occasions manquées par notre pays, tu ne suis pas régulièrement l’actualité de ce pays. Ce qui est, à mon humble avis, une erreur de la part de quelqu’un de ta trempe. Cela dit, je respecte ton opinion. Alors, au cas où tu ne serais pas au courant de ce qui fait la Une des médias chez nous, je te dis c’est bien moi. Plutôt les réseaux sociaux qui ont littéralement remplacé les médias traditionnels.

Depuis quelques jours, je fais l’objet de critiques les plus acerbes. Notamment de la part d’un parti politique. Tu imagines aisément lequel. Ce n’est ni celui qui est au pouvoir ni celui qui pourrait le remplacer. C’est l’autre que tu connais là. Cette fois, ils sont allés plus loin. Mobilisant leur armada, une terrible et redoutable force de frappe contre ma modeste personne. Le numéro 2 du parti a même franchi le Rubicon pour paraître trop vulgaire avec des grossièretés qui donnent de la nausée.

Ironie du sort, un activiste de la société civile a emboité le pas à ce parti pour lui aussi tirer à boulets rouge sur moi. Si bien que si ce n’était pas lui j’aurais pensé à un autre mercenaire de plume qui remplit le bled. Mais même si je ne suis pas ami à cet activiste, je sais qu’il ne se mettra jamais au service d’un parti contre un homme ou une entité quelconque.

Mes adversaires me présentent comme l’homme le plus incohérent et le plus inconséquent de ce pays. Ils mettent sur la place publique des déclarations que j’ai faites il y a quelques années contre mon actuel patron. Cette campagne a deux objectifs : que les caciques, à la recherche de ce qu’ils appellent les militants de la 25ème heure, se souviennent du rôle que j’ai joué hier contre eux et notre patron commun. Et qu’ils utilisent ces sons pour persuader notre patron que, ayant été très hostile contre lui, c’est une erreur de collaborer avec moi et surtout de me confier certaine responsabilité comme celle que je viens d’obtenir. De passage, j’espère que tu es au courant de ma nouvelle promotion.

L’autre objectif de mes détracteurs est de braquer l’opinion publique contre moi. En montrant deux facettes diamétralement opposées de ma personne. Si, sur le premier objectif ils n’ont pas encore réussi, car entre mon patron et moi, c’est désormais le partirait d’amour, sur le deuxième ils sont en passe de réussir leur coup. Quand j’ai fait le tour des réseaux sociaux pour voir les réactions consécutives à leurs publications, j’ai compris que j’ai perdu pour le moment la bataille. Reste à savoir si je vais gagner la guerre.

Dans la foulée, j’ai lu le commentaire d’un ancien ami, que j’ai reconnu, et qui m’accable de reproches. Il estime que mon problème c’est que je suis ami à tous les chefs. Il a cité tous ceux qui se sont succédé à la tête de notre pays ces dernières années et a estimé que, d’une manière ou d’autre, j’ai collaboré avec tous. Ce qui fait de moi le véritable homme/caméléon qui constitue un danger pour notre pays, selon lui. J’aimerais bien avoir ton avis sincère sur son opinion.

En lisant tous ces commentaires, je suis arrivé à cette conclusion : Ces avis sont de trois catégories : il y a ceux du parti politique dont j’ai déjà parlé. Pour ce dernier, il y a aucune objectivité. Il faut juste insulter l’adversaire que je suis. Il y a aussi ceux qui, en me défendant, savent que je dois forcément lire leurs réactions intéressées. Ceux-là attendent une récompense de ma part. Les avis de cette deuxième catégorie aussi ne sont pas objectifs. Il y a enfin les avis de ceux qu’on pourrait qualifier de neutres. Même s’il n’est pas facile de trouver quelqu’un qui est neutre dans ce pays. Les avis de cette dernière catégorie comptent beaucoup pour moi.

Je t’invite à faire un tour des réseaux sociaux pour voir comment ton ami a été mitraillé. Ensuite je souhaite avoir un retour. Enfin, et c’est là que je viens curieusement de poser le vrai sujet de ma correspondance, je voudrais que tu t’impliques personnellement et activement pour, sinon faire la paix avec ces gens, tout au moins  signer une trêve.

Dans un contexte de fin de règne qui ne dit pas son nom, il n’est ni souhaitable ni profitable d’être là où je suis aujourd’hui. J’attends donc de toi une prise de contact avec mes adversaires pour tenter de calmer le jeu. Pour les persuader que je peux être un adversaire politique mais pas un ennemi. Par conséquent qu’ils bannissent les injures dans le débat.

Attendant impatiemment ta réponse, je te prie de transmettre mes salutations à toute ta famille et plus particulièrement à ton épouse.

Ton ami le ministre

Habib Yembering Diallo, 664 27 27 47

Toute ressemblance entre cette histoire et une autre n’est que pure coïncidence

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Guineematin