Refus de déguerpir d’une maison à Dixinn : « il m’a menacé… ma soeur est morte », dit l’huissier de justice

En audience correctionnelle ce mardi, 1er juin 2021, le parquet de tribunal de première instance de Dixinn (délocalisé à la mairie de Ratoma) a requis six mois de prison assortie de sursis contre Mohamed Soumah, un malvoyant. Convaincu de la culpabilité de ce vieux prévenu dans cette affaire de rébellion et menace qui l’oppose à Me Sékou Keïta, un huissier de justice, le procureur audiencier a demandé au tribunal de retenir Mohamed Soumah dans les liens de la prévention pour les faits poursuivis à son encontre.

Selon des informations recueillies par un reporter de Guineematin.com, cette affaire porte sur l’exécution d’une décision de justice concernant une maison située à Dixinn Bora où le doyen Mohamed Soumah a été sommé de quitter. Mais, il aurait refusé, tout en proférant des injures et menaces contre l’huissier de justice, Me Sékou Kéïta, qui a tenté de le déguerpir des lieux sur la base d’une décision de justice qui aurait été rendue à cet effet par le tribunal de Dixinn. C’est donc pour son opposition supposée à l’exécution de cette décision de justice et les menaces qu’il aurait lancées à cet auxiliaire de justice que Mohamed Soumah a été trimbalé en justice.

A la barre ce mardi, le plaignant, Me Sékou Kéïta, a réitéré les accusations qu’il porte contre ce vieux malvoyant. Il assure qu’il est allé trois fois chez le prévu ; mais, ce dernier se serait opposé à ce qu’il fasse son travail et aurait même proféré à son encontre des injures en langue soussou.

« La troisième fois, quand je suis parti avec des gendarmes, monsieur Soumah m’a dit : si vous ne quittez pas ici, il y aura mort d’homme. Et, il a invité ses locataires à m’insulter aussi. Effectivement, quelques jours après ces menaces, j’ai une sœur qui a eu un bouton au niveau d’un de ses pieds, ça s’est enflé ; et, finalement, elle est morte. Face à ces menaces et étant un huissier de justice, j’ai dressé un procès verbal (PV) contre monsieur Soumah pour menaces et rébellion», a indiqué Me Sékou Keïta.

Cependant, le prévenu Mohamed Soumah a nié en bloc les faits portés à sa charge par l’huissier de justice. Il a laissé entendre qu’il n’a jamais été informé d’une décision de justice lui demandant de quitter la maison qu’il occupe actuellement. Et, les multiples questions qui lui ont été posées par le tribunal n’ont pas réussi à le faire changer de langage.

Seulement, son speech n’a visiblement suffit pour convaincre le ministère public de son innocence. Car, à l’issue des débats, le procureur audiencier, Daye Mara, a requis à son encontre six mois de prison assortie de sursis.

« Si monsieur Soumah est malvoyant, il parle et peut tenir des menaces qui contiennent des intentions de nuire. Donc, je vous prie de le retenir dans les liens de la prévention envers un huissier de justice qui est aussi un officier ministériel. Pour la répression, je veux votre clémence tout en vous demandant de condamner monsieur Mohamed Soumah à 6 mois d’emprisonnement assortie de sursis et au paiement de 5.000.000 francs guinéens d’amende. Me Kéïta a effectivement été victime de violences voies des faits. Nous demandons la clémence, parce que nous estimons que monsieur Soumah a agi en méconnaissance de la loi, malgré qu’on dit que nul n’est censé ignorer la loi », a dit le ministère public.

De son côté, l’avocat de la défense, Me Buffalo Bah, a invité le tribunal à ne pas suivre le ministère public qui n’a su apporter la moindre preuve de la culpabilité de son client.

« Quand le procureur vante les mérites des huissiers de justice, il faut qu’il sache que certains d’entre eux ignorent les textes de loi. Pour preuve, étant l’avocat de la défense dans ce dossier, j’ai effectué plusieurs démarches pour obtenir la copie de l’arrêt du tribunal de Dixinn. Ce n’est qu’à la dernière minute que je l’ai obtenu, alors que le même huissier (le plaignant) détenait la copie. Alors, dans cette affaire, je rappelle aussi que ce n’est pas à Me Keïta, quoi que étant huissier de justice, de dresser son propre PV de menace et de rébellion contre mon client. Cette tâche revenait à un autre. Et, durant tous les débats, Me Keïta n’a pas pu apporter la moindre preuve des injures qu’il a subies, surtout les propos utilisés par mon client. Dans ce cas, je me demande si c’est parce que Me Keïta est huissier de justice qu’il faut fermer les yeux sur ses accusations. Voilà pourquoi, monsieur le président, je vous demande d’acquitter purement et simplement mon client », plaide Me Buffalo.

Finalement, le tribunal a renvoyé le dossier au mardi, 15 juin 2021, pour le délibéré.

Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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