Mohamed Sidibé, président du Haut Conseils des Maliens en Guinée

Comme annoncé précédemment, la France a annoncé hier, jeudi 3 juin 2021, la suspension de sa coopération militaire avec le Mali. Une décision qui fait suite au deuxième coup d’Etat en neuf mois perpétré par l’Armée malienne, et qui va entraîner l’arrêt des opérations des soldats français déployés au Mali. Comment cette décision est-elle accueillie par les Maliens vivant en Guinée ? Faut-il craindre une aggravation des problèmes sécuritaires dans le pays ? Un journaliste de Guineematin.com a posé ses questions à Mohamed Sidibé, le président du Haut Conseils des Maliens en Guinée. 

Nous vous proposons ci-dessous leur entretien :

Guineematin.com : suite au nouveau coup d’Etat enregistré récemment au Mali et qui a conduit au départ du président et du premier ministre de la transition, la France a décidé de suspendre sa coopération militaire bilatérale avec votre pays. Une décision qui entraîne un arrêt des opérations conjointes menées par les militaires de la force française « Barkhane » avec les Forces armées maliennes (FAMa). Est-ce qu’il ne faut pas craindre des conséquences graves, notamment l’avancée des djihadistes qui sont dans le nord du Mali ?

Mohamed Sidibé : est-ce que la France a empêché l’avancée des djihadistes ? Parce qu’il faut quand même bien analyser la situation. La France, à un moment donné, a effectivement stoppé l’avancée des djihadistes. Les Maliens l’ont applaudi et on est sorti brandir le drapeau de la France. Mais par la suite, ça n’a pas évolué, parce que les djihadistes ont continué à sortir. Vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a eu plus de 200 mille morts depuis que la France est là-bas. Aujourd’hui, 80% du pays n’est pas sous contrôle de l’Etat et pourtant, il y la France. 

Les djihadistes opèrent à visage découvert aussi bien dans le centre que dans le nord du pays. Kidal n’est pas accessible aux autorités maliennes alors que la France est là. Nous, nous pensons que la France a rendu un service. Mais si elle ne peut plus continuer dans la même logique, nous serons très heureux qu’elle plie bagage et qu’elle quitte. Ça va passer ou ça va casser. On aura un pays ou on n’aura pas de pays, quand même on aura assumé nos responsabilités. Mais l’histoire d’une bouteille à moitié vide, à moitié pleine, ce n’est pas la meilleure politique.

Guineematin.com : justement, comment comprenez-vous cette position radicale de la France, qui refuse au Mali ce qu’elle a accepté au Tchad ?

Mohamed Sidibé : moi, je ne rentre pas dans la comparaison. Autrement dit, ce n’est pas le point de vue de la France qui m’intéresse. Ce qui m’intéresse, c’est que le peuple malien a eu besoin d’un changement, de rectifier la trajectoire de la transition, les militaires l’ont fait et on l’a approuvé. Maintenant, que la France approuve ou pas, ça n’engage qu’elle.

Guineematin.com : avant la France, la CEDEAO et l’Union africaine avaient déjà pris des sanctions contre le Mali. Elles ont suspendu le pays de leurs institutions suite à la reprise du pouvoir par l’Armée malienne. Quelle lecture faites-vous de ces décisions ?

Mohamed Sidibé : je comprends aisément les sanctions auxquelles on fait état. La condamnation des coups d’Etat, c’est un point de principe. Et c’est l’un des principes intangibles même aussi bien au niveau de la CEDEAO qu’au niveau de l’Union africaine. On n’a pas parlé d’embargo, mais de suspension du Mali dans les institutions de ces deux organisations. Comme vous le savez, les institutions de la CEDEAO par exemple, c’est la commission, la conférence du conseil des ministres et des chefs d’Etat ainsi que le parlement de la CEDEAO. Ne pas participer à ceci, est-ce que ça ne fait pas des économies ? 

A quoi ça sert de payer des députés pour aller assister à des réunions dont les résultats sont connus d’avance ? Je pense qu’il n’y a pas de problème par rapport à cela et je suppose que c’est pour un moment parce que dans leur résolution, ils disent qu’il faut accompagner la transition, qu’il faut que la transition soit soutenue pour respecter le délai. Il y a quand même une contradiction. On vous suspend, on veut vous accompagner dans le processus, on veut que vous respectiez le délai. Normalement, c’est ou on est amis, on travaille ensemble pour une bonne fin de transition, ou bien on n’est pas amis, chacun gère ses humeurs et sa façon de conduire.

Guineematin.com : quel est votre message personnel aujourd’hui par rapport à la situation qui prévaut dans votre pays ?

Mohamed Sidibé : mon message, c’est de dire que nous avons besoin du soutien de tous les Maliens. Nous avons besoin aussi de l’accompagnement des pays amis, notamment la République de Guinée. Nous avons des problèmes avec la France et les organisations affiliées à la France, mais nous avons tous besoin aujourd’hui de l’appui des pays africains, de l’appui des pays frères à travers une aide qui ne dit pas son nom. De mon point de vue, le combat qui se fait actuellement au Sahel, c’est la politique de l’Autruche.

Parce qu’on ne peut dire que ces puissances ne peuvent pas combattre des mouvements. Comment ils n’arrivent pas à les neutraliser alors qu’ils ont des avions, des drones ? Quand un mouvement se lève au Tchad, dans les heures qui suivent, vous voyez qu’il est neutralisé, parce que les informations sont données. Mais au Mali, malheureusement, ce n’est pas le cas. Donc la communauté internationale juge les choses en fonction de ses intérêts ou en tout cas de ses humeurs.   

Interview réalisée par Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41  

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