Guinée : les droits de l’homme à rude épreuve

Il y a 30 que la Guinée s’est engagée pour l’instauration de la démocratie et de l’Etat de droit. Trois décennies au cours desquelles des centaines voire des milliers de Guinéens sont morts pour ce rêve. D’innombrables biens, tant publics que privés, ont été détruits. Et comme pour donner raison à ceux qui soutenaient que le multipartisme est synonyme de tribalisme et ses corollaires de division, le rêvedémocratique a profondément divisé les Guinéens. 

30 après la vague de conférences nationales souveraines, auxquelles la Guinée a fait exception, force est de reconnaitre que notre pays n’a pas avancé d’un iota. Voyons plutôt les faits. Depuis, il y a eu près de six électionsprésidentielles et autant de législatives. Mais jamais une alternance. Or une élection n’est importante que si elle aboutit à une alternance. Trente ans après le début du processus démocratique, la Guinée a encore des prisonniers politiques. Si, jusqu’ici les journalistes se félicitaient le 3 mai de chaque année qu’aucun des leurs n’est en prison, cette année 2021, il y avait deux journalistes en prison à cette date.

Pire, si les journalistes se battent pour obtenir la libération de leurs collèges, si les avocats dits du peuple se battent pour obtenir la libération des responsables politiques et autres acteurs de la société civile, il y a cependant les grands oubliés. Ce sont tous ces anonymes qui font face au quotidien aux agents de la policeet de la gendarmerie qui se rendent coupables de toutes sortes de violences et de violations. 

Prenons l’exemple de la police. Sous le prétexte de mettre de l’ordre dans la circulation la police de maintien d’ordre se substitue actuellement à la police routière pour organiser un racket systématique sur les usagers de la route. Pour s’en convaincre il suffit d’aller par exemple au rond-point d’Enco 5 où la CMIS sévit avec férocité. Les agents procèdent au contrôle des papiers, notamment de tax qui font la surcharge. Celui qui est pris doit mettre la main à la poche. Ceux qui ne « coopèrent pas » doivent êtreconduits dans la cour où, pour être libéré il faut débourser 500 mille. 

Autres lieux où la police sévit de façon implacable c’est au carrefour Kagbelen. Plus précisément devant les agents UAB et de la BICIGUI. Sur ces lieux officiers et agents subalternes rivalisent d’ardeurs pour se remplir les poches. Principales cibles, les motocyclistes.

Toujours à Kagbelen, on se souvient de cette douloureuse tragédie qui s’est passée récemment tout juste en face du siège du parti politique UDG. Dans un poste de gendarmerie de triste réputation, un homme en garde à vue avait péri dans un incendie. La patronne des lieux, que les riverains appelaient madame 500 000, aurait exigé les fameux 500 mille pour libérer la victime. Après ce meurtre, la population avait saccagé ce poste de gendarmerie. Mais allez y savoir si les parents de la victime ont porté plainte. Et si c’était le cas quelle a été la suite. 

Pour le moment les droits de l’homme constituent une géométrie variable. Si l’arrestation de journalistes, d’activistes de la société civile ou les hommes politiques fait grand bruit, obligeant le plus souvent la justice à les libérer, les citoyens lambda eux vivent un véritable martyr. 

Pour toucher du doigt de la situation, il faut se confondre à monsieur tout le monde et descendre sur le terrain. Par exemple en prenant un taxi ou même une moto pour se rendre compte que la Guinée a encore du chemin à faire dans le respect de la dignité du citoyen. Et plus loin amener ce dernier à se conformer à la loi mais aussi à défendre ses droits au prix de sa vie. 

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

Téléphone : 664 27 27 47

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