Retour de la peine de mort en Guinée ? « Ce serait très imprudent de revenir sur cet acquis »

Dr Mamadi Kaba, président pour la Ligue pour les Droits et la Démocratie en Afrique (LIDDA)

Comme annoncé précédemment, le député Mamadou Kaly Bah, premier vice-président de la Commission Nouvelles technologies de l’information et de la communication à l’Assemblée nationale, souhaite le rétablissement de la peine de mort, abolie il y a quelques années en Guinée. Dans une interview qu’il a accordée à notre rédaction, en fin de semaine dernière, le vice-président du parti UFC (Union des Forces du Changement) a annoncé son intention de mener un combat dans ce sens, avec l’appui de certains collègues députés.

Et cette sortie ne laisse pas indifférent Dr Mamadi Kaba, président de la ligue pour les droits et la démocratie en Afrique (LIDDA). Interrogé par un journaliste de Guineematin.com, ce lundi 7 juin 2021, ce défenseur des droits humains a exprimé son opposition à cette idée. Pour lui, il n’est pas question de remettre en cause cet acquis, obtenu au prix d’une longue lutte. Car contrairement au parlementaire, l’ancien président de l’INIDH est convaincu que la peine de mort ne peut pas contribuer à réduire la criminalité.

« Nous sommes totalement opposés à la peine de mort. Si la peine de mort a été supprimée, c’est en partie à cause de notre activisme. On s’est longtemps battu pour ça, et c’est devenu un acquis. Donc, ce serait très imprudent de vouloir revenir sur cet acquis. Nous allons nous mobiliser pour empêcher que la peine de mort soit rétablie, parce qu’elle crée beaucoup plus de problèmes que de solutions. Beaucoup d’erreurs de justice sont commises même dans les grandes démocraties. Et après, quand on se rend compte que les gens ne sont pas coupables de ce qui leur est reproché, on peut réparer.

Mais quand vous l’avez déjà tué, ce n’est plus possible de réparer. La Guinée n’a pas les moyens de s’assurer que tous ceux qui sont condamnés à la peine de mort sont coupables de ce qu’on leur reproche. Nous avons beaucoup de faiblesses au niveau des moyens d’action de notre système de justice. Et en dehors de ça, même les grandes démocraties ont constaté que la peine de mort ne réduisait ou bien n’avait pas d’impact sur la criminalité sanglante. Et donc, ce n’est pas utile de revenir à ça, la Guinée a déjà dépassé cette étape », soutient-il.

Le président de la LIDDA indique que ce qu’il faut aujourd’hui, c’est d’aller de l’avant, en corrigeant les insuffisances du système judiciaire guinéen et en améliorant ses prestations. Il pense d’ailleurs que l’honorable Kaly Bah fait une erreur, en pensant qu’il y a une recrudescence de certains crimes, comme le viol, ces dernières années en Guinée. « Ce qu’il (le député Kaly Bah, ndlr) dénonce, c’est une réalité. Mais je ne suis pas de ceux qui pensent que c’est une recrudescence. Je pense plutôt que les langues sont en train de se délier.

Par exemple, vous avez de petites filles qui dénoncent les abus qu’elles ont subies de la part d’autres personnes, ce n’était pas le cas hier. Ce n’était pas possible qu’une fille puisse aller si loin, donc notre société est en train de s’ouvrir et les langues sont en train de se délier. Ce qui était tabou hier est en train d’être connu aujourd’hui et donc, ce ne sont pas des faits nouveaux. Et ce n’est pas par la peine de mort qu’on peut résoudre les problèmes de viols qui existent toujours dans notre société.

C’est maintenant qu’ils sont dénoncés, mais ils ont toujours existé. Il faut que la justice fasse correctement son travail et ceux qui sont condamnés, même à une année, qu’ils purgent toute leur peine avant de se retrouver dehors. Par ce seul moyen, nous sommes capables de réduire la grande criminalité surtout celle sanglante », a laissé entendre Dr Mamadi Kaba.

Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

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