Kenneth Kaunda

Kenneth Kaunda est né le 28 avril 1924 dans la mission de Lubwa, dans le Nord-Est. Élevé par des parents instituteurs très religieux, Kenneth Kaunda reçoit une bonne éducation. Comme son père et sa mère, il devient enseignant, jusqu’en 1947. Il part ensuite pour la « Ceinture de cuivre » et exerce différents métiers, avant d’embrasser la politique, subjugué par les écrits de Gandhi sur la non-violence.

Il se rend en Inde en 1957. Un an plus tard, il s’oppose à la Constitution proposée par les Britanniques et crée son premier parti, le Congrès national africain de Zambie, aussitôt interdit. « J’ai été très impressionné par Mahatma et j’ai suivi son chemin dans notre lutte pour l’indépendance. Nous avions foi en cet homme. Nous nous sommes engagés dans cette cause de la non-violence parce que c’était un système très utile, une méthode pour lutter efficacement pour notre combat », a confié des années plus tard Kenneth Kaunda, qui a prôné et pratiqué la non-violence tout au long de sa vie.

Kenneth Kaunda n’avait, par exemple, pas honte de pleurer en public, son style était très empathique, et il ne sortait jamais sans un mouchoir blanc, signe de paix, dans sa main gauche. Très ancré sur son continent d’origine, il a fini par définir sa philosophie par le terme de socialisme africain. Une idéologie où s’entremêlent valeurs traditionnelles africaines, éthique religieuse chrétienne et principes socialistes.

Mais au-delà, sa force était la rhétorique. Il l’a démontré lors d’une campagne de désobéissance civile menée en 1961 contre la domination britannique connue sous le nom de « Cha-Cha-Cha », clin d’œil à l’hymne de Grand Kallé et l’African Jazz. Kenneth Kaunda avait été emprisonné à deux reprises, pendant deux mois en 1955 et neuf mois en 1959. Après sa libération en 1960, une année marquée par l’accession à l’indépendance de 17 pays du continent, dont 14 anciennes colonies françaises, il avait décidé de changer de stratégie en forçant la Grande-Bretagne à entrer dans « la danse des indépendances ». 

Kenneth Kaunda devient le premier président de la Zambie indépendante en 1964. Tout est alors à faire. Ce qui est remarquable, c’est que non seulement la transition d’une colonie à une nation indépendante s’est déroulée pacifiquement, mais aussi que Kenneth Kaunda a réussi à consolider plus de 72 tribus en un seul pays sous la devise « Une Zambie, une nation ». Mais le pays a payé un lourd tribut dans la bataille pour son indépendance, les caisses de l’État sont vides, le système éducatif est à rebâtir ainsi que tout le reste.

 « Un jour on gagne des élections, un jour on en perd »

Mais pendant son mandat, la Zambie est devenue un État à parti unique. Kenneth Kaunda a interdit l’opposition politique en 1973. En 1990, de violentes émeutes, sur fond d’autoritarisme croissant, l’obligent à se résigner au multipartisme. Il perdra les premières élections démocratiques en 1991, face au syndicaliste Frederick Chiluba. Kenneth Kaunda a accepté sa défaite en agitant son emblématique mouchoir blanc. « C’est ça le multipartisme, un jour on gagne des élections, un jour on en perd, ça n’est pas la fin du monde », avait-il dit à la télévision. Un geste salué partout en Afrique. À cette époque, Kenneth Kaunda est seulement le deuxième leader en Afrique subsaharienne, après Mathieu Kérékou au Bénin, à autoriser un scrutin multipartite et libre.

Un soutien de taille pour l’Afrique australe

L’aura de Kenneth Kaunda a dès le début de son engagement dépassé les seules frontières de la Zambie. Une fois arrivé au pouvoir, il a continué à soutenir de nombreux mouvements luttant pour l’indépendance ou contre les pouvoirs tenus par la minorité blanche dans d’autres pays de la région, dont le Congrès national africain (ANC) en Afrique du Sud. La Radio Freedom de l’ANC a été autorisée à émettre depuis Lusaka et c’est sous la protection de Kaunda que l’ANC a mené la lutte armée, puis diplomatique, contre l’apartheid.

Il fut le premier chef d’État étranger à recevoir la visite de Nelson Mandela après sa sortie de prison en 1990. « Nous n’oublierons pas les contributions de Kaunda aux luttes contre le colonialisme et l’apartheid », a déclaré jeudi la Fondation Nelson Mandela dans un communiqué. La Zambie a également aidé le Zimbabwe à obtenir son indépendance de la domination de la minorité blanche en 1980.

Un sage d’Afrique

Depuis sa retraite en l’an 2000, il mettait son autorité au service de la résolution des crises sur le continent africain, au Kenya, au Zimbabwe, au Togo et au Burundi. Il s’était également engagé dans la lutte contre le sida, après avoir annoncé publiquement que l’un de ses fils était mort de la maladie. Sa santé avait été fragilisée par le décès de son épouse Betty en septembre 2012. Ils avaient eu neuf enfants. Sur tout le continent africain, toute une génération de garçons a été ainsi prénommée en référence à ce géant du nationalisme africain du XXe siècle.

Rassemblé par Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

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