Les mots et les maux du ministre

Habib Yembering Diallo

Cher ami,

Quand on a atteint un certain niveau de responsabilité ce n’est pas toujours facile de se soumettre à cet exercice. Celui d’écrire. Surtout avec le papier et le stylo. Car c’est différent avec l’ordinateur qui nous aide à corriger les fautes d’orthographes et mêmes de grammaires. Mais avec le papier et le styloc’est une véritable épreuve. Une épreuve à laquelle on ne peut pas échapper tout le temps. Il arrive forcément un jour où on a quelque chose de particulier à dire à quelqu’un de particulier. Comme c’est le cas aujourd’hui. 

Je me fais donc ce devoir de t’adresser cette lettre pour me confier à toi. Dans l’espoir bien sûr que son contenu restera entre nous. Car si j’ai pris la peine de t’écrire c’est paradoxalement pour éviter que quelque personne ne soit au courant de ce que ce je veux te dire. Et le téléphone, me diras-tu ? Trop risqué. Dans la paranoïa qui est la mienne désormais, j’ai phobie du Téléphone. Je réfléchis toujours mille fois avant d’ouvrirla bouche. Craignant d’être sous écoute téléphonique.

Par qui, tu t’empresses de savoir. Par tous. Particulièrement par les services de renseignements. Je te vois murmurer pure paranoïa. Et pourtant cela pourrait être la réalité. Et pas forcément par les très redoutésservices de renseignements auxquels tu penses. Il s’agit d’autres. Plus efficace et plus redoutables. Ce sont les services de renseignements mis en place par madame et les siens. Et pourquoi ? Tu veux savoir. C’est justement c’est l’objet de cette lettre. 

Cher ami, je ne t’apprends rien en te disant que bien avant ma nomination au poste de ministre, madame et les enfants étaient loin du pays. Les premiers à partir furent les enfants. Ensuite ils ont été rejoints par leur mère. Me laissant tout seul. Avant même ma nomination, je ne voulais pas les rejoindre. Maintenantmême si je le veux je ne peux pas. D’ailleursje ne veux même pas. Le pays dans lequel ils vivent les femmes et les enfants des reines et des rois. Et les hommes leurs esclaves. 

Je suis donc un homme heureux à l’apparence. Mais très malheureux en réalité. Imagine la solitude qui est la mienne. Tant que je suis au bureau je suis à la limite en l’aise. Avec ce monde qui grouille autour de moi. Avec les dossiers aussi. Mais une fois à la maison, c’est l’enfer. Il est inutile de te dire que tous ces hommes et ces femmes qui envahissent cette maison ne cherchent que leurs intérêts. A commencer par les agents de sécurité, les chauffeurs, les femmes de maison et autres bons à rien qui ne cherchent qu’à remplir le ventre. Par exemple, les cousins et leurs cousins. Les marabouts et autres laveurs de chats. Bref, ma maison est remplie de profiteurs de tout acabit. 

Devant cette situation, mes oncles, à la fois paternels et maternels, ont dépêché une délégation très restreinte le weekend dernier à la maison. Imagine l’objectif de cette mission. Pour les miens, il est inacceptable que je sois un ministre célibataire. Je leur ai dit que je ne suis pas célibataire dans la mesure où ma femme vit. Elle n’est pas là seulement. Le plus cultivé d’ente eux m’a rétorqué que je suis un marié virtuel. Retiens bien l’expression. Car elle pourrait entrer dans le vocabulaire de notre pays. Tant ils sont nombreux désormais ces mariés virtuels comme moi. 

Mes oncles me proposent de voir dans les deux familles, à la fois paternelles et maternelles, pour choisir une jeune fille. Un véritable séisme pour moi. Car cela risque de déstabiliser mon foyer. Ou ce qui en reste. Sachant que le départ de madame a déjà déstabilisé une grande partie. Mais mon éventuel mariage avec une cousine marquerala rupture avec la première. Pire, et c’est le scénario catastrophe, mes enfants prendront faits et cause pour leur mère. Entrainant ma rupture avec eux aussi. 

Ces enfants n’ont pas l’empathie pour moi. Ilsne savent pas que je suis privé des besoins physiologiques. Ils ignorent que je suis exposé à une tentation permanente. Comme l’épreuveà laquelle la bonne me soumet régulièrement à  la maison quand elle passe et repasse devantmoi avec ses tenues provocantes. 

Pour toi, qui me connais bien, tu sais que je n’aime pas l’illicite. J’ai mené une jeunesse débarrassée de toute dépravation. Mais aujourd’hui la situation est différente. Je mange à ma faim. Mes habits sont bien entretenus. Mais si tout va bien pour le ventre, tel n’est pas le cas pour le bas ventre. Et la solution pour les miens c’est de prendre une deuxième femme. Et si je t’ai choisi pour me confier, c’est la confiance. Je voudrais que tu réfléchisses et que tu me dises ce que tu en penses. 

Si tu es favorable au projet de mariage, comment, à ton avis, je vais m’y prendre ? Notamment pour informer l’autre. Même si je crains déjà fort qu’elle ne soit au courant. Je lisais récemment sur un réseau social qu’une femme jalouse est plus efficace en enquête que FBI.  

Dès lors, tu comprends l’enjeu et la crainte que ce projet ne soit déjà un secret de polichinelle pour madame. Auquel cas, il sera un mort-né. Car en plus du chantage qu’elle et nos enfants vont exercer sur moi, il y a les siens et leurs redoutables marabouts qui vont se mettre à la tâche. Si ce n’est déjà le cas. Comme l’a fait remarquer un des oncles, je suis déjà un homme neutralisé et mis hors d’état de nuire. Ce à quoi les miens se sont engagés à lutter à leur tour. Bref, la guerre de marabouts est déclenchée entre madame et moi. Entre les siens et les miens. 

J’attends donc ton point de vue sur cette situation. Et le plus tôt serait le mieux pour moi. Car quelle que soit la décision que je vais prendre, elle doit intervenir rapidement. 

Ton ami, le ministre marié virtuel et candidat à la polygamie. 

Habib Yembering Diallo joignable au 664 27 27 47

Toute ressemblance entre cette histoire ministérielle et une autre n’est que pure coïncidence.

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