Les opérateurs culturels chez Kassory : « le secteur de la culture est vraiment à l’agonie »

20 août 2021 à 20 08 20 08208
Moussa M’baye, artiste, membre du groupe Degg J Force 3, chargé des relations extérieures de la FECEG

Une délégation de la fédération des entreprises culturelles et économiques de Guinée (FECEG) a été reçue hier, jeudi 19 août 2021, par le premier ministre, Ibrahima Kassory Fofana. Ces opérateurs culturels sont allés échanger avec le chef du gouvernement guinéen sur les problèmes qui gangrènent leur secteur et lui remettre un mémorandum contenant des propositions de solutions. Pour en parler justement, un journaliste s’est entretenu ce vendredi avec Moussa M’baye du groupe Degg J Force 3, chargé des relations extérieures de la FECEG.

Décryptage !

Guineematin.com : une délégation du FECEG dont tu fais partie a été reçue hier par le premier ministre, Ibrahima Kassory Fofana. Vous lui avez remis un mémorandum contenant plusieurs propositions. Pourquoi avez-vous décidé de mener une telle démarche ?

Moussa M’baye : cette démarche est motivée par les problèmes qui assaillent le secteur culturel guinéen qui, à notre sens, sont un peu trop. Il faut donc à partir de maintenant, regarder dans quelle logique on peut avec le gouvernement, réfléchir pour assainir, professionnaliser mais aussi lancer les jalons d’une industrie culturelle guinéenne. Au-delà du fait qu’il y a encore beaucoup d’entreprises qui fonctionnent dans l’informel, il y a le fait que les moyens ne sont pas mis à la disposition pour que ce secteur puisse se développer. L’Etat ne met pas les moyens pour que ce secteur puisse avoir une formation, puisse se professionnaliser, puisse avoir la force de concurrencer les pays de la sous-région et l’international.

Guineematin.com : quels sont justement les problèmes qui empêchent l’essor du secteur culturel guinéen ?

Moussa M’baye : les gros problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui sont des problèmes circonstanciels, liés à la crise du Covid-19 et les différentes annulations de spectacles dont on a été victimes. A cela s’ajoutent les différentes crises électorales qui se sont succédé depuis les législatives jusqu’à la présidentielle. Tout ça, ce sont des crises qui ont fait que le terrain n’était pas assez fertile pour pouvoir organiser des événements, parce que le grand public restait souvent chez lui parce qu’il a peur de sortir et de tomber sur des émeutes. Donc, depuis quasiment deux années, le secteur de la culture est vraiment à l’agonie. Nous avions déjà déposé notre mémorandum au ministère de la culture et du patrimoine historique. On a rencontré la ministre qui nous a bien reçus et qui est en train de travailler aussi pour nous accompagner dans ce sens.

Maintenant puisque Dr Kassory est le chef du gouvernement, on a tenu à le rencontrer aussi pour lui faire part directement de la situation. Et la prochaine étape, ça sera d’aller rencontrer le président de la République, parce qu’il est important pour nous de faire ce lobby là pour qu’à partir de maintenant, comme le football et tous les autres secteurs en Guinée, que la culture puisse compter aussi. Dans d’autres pays, la culture est un vrai levier de développement et participe vraiment à l’économie nationale. C’est le cas notamment des États-Unis, où la culture a une grande force et fait rentrer des milliards par an. C’est pour dire que si aujourd’hui on donne de la force à la musique guinéenne, à l’art, au théâtre, au cinéma, à l’écriture, à tous les secteurs de la culture, normalement il n’y a pas de raison qu’on ne décolle pas, parce que ce n’est pas le talent qui manque.

Guineematin.com : quelles sont les principales propositions que contient le mémorandum que vous avez remis au chef du gouvernement ?

Moussa M’baye, artiste, membre du groupe Degg J Force 3, chargé des relations extérieures de la FECEG

Moussa M’baye : le mémorandum contient sept points sur lesquels on s’est articulés. Le premier, c’est la gestion des droits d’auteur. Il y a une nouvelle loi qui est votée, qui va permettre non seulement aux artistes de bénéficier plus sainement de leurs droits, mais aussi cela prend en compte maintenant les autres acteurs : les producteurs, les éditeurs et les musiciens qui interviennent dans les studios parce qu’avant, ils n’étaient pas pris en compte dans la première loi. Normalement, tous ces gens-là, quand une œuvre est diffusée, ils doivent aller chercher leurs droits, parce qu’ils ont été partie prenante de la création de cette œuvre. Donc, ce qu’on demande au gouvernement, c’est qu’à partir de maintenant, le BGDA (Bureau guinéen des droits d’auteur) soit assaini, que ça soit plus transparent et que les ayant-droit puissent être partie prenante de la gestion de ce bureau, parce qu’il a été créé pour aider les artistes à collecter leurs droits. Donc, il faudrait que les artistes, à partir de maintenant, soient suffisamment impliqués dans la gestion de leurs droits. Cela permettrait une nette transparence et une meilleure gestion de ce bureau.

Le deuxième point s’articule sur la mise en place d’un fonds Covid, un plan de riposte pour le secteur de la culture. Pour ça, nous demandons à ce que le gouvernement non seulement pense à rembourser tous les événements qui ont été annulés au mois de mars quand la décision a été prise d’annuler les concerts et de remettre le pays en confinement. Il y avait de gros investissements qui ont été enclenchés, donc notre plaidoyer est qu’on accélère ce paiement, parce que l’Etat avait pris la décision de faire ces remboursements mais jusqu’ici, rien n’est encore fait. Le premier ministre nous a d’ailleurs promis qu’il va prendre ça personnellement, parce que ça a été une décision prise en conseil de ministre.

Le troisième point, on a demandé un accompagnement sur les trois mois depuis le renforcement des mesures restrictives. Donc, dans les trois prochains mois, que le gouvernement puisse faire en sorte que les entreprises culturelles de droit guinéen soient accompagnées pour les salaires, les locations, les charges fixes auxquelles toutes les entreprises font face et qu’elles sont en train de payer depuis deux années. Il y en a plein qui d’ailleurs sont quasiment au bord de la faillite. Nous avons donc demandé qu’il y ait un plan de soutien pour accompagner les entreprises culturelles en cette période de crise.

Le quatrième point, c’est l’appui à la monétisation des œuvres par le biais de la téléphonie mobile et le digital. Cela va aider tous ceux qui investissent dans la musique à avoir un retour financier, parce qu’on ne vend plus de CD en Guinée. Et l’une des alternatives pour le nouveau modèle économique, c’est le digital, donc les ventes en ligne. Nous voudrions que l’Etat accompagne ce secteur pour qu’il ait l’émergence d’une économie numérique qui permette aux artistes de continuer à vivre de leur art.

Le cinquième point, c’est l’aide à la création, à la structuration et à la professionnalisation. Ce sont des journées de réflexion, mais aussi des sessions de formation, des Master class qu’il faut organiser pour les professionnels de la musique. Il faut renforcer les capacités des acteurs concernés pour notamment permettre à ceux qui sont dans l’informel d’acquérir de l’expertise et de pouvoir mieux faire leur métier. Et cela ne peut pas se faire sans formation, sans un certain encadrement. Mais pour ça, il faut un certain nombre de moyens qu’on voudrait que l’Etat mette pour pouvoir subventionner des formations.

Le sixième point, c’est le renforcement et le suivi de la coopération culturelle. Il y a beaucoup d’ambassades et institutions, et beaucoup de conventions que la Guinée a ratifié avec l’ONU, l’UNICEF, l’Union européenne, la francophonie. Ces institutions, en principe, participent au développement du secteur culturel à travers des formations qu’elles financent, parfois des appels d’offres qu’elles font pour aider les entreprises culturelles. Et la Guinée est très absente à ce niveau, parce que l’Etat n’est pas très impliqué.

Au niveau du septième et dernier point, nous avons demandé la mise en place d’un mécanisme d’incitation au sponsoring et au mécénat par les entreprises. L’Etat doit trouver une façon pour que les entreprises qui sont en Guinée puissent accompagner la culture guinéenne, à travers du sponsoring et du mécénat, mais qu’il y ait une sorte de convention. Il serait important donc que l’Etat puisse activer d’autres instruments qui puissent permettre aux acteurs culturels de collaborer avec les entreprises locales et que ces entreprises puissent donner de la force à la formation, à l’entreprenariat des acteurs culturels.

Entretien réalisé par Mariame Diallo pour Guineematin.com

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Le Gouvernement provoque le Barreau de Guinée : la leçon de Me Sané à Tibou

20 août 2021 à 20 08 12 08128
Me Mamoudou Sané, avocat au Barreau de Guinée

Comme indiqué dans une de nos précédentes dépêches, mardi dernier, 17 août 2021, le Barreau de Guinée a sorti une déclaration pour dénoncer l’ingérence du pouvoir exécutif dans les affaires judiciaires. Les avocats ont surtout protesté contre le comportement de Directeur national de l’administration pénitentiaire qui se permet d’accorder et de retirer des régimes de semi-liberté aux prisonniers politiques sans jugement. Mais, les dégâts auraient peut-être été limités si le ministre Tibou Kamara n’avait pas fait irruption dans ce débat avec sa sortie que les avocats et une partie de l’opinion publique prennent comme « la provocation de trop ».

Parmi les plus frustrés par ce débat entretenu par un membre du Gouvernement, Maître Mamoudou Sané a tenu à « enseigner » la logique judiciaire au ministre conseiller d’Alpha Condé. L’avocat estime que Tibou Kamara devait savoir que le Gouvernement est le principal responsable des problèmes qui minent la justice guinéenne, notamment en refusant de mettre en place la Haute Cour de Justice, de nommer un juge chargé d’application des peines, d’appliquer les décisions de la Cour suprême et de faire la lumière sur les nombreux cas de violation des droits de l’Homme .

Guineematin.com vous propose, ci-dessous, l’intégralité de la lettre que Maître Mamoudou Sané adresse à Tibou Kamara.

A mon tour de répondre à M. Tibou Kamara !

« La justice est l’affaire de tous » est le titre d’une tribune ouverte par le M. Tibou Kamara qui ne s’est pas exprimé en tant que Ministre porte-parole du gouvernement, même si l’article est vu comme la réponse du gouvernement à la dénonciation du Barreau en date du 17 Aout 2021. 

Entre autres piques, M. Tibou dit dans sa tribune que « le Barreau a été passif face à plusieurs violations des droits de l’homme, passif également face à plusieurs crimes commis en Guinée, les avocats se réjouissent de la libération de leur clients sous le régime de la semi-liberté qu’ils critiquent, beaucoup d’avocats sont devenus des chroniqueurs ou médiatiques… ».

Il faut d’entrée de jeu, remercier M. Tibou Kamara pour cette tribune combien intéressante. C’est un bon exemple de la liberté d’expression. 

Oui, je l’admets en tant qu’avocat que ce que M. Tibou dit est en partie vrai. Commençant par la passivité du Barreau de Guinée, il faut le relativiser car beaucoup de dénonciations ont été faites par le Barreau. Les archives existent. A mon avis, la passivité du Barreau s’explique parfois par le caractère politique de certains cas, parce que le Barreau est apolitique, il ne faut pas l’oublier. Or, la moindre prise de position des avocats est perçue par le gouvernement comme politique. A l’occasion d’une rencontre qu’il a eu avec le Barreau à la présidence, il a traité certains avocats, notamment ceux du FNDC « d’avocats roulant pour des politiques ». Alors que la question de la Constitution est aussi « l’affaire de tous » M. Tibou. 

J’admets aussi que les droits de l’homme sont violés chaque fois et des crimes odieux sont aussi commis en Guinée mais que fait l’Etat pour que cela cesse ? A quoi ont servi les multiples commissions d’enquêtes créées par le gouvernement ? L’Etat a-t-il mis les moyens à la disposition des OPJ pour enquêter sur ces graves situations et traduire les auteurs en justice ? Je sais en tant que praticien du droit que les OPJ n’ont aucun budget de fonctionnement, voilà pourquoi même l’enregistrement d’une plainte est payant, a plus forte raison les frais d’interpellation, de déferrement d’un prévenu ou de recouvrement de créances. Qui ne connait pas les fameux 10% institués par les OPJ dans tout le pays ? Tout est payant, et c’est le citoyen qui paie alors que c’est l’Etat qui devait supporter ces frais.

Oui, la libération des 4 détenus a réjoui leurs avocats. Mais quel est cet avocat qui ne se réjouirait pas de la libération de son client quel que soit la forme ? A qui la faute si la forme est violée, à l’avocat ou au Directeur de l’administration pénitentiaire dans ce cas-ci ? 

Pour rappel, dans le Code de procédure pénale révisé en 2017, il est disposé que c’est le juge de l’application des peines qui accorde le régime de la semi-liberté, ou de placement externe à un prisonnier dont le jugement n’est pas programmé. Ce juge l’accorde ou non après les avis du procureur de la République et du Directeur de l’administration pénitentiaire. Mais à date, ce juge qui doit être nommé par Décret du Président de la République n’existe pas dans tout le pays. Là également, c’est la faute du gouvernement ou du Président de la République qui doit prendre ce Décret de nomination. D’ailleurs, ce n’est pas seulement ce Décret « important » qui n’est pas pris, il n’a pas également pris le Décret mettant en place la Haute Cour de justice qui doit le juger son gouvernement et lui-même, en cas de haute trahison.

Et si la justice est faible, comme l’a dit le Président de l’Assemblée nationale, Honorable Amadou Damaro Camara aussi, c’est parce que le gouvernement même contribue à l’affaiblir. Par exemple, l’Arrêt de la Cour suprême de Guinée intimant le Ministre de l’administration du territoire et de la décentralisation à délivrer un agrément à M. Aliou Bah du Model, l’Arrêt de la CEDEAO intimant le gouvernement à dédommager les victimes de Zogota, l’Arrêt de la Cour suprême de Guinée intimant le Ministre de l’administration du territoire d’installer les chefs de quartiers… tous ces arrêts peinent à être exécutés par le gouvernement. Or s’il est vrai que le gouvernement sera comptable de tout ce qui va se passer à son temps, bien ou mal, alors il a intérêt à mieux faire les choses. 

Si le Barreau est passif, l’Etat l’est aussi, car il faut reconnaitre que c’est face au vide crée par le Décret du Président de la République que le Directeur de l’administration pénitentiaire, qui a un incroyable talent, s’est frayé un chemin en ordonnant la semi-liberté à 4 détenus malades (honorable Ousmane Gaoual Diallo, Cherif Bah, honorable Cellou Baldé et Abdoulaye Bah) et révoquant celui du dernier d’entre eux quelques jours après.

Quant aux avocats chroniqueurs ou icônes médiatiques, il y’en aura toujours M. Tibou Kamara car au-delà du prétoire, ce sont, entre autres, des moyens de lutte pour l’avocat d’aujourd’hui. Modernité oblige !

Et quel que soit le moyen utilisé (prétoire, média, chronique), l’objectif est le même : rendre notre Guinée meilleure.

Maître Mamoudou Sané, avocat à la Cour et membre du Barreau de Guinée

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Koubia : un prédicateur meurt en pleine prêche dans une mosquée

20 août 2021 à 18 06 28 08288

C’est une scène très surprenante mais aussi assez instructive qui s’est produite ce vendredi, 20 août 2021, à la mosquée centrale de Koubia. Alors qu’il était en train de prêcher, un leader religieux est tombé dans ce lieu de culte et a rendu l’âme, rapporte le correspondant de Guineematin.com dans cette préfecture.

Tomber arme en main, c’est ainsi qu’on peut qualifier le décès de Thierno Abdoulaye Diallo, un prédicateur très connu dans la ville de Koubia. Chaque vendredi, avant le sermon de l’imam, ce leader religieux prend le micro pour prêcher la parole de Dieu et sensibiliser les fidèles musulmans rassemblés à la mosquée centrale de Koubia.

Et c’est ce qu’il était en train de faire ce vendredi, 20 août 2021, lorsqu’il est subitement tombé, à la surprise générale. Les fidèles présents ont accouru pour le prendre et l’évacuer à l’hôpital préfectoral de Koubia. Malheureusement, le prédicateur a rendu l’âme avant d’arriver à l’établissement hospitalier. Une nouvelle qui a suscité tristesse et étonnement dans la ville.

Originaire de Madina-Taïbata, dans la commune urbaine de Koubia, Thierno Abdoulaye Diallo avait une cinquantaine d’années. Il laisse derrière deux veuves et plusieurs enfants.

De Koubia, Mamadou Alpha Diallo pour Guineematin.com 

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Début de la vaccination contre Ebola à Labé : les contacts directs et les agents de santé ciblés

20 août 2021 à 16 04 04 08048

C’est parti pour la vaccination contre Ebola à Labé. Les autorités sanitaires ont lancé l’opération hier, jeudi 19 août 2021, au centre de santé de Yérandè, un secteur du quartier Safatou, dans la commune urbaine de Labé. 51 contacts de la jeune femme testée positive au virus Ebola à Abidjan sont concernés par cette opération, rapporte le correspondant de Guineematin.com dans la ville.

Les autorités guinéennes ne veulent prendre aucun risque. Après avoir recensé toutes les personnes qui ont eu des contacts directs avec la jeune femme qui a été testée positive au virus Ebola le 14 août dernier à Abidjan (Côte d’Ivoire), elles procèdent à leur vaccination. Cette opération a été lancée hier par la direction régionale de la santé de Labé.

« Nous avons travaillé en amont pour identifier tous les contacts, ils ont tous accepté finalement de collaborer. L’ANSS a envoyé une mission avec 5000 doses de vaccins. Immédiatement, nous avons contacté les autorités administratives et les chefs des secteurs où les patients directs se trouvent. 

Ces responsables locaux les ont mobilisés pour procéder à la vaccination. Hier, jeudi 19 août 2021, nous avons vacciné 20 personnes. Et c’est d’ailleurs le préfet de Labé, Elhadj Safioulaye Bah, qui a été le premier à recevoir sa dose de vaccin pour rassurer les contacts que le vaccin est inoffensif, qu’il les protège.

L’opération se poursuit ce vendredi, et tous ceux qui ont été en contact avec la jeune dame (testée positive au virus Ebola à Abidjan) seront vaccinées », a indiqué Dr Mamadou Houdy Bah, directeur régional de la santé de Labé, précisant qu’il ne s’agit pas d’une vaccination de masse mais plutôt d’urgence. « Ce sont les contacts qui sont prioritaires d’abord et les agents de santé », a-t-il souligné.

En ce qui concerne les contacts, ajoute-t-il, « nous avons des relais communautaires qui vont nous remonter tous les jours leur état de santé. Je précise que pour le moment, personne parmi les contacts n’a développé un signe de maladie, cela depuis plus de 12 jours. C’est pourquoi d’ailleurs, nous sommes en train de nous interroger sur la véracité de ce cas d’Ebola diagnostiqué en Côte d’Ivoire.

Parce que la façon dont on a connu Ebola dans le passé, ce n’est pas comme ça qu’il se développait. Avant, les contacts directs étaient toujours malades. Mais cette fois-ci, 12 jours après, aucun contact direct n’a développé la maladie. Dans notre jargon, il y a ce qu’on appelle des faux positifs et des faux négatifs. Est-ce que cette jeune dame n’est pas un cas de faux positif ? On se pose ces questions », a dit Dr Mamadou Houdy Bah.

De Labé, Alpha Boubacar Diallo pour Guineematin.com

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INTEGRA : un appui au secteur financier privé pour des services plus accessibles pour les jeunes en Guinée

20 août 2021 à 15 03 18 08188

Le programme d’appui à l’intégration socio-économique des jeunes (INTEGRA), initié conjointement par l’Union européenne et le Gouvernement guinéen améliore l’accès aux services financiers dont l’épargne et le crédit et des formations en éducation financière, aux jeunes bénéficiaires du parcours d’intégration sur l’axe Conakry-Kindia-Mamou-Labé.

Mis en œuvre par le Fonds d’Équipement des Nations Unies (UNCDF), au total 200 ateliers de formation en éducation financière ont été organisés de mai 2019 à Juin 2021, avec l’institution de microfinance, Finadev.

Les formations dispensées par l’institution de microfinance ont contribué au rapprochement des jeunes bénéficiaires vers le secteur financier et ainsi changer peu à peu l’image qu’ils ont de ce secteur. Ces formations ont permis aux jeunes de formuler leurs besoins en financement et d’en discuter directement avec des conseillers bancaires.

Des comptes courants et d’épargne, sans frais d’ouverture et de maintenance, ont été mis à disposition de ces jeunes durant leur parcours d’intégration.

A Soumbalako dans la région de Mamou, quinze jeunes bénéficiaires d’un groupement de producteurs ont pu accéder à un crédit pour étendre leur superficie cultivée en pommes de terre et aubergines. Le financement qui leur a été accordé est adapté au cycle de culture et à leur capacité de remboursement. Après la récolte, ils ont pu rembourser leur crédit et toucher le fruit de leur travail avec la vente des produits. Pour Boubacar, président du groupement, « l’accès à ces financements va avoir un impact durable sur les membres du groupement. Certains des membres vont continuer à utiliser les services d’épargne et de crédit pour financer leurs futures campagnes agricoles ou réaliser des investissements en commun. »

A ce jour, plus de 3200 jeunes entre 18 et 35 ans bénéficient de l’éducation financière et près de 50 projets ont été financés par Finadev pour les jeunes bénéficiaires du parcours d’Enabel au niveau du programme INTEGRA.

Le programme INTEGRA se veut une contribution pour amorcer de nouvelles dynamiques dans le développement socio-économique en Guinée. Initié conjointement par le Gouvernement guinéen et l’Union européenne au titre du Fonds fiduciaire d’urgence pour l’Afrique, INTEGRA crée des opportunités pour la jeunesse guinéenne à travers la préparation à la vie professionnelle dans les établissements scolaires, la réalisation d’infrastructures économiques, la formation professionnelle, la création d’emplois durables et le développement de l’entrepreneuriat.

Ainsi, à travers ce programme, ce sont plus de 15 000 jeunes qui seront directement accompagnés pour mettre en œuvre cette nouvelle dynamique socio-économique par la création d’emplois et l’appui au développement de l’entrepreneuriat en Guinée.

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Inondations récurrentes à Mafanco et Sig Madina : « tous les passages de l’eau sont bouchés »

20 août 2021 à 15 03 13 08138

Depuis le début de la saison pluvieuse, les inondations sont récurrentes à Mafanco et à la Sig Madina. Après chaque forte pluie, plusieurs habitations et commerces sont envahis par les eaux de ruissellement dans ces deux quartiers de la commune de Matam. Interrogés sur le sujet par un journaliste de Guineematin.com, les citoyens de ces localités ont pointé du doigt le bouchage des passages de l’eau, accusant les autorités de ne pas faire correctement leur travail.

C’est une véritable préoccupation pour Karamo Kaba dit Kaba Loko. Alors que des pluies torrentielles sont enregistrées depuis plusieurs semaines à Conakry, ce commerçant est régulièrement victime d’inondation. Presque tous les jours, il est obligé de sortir l’eau de son magasin de vente de pneus, situé au niveau du rond-point de Mafanco. Selon lui, cette situation est due au non curage des caniveaux.

Karamo Loko Kaba, vendeur de batteries et pneus auto au carrefour Mafanco

« Nous vivons cette réalité depuis longtemps. A un moment donné, il y a eu des jeunes de Madina qui se sont levés pour curer les caniveaux de Madina jusqu’à Mafanco. Mais depuis lors, Mafanco n’a pas connu de curage des caniveaux. C’est pourquoi, chaque année, nous sommes victimes d’inondations ici. Nos magasins sont souvent remplis d’eau. On ne voit aucun acte de la mairie, la mairie ne fait rien. Pourtant, nous sommes dans la commune la plus importante de Guinée en termes de taxes. Ici, il y a des magasins qui payent 4 à 3 millions de francs par mois sans compter les taxes d’occupation des trottoirs, c’est-à-dire la devanture de nos magasins. Et malgré tout ça, il y a de l’eau partout pendant la saison hivernale. Nous avons appris qu’ils ont donné le contrat de curage à une entreprise qu’on ne voit pas sur le terrain », a déploré ce commerçant.

En plus des magasins situés au bord de la route, de nombreuses habitations sont également touchées par ces inondations, à Mafanco et à la Sig Madina. Une situation sur laquelle Mohamed Lamine Diané, un habitant de la Sig Madina, interpelle les autorités.

Mohamed Lamine Diané, habitant de la Sig Madina et victime d’inondation

« Le passage de l’eau est bouché dans le quartier jusque sur le Niger. Donc, quand il pleut, puisqu’il n’y a pas de passage, l’eau se propage dans le quartier. Elle envahit de nombreuses concessions et cause souvent des dégâts ici. Cette situation aurait pu être évitée si les autorités faisaient correctement leur travail. Mais, même lorsqu’ils envoient des gens pour faire le curage des caniveaux, ils ne le font pas comme il se doit. Ils travaillent un peu seulement et abandonnent le reste pour s’en aller. C’est pourquoi, les inondations persistent ici. Donc, nous demandons à l’Etat de faire face à ce problème, en curant les caniveaux de la banque marocaine jusqu’à Mafanco », a lancé ce citoyen.

Malick Diakité pour Guineematin.com 

Tel : 626-66-29-27

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Témoignage de l’épouse d’un prisonnier politique : « j’ai 6 enfants… Nous sommes coincés… »

20 août 2021 à 11 11 55 08558
Madame Mariama Bobo Diallo, épouse de Mamadou Alpha Diallo, détenu à la maison centrale de Conakry

Originaire de la sous-préfecture de Maci, préfecture de Pita (en la Moyenne Guinée), Mamadou Alpha Diallo est l’un des nombreux détenus politiques qui sont incarcérés actuellement à la maison centrale de Conakry. Il a été arrêté à son domicile à Tamouya, un secteur de Sonfonia-Gare, dans la commune de Ratoma, le 27 octobre 2020, suite aux manifestations de contestation de la réélection du président Alpha Condé pour un 3ème mandat à la tête de la Guinée. Ce père de famille a déjà fait près de dix (10) mois de prison sans passer devant un tribunal, sans jugement ! Et, sa détention provisoire prolongée inquiète son épouse, madame Mariama Bobo Diallo. Cette mère de six enfants affronte chaque jour les difficultés de la vie pour subvenir aux besoins de ses enfants. Et, son angoisse pour la situation carcérale de son mari la prive de savourer l’arôme de la vie. Elle vit chaque jour avec l’espoir d’entendre les pas et la voix de son époux devant sa porte. Mais, chaque heure qui passe est une déception de trop pour la pauvre qui croit dur comme fer à l’innocence du père de ses enfants.

Visiblement éprouvée et résignée, assise dans un salon sombre, sans lumière, avec son enfant âgé d’un an et quatre mois sur ses genoux, Mariama Bobo Diallo se souvient encore de cette fameuse nuit où son mari a été arrêté à son domicile. Et, elle décrit à Guineematin.com ce mardi, 17 août 2021, cette scène et les conséquences qu’elle a engendrées comme s’il s’agissait du scénario d’un film de cinéma.

« Ils (les agents : ndlr) sont venus taper à la porte et mon mari leur a ouvert. Ils l’ont arrêté et emmené avec eux. Depuis, il se trouve à la maison centrale ; et, il n’a toujours pas été jugé. Mon mari m’a laissée avec six enfants en charge et c’est vraiment difficile pour assurer leur éducation. Actuellement, nous sommes très coincés et nous trouvons difficilement à manger, puisque nos moyens sont très limités. Certains de nos enfants étaient à l’école. Mais, faute de moyens, nous n’avons toujours pas pu payer leurs frais de scolarité. En plus, depuis son arrestation, sa maman est malade. Nous souhaitons vraiment qu’on le libère, parce qu’il ne parle même pas politique. D’ailleurs, il travaille à Kindia et ne vit pas à Conakry. Il venait juste d’arriver quand ils l’ont arrêté », a-t-elle expliqué avec désolation.

Madame Mariama Bobo Diallo, épouse de Mamadou Alpha Diallo, détenu à la maison centrale de Conakry

Tout comme cette mère de six enfants, le père de Mamadou Alpha Diallo est désemparé. Il vit chaque jour avec peine. L’emprisonnement de son unique fils a déstabilisé sa famille. Les conséquences de cette détention sont visiblement terribles pour tous.

 « Je suis le père de Mamadou Alpha Diallo qui est détenu depuis plus de 9 mois à la maison centrale. Mon fils a six enfants ; mais, lui-même (Mamadou Alpha), c’est un fils unique chez son père et chez sa mère. C’est pourquoi, nous avons des difficultés morales extrêmes. Ses enfants ne cessent de pleurer quand ils me voient. Sa maman n’arrive même plus à manger, parce qu’elle se cache pour pleurer. Elle est tombée malade. Et, même sa grand-mère a perdu connaissance aussi à cause de sa détention. C’est quelqu’un de très sympathique. Il participe à toutes les activités sociales du quartier. Mais, aujourd’hui, nous vivons vraiment des moments très difficiles, parce que c’est lui qui supportait la famille d’ici jusqu’au village. Je lance un appel aux autorités pour qu’elles nous viennent en aide en libérant ce pauvre jeune qui est innocent. Qu’ils le libèrent à cause de ses six enfants qui n’ont que lui comme soutien. Aujourd’hui, il est à la maison centrale, alors que c’est un diabétique. Il ne mange pas tout et il faut qu’on se débrouille pour lui trouver à manger. C’est vraiment difficile pour nous », a dit ce vieil homme, avec les yeux larmoyants.

Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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Ebola en Côte d’Ivoire : la Guinée met en doute le diagnostic et réclame une nouvelle analyse

20 août 2021 à 11 11 24 08248
Médecin général Rémy Lamah, ministre de la santé

Les autorités guinéennes ont demandé jeudi à la Côte d’Ivoire de procéder à une nouvelle analyse de la jeune Guinéenne chez qui le virus Ebola a été détecté à Abidjan, évoquant des interrogations sur le diagnostic initial.

Un cas de fièvre hémorragique Ebola a été détecté samedi à Abidjan chez une Guinéenne âgée de 18 ans, arrivée en Côte d’Ivoire le 11 août en provenance de la ville guinéenne de Labé (nord), un trajet de plus de 1.500 km qu’elle a fait par la route.

« L’amélioration des symptômes de la maladie et l’amélioration du tableau clinique en 48 heures suscitent des interrogations, connaissant l’évolution classique de la maladie », a écrit le ministre guinéen de la Santé, Rémy Lamah, dans un courrier officiel consulté par l’AFP.

Le ministre a également souligné, dans cette lettre adressée à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), que l’équipe médicale guinéenne envoyée à Abidjan n’avait pas pu avoir accès à la patiente.

La ville de Labé, d’où est originaire la jeune Guinéenne, « n’a pas enregistré de cas de maladie à virus Ebola durant les épisodes nationaux de 2014-2016 et de 2021 », a souligné Rémy Lamah.

« Considérant tout ce qui précède, la Guinée sollicite auprès des autorités ivoiriennes à travers l’OMS une reconfirmation de ce cas à travers l’Institut Pasteur de Dakar et si possible un autre laboratoire accrédité », a ajouté le ministre.

Le directeur de l’Agence nationale de la sécurité sanitaire de Guinée, Sakoba Keïta, a jugé « insolite et atypique » le cas détecté à Abidjan, relevant qu’aucun cas n’avait été détecté dans la famille de la jeune fille en Guinée, chez le chauffeur qui l’a transportée, ou chez les autres passagers, plus de dix jours après son départ.

« Il y a eu déjà eu des cas où on a assisté à des erreurs de laboratoires », a-t-il dit à l’AFP, évoquant la « nécessité d’un approfondissement de l’investigation ».

En réponse, le porte-parole du ministère ivoirien de la santé et chef de service des maladies infectieuses et tropicales du CHU de Treichville qui a accueilli la malade, a déclaré qu’il n’y a aucun doute sur le diagnostic fait par son laboratoire.

« La malade a tous les symptômes qu’on retrouve dans le virus Ebola, la fièvre, la diarrhée, elle vomit, elle est fatiguée », a déclaré Serge Eholié, ajoutant que l’équipe guinéenne « n’est pas venue en Côte d’Ivoire pour avoir accès à la malade», mais « pour nous livrer des médicaments ».

Avec AFP

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Pêche artisanale : « l’augmentation du prix du carburant est en train de nous anéantir »

20 août 2021 à 7 07 03 08038

« Lorsque le litre de carburant était vendu à 9 000 francs guinéens, on achetait entre 15 et 20 bidons de 20 litres ; ce qui nous permettait d’aller pêcher un peu plus loin, en haute mer. Mais, depuis qu’on a augmenté le prix du carburant, on n’achète que 12 bidons de 20 litres pour aller en mer. Avec ces 12 bidons, on ne peut pas aller loin. Et si on ne va pas loin, on n’aura pas de poissons, ni en grande quantité, ni en qualité »…

C’est un appel de détresse que le chef du port de pêche de Dixinn 3 a lancé dans un entretien avec un journaliste de Guineematin.com, hier, jeudi 19 août 2021. Salifou Camara a laissé entendre que la pêche artisanale est sur le point de sombrer, en raison de la hausse du prix du carburant, dont le litre est passé récemment de 9000 à 11.000 francs à la pompe. Car, dit-il, les acteurs qui évoluent dans ce secteur ont vu leurs revenus nettement chuter, parce qu’ils n’arrivent plus à travailler comme avant.

Salifou Camara, chef de port de Dixinn 3

« Depuis que le gouvernement a augmenté le prix du carburant à la pompe, nous, les pêcheurs, nous avons beaucoup de difficultés, les pêcheurs souffrent vraiment. Lorsque le litre de carburant était vendu à 9 000 francs guinéens, on achetait entre 15 et 20 bidons de 20 litres ; ce qui nous permettait d’aller pêcher un peu plus loin, en haute mer. Mais, depuis qu’on a augmenté le prix du carburant, on n’achète que 12 bidons de 20 litres pour aller en mer. Avec ces 12 bidons, on ne peut pas aller loin. Et si on ne va pas loin, on n’aura pas de poissons, ni en grande quantité, ni en qualité. Actuellement, on peut aller et revenir avec seulement une dizaine de poissons, alors qu’on a beaucoup dépensé pour avoir cela », a-t-il déploré.

Et, Salifou Camara d’ajouter que ce n’est malheureusement pas la seule répercussion de la hausse du prix du carburant sur l’activité des pêcheurs artisanaux. Ils sont également confrontés à l’augmentation des prix d’autres intrants nécessaires à leur travail. C’est notamment les bois et les pointes qu’ils achètent pour entretenir leurs barques.

« Avant l’augmentation du prix carburant, on achetait une planche entre 75 000 et 80 000 francs guinéens. Mais, aujourd’hui, nous achetons la même planche à 120 000 francs guinéens. Le paquet de pointes est passé de 15 000 à 40 000 francs, parfois même à 50 000 francs guinéens. Nous avons 80 barques ici au port de pêche de Dixinn dont 50 qui sont grandes. Avant, 50 barques sortaient et partaient en haute mer. Mais, maintenant, ce sont 25 barques qui sortent par semaine. Donc, l’augmentation du prix du carburant est en train de nous anéantir », se plaint Salifou Camara.

Mamadou Bhoye Laafa Sow pour Guineematin.com

Tel: +224622919225

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Interdiction de la coupe du bois en Guinée : la galère des acteurs de la filière

20 août 2021 à 6 06 53 08538

Depuis le mois de juin dernier, la coupe et le transport du bois sont interdits en République de Guinée. Cette interdiction a été motivée par la découverte, dans les préfectures de Mamou et Faranah, d’importants réseaux de coupe abusive et d’exportation du bois de vène vers la Sierra Léone. Et, elle vise surtout à préserver le patrimoine forestier guinéen en souffrance depuis quelques années. Seulement, cette interdiction, bien que salutaire pour le pays, est très pénible aujourd’hui pour les acteurs de la filière bois. Nombreux sont actuellement les vendeurs de bois et les ouvriers (notamment) qui se plaignent de la rareté du bois sur le marché. Et, les plaintes s’entendent davantage à Conakry qui quasiment de l’intérieur du pays pour ce qui est des ressources forestières.

Dans les lieux de dépôt et de vente du bois à Bonfi (dans la commune de Matam) où Guineematin.com a dépêché un de ses reporters hier, jeudi 19 août 2021, les acteurs de la filière vivent cette interdiction comme un véritable supplice. Les réserves s’épuisent peu à peu et le prix actuel du bois sur le marché fait fuir les clients…

Alya Camara, vendeur de bois à Bonfi

« Nous vivons avec beaucoup de difficultés, parce qu’on n’a pas de moyens. Et, lorsqu’on donne les prix de nos bois à nos clients, ils trouvent que c’est très cher. Mais, quand un produit devient rare sur le marché, les prix augmentent. Ceux qui ont eu l’occasion d’avoir un peu de stock dictent leurs prix, sachant bien qu’ils ne pourront pas, eux aussi, renouveler le stock ; il faut l’accepter. L’organisation à la tête de la filière a demandé de baisser les prix ; mais, lorsque les stocks vont finir, il n’y aura plus de bois du tout. Nous sommes au début du troisième mois de cette interdiction ; malheureusement, nous ne savons pas combien de temps cela va durer, alors que nos difficultés sont encore là. Il y a de nombreuses personnes qui vivent du secteur, parce que le bois est très consommé chez nous », a expliqué Alya Camara, vendeur de bois.

Apparemment, l’interdiction de la coupe et du transport du bois a pris de court les acteurs de la filière à Conakry. En tout cas, cette décision a été prise à un moment où beaucoup d’entre eux ont des dépôts de bois à l’intérieur du pays.

« Avant, lorsque ce moment (interdiction de la coupe du bois) approche, les autorités avaient l’habitude de nous informer en disant pendant telle période on ne coupe pas le bois. Ce qui permet aux exploitants qui sont dans la brousse de rentrer, parce que là c’est ordonné. Donc, on revend durant ce temps les stocks que nous avons. Mais, cette fois, la décision du ministère est tombée comme ça, sans avertissement. C’est plus tard que nous avons appris qu’il y a certains parmi nous qui coupent le bois n’importe comment. Qu’ils auraient touché à une forêt classée. C’est un groupe qui travaille avec des chinois basés en Sierra Leone. Maintenant, toute la filière bois est affectée par la décision, alors que les bois de certains commerçants sont bloqués en brousse là-bas. C’est pourquoi les prix des bois qui sont là augmentent chaque fois. Donc, l’interdiction est arrivée d’un coup, sinon d’habitude nous sommes informés via une circulaire avec des dates bien précises, généralement avec deux mois d’avance pour permettre aux commerçants de transporter leurs bois de la brousse vers les lieux de stockage. Malheureusement, cette fois on n’a pas eu cette chance. Ils ont subitement tout bloqué au niveau du ministère de l’environnement », a indiqué Alya Camara.

Cependant, les effets de cette interdiction n’éprouvent pas les vendeurs de bois. Ceux qui travaillent avec le bois (notamment les menuisiers) sont aussi impactés. Le bois est leur matière première pour la fabrication des meubles ; et, il vaut de l’or actuellement sur le marché. Depuis l’entrée en vigueur de cette interdiction, le prix du bois connaît une hausse vertigineuse. Le prix d’une planche a quasiment doublé sur le marché.

Mangué Camara, menuisier à Dabondy Bas-fond

« A l’heure actuelle c’est un peu difficile de trouver du bois. Avant on payait un madrier entre 700 000 et  800 000 francs. Actuellement, le même madrier est vendu jusqu’à 1 200 000 francs. Une planche qui était vendue entre 40 et 50 000 francs est revendue actuellement jusqu’à 80 voire 85 000 francs. Alors, si nous payons ces bois à ces prix-là, comment allons-nous travailler ? Or, nous avons des familles à nourrir, des loyers à payer et nous aussi avons envie d’avoir nos propres maisons. Mais, comment peut-on les avoir avec toutes nos actuelles difficultés ? En plus de la cherté du bois, les autres matériels qui entrent dans la fabrication de nos meubles sont aussi chers. On travaille, mais on arrive à peine à avoir ce que nous mangeons, c’est difficile. On a quelquefois des clients, mais lorsqu’on leur dit les prix, ils se retournent directement, parce qu’ils ne peuvent pas l’avoir », a indiqué Mangué Camara, menuisier à Dabondy Bas-fond.

Mamadou Yaya Diallo pour Guineematin.com

Tel : 622 67 36 81

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