Habib Yembering Diallo

« Je n’ai pas le choix que d’aller à l’encontre de l’éthique et du bon sens. Tu conviendras avec moi que, désormais, ma seule place reste au gouvernement. Si jamais je suis renvoyé de celui-ci, je n’aurai aucun point de chute. On pourrait même enquêter sur ma gestion et récupérer tous les milliards qui me font rêver d’un avenir radieux… C’est pourquoi, je suis obligé de faire et de dire des choses que, loin de ma réalité, vous avez du mal à comprendre »…

Par Habib Yembering Diallo,

Cher ami,

Je ne doute pas un seul instant que tu suis avec un intérêt tout particulier l’évolution de la situation dans notre pays. Avec en toile de fond, un certain nombre d’évènements comme entre autres le voyage du grand patron, la grogne du barreau ou encore la stigmatisation dont notre pays fait l’objet, certains pays voisins l’accusant d’être le berceau de toutes les épidémies.

Te dire que je suis obligé de rendre coup sur coup à tous ces coups, tu comprendras que la vie de ton ami n’est pas du tout repos. En effet, concernant le premier point, j’ai été obligé de m’impliquer dans la réponse apportée à celui qui a qualifié les vacances du grand patron de tourisme médical. Mais, j’ai laissé d’autres parler à ma place.

Le deuxième point est celui qui m’a donné le plus de fil à retordre. A savoir, la levée de boucliers provoquée par ce que les avocats qualifient de violation de la loi. Un d’entre eux m’a tourné en dérision en disant qu’un néophyte ne doit pas commenter une décision de justice. En réalité, je suis désormais entre deux feux : celui du pouvoir auquel j’appartiens et celui de l’opinion publique désormais très alerte, comme l’a démontré le barreau. Tu te souviens également que certains de nos compatriotes avaient ironisé que le patron de l’opposition avait démonté tout ce que j’avais monté pour justifier l’augmentation du prix du carburant.

Pour te dire la vérité, je suis dans une position peu confortable. Et pour cause, c’est moi qui dois défendre la position de mon équipe, quelle qu’elle soit. Et, entre nous, il arrive parfois, voire régulièrement, que je défende l’indéfendable. Or, après chacune de mes interventions, certains Guinéens publient une déclaration que j’avais faite quand j’étais un simple observateur ; donc, libre. J’ai récemment surpris un groupe de cousins qui regardaient une de ces vidéos dans laquelle je ne faisais aucun cadeau à mon actuel patron. A mon apparition, ils ont masqué la vidéo comme si c’était un sujet indécent. Je fus particulièrement gêné.

Pour te permettre de comprendre l’enjeu, je me dois de t’expliquer la situation suivante : dans mon équipe, il y a trois catégories de personnes. Les premières sont les militants de la première heure du parti au pouvoir. Insoupçonnables, ils n’ont pas besoin de faire le moindre bruit pour convaincre le patron de leur soutien inconditionnel. Cette catégorie n’a point besoin de prouver quoi que ce soit.

La deuxième catégorie est ce groupe qui n’a ni soutenu ni combattu le parti. Ceux-là aussi ont moins de problèmes. Ils ne sont ni amis ni ennemis des opposants. Ce sont généralement des techniciens qui font le travail pour lequel ils ont été nommés. En vérité, j’envie tellement ces collègues qui n’ont aucun passé qui les rattrape comme la fameuse vidéo dont je parlais plus haut.

Enfin, la troisième catégorie est celle des anciens opposants devenus partisans. Bien évidemment, j’appartiens à cette catégorie dont le sort est peu enviable. Les extrémistes tiennent coûte que coûte à nous faire ravaler aujourd’hui nos vomissures d’hier. Et, comble de déboires, nous sommes obligés de jouer le jeu pour rester en poste. Pour moi particulièrement dont la bienveillance à l’égard du chef de l’autre camp est un secret de polichinelle, je suis obligé d’être plus royaliste que le roi. D’où mes prises de position parfois trop zélées.

Voilà, cher ami, la position de ton ami. Dans un contexte où, de plus en plus, on parle de l’imminence d’un remaniement ministériel, je n’ai pas le choix que d’aller à l’encontre de l’éthique et du bon sens. Tu conviendras avec moi que, désormais, ma seule place reste au gouvernement. Si jamais je suis renvoyé de celui-ci, je n’aurai aucun point de chute. On pourrait même enquêter sur ma gestion et récupérer tous les milliards qui me font rêver d’un avenir radieux… C’est pourquoi, je suis obligé de faire et de dire des choses que, loin de ma réalité, vous avez du mal à comprendre.

Je te prie donc d’avoir de l’empathie pour moi. Et de faire en sorte que les autres fassent de même. Comme dit un vieil adage de chez nous, celui qui n’a pas livré combat est toujours plus intrépide. Tant qu’on n’est pas face à certaines situations, on peut se vanter et se donner toutes les qualités. Une fois mis à l’épreuve, on se rend compte de toute la pertinence de l’adage dont je parlais.

Espérant que tu as compris la dimension et les enjeux du moment, je te prie d’être le porte-parole du porte-parole auprès des nôtres afin qu’ils comprennent à leur tour. Sur ce, je te prie aussi de transmettre mes salutations à ton épouse et à tes enfants.

PS : Prière de garder le contenu de cette lettre strictement confidentiel.

Ton ami le ministre

Habib Yembering Diallo, joignable au 664 27 27 47

Toute ressemblance entre cette histoire ministérielle et une autre n’est que pure coïncidence.

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Guineematin