Un peu plus d’une semaine après leur interpellation, les employés de la société Albayrak transport s’expliquent devant la justice. Leur procès s’est ouvert hier, mardi 24 août 2021, au tribunal de première instance de Mafanco. Tous les prévenus qui ont comparu ont plaidé non coupables des faits mis à leur charge, a constaté un journaliste de Guineematin.com qui était sur place.

Sur les 36 travailleurs d’Albayrak transport, interpellés le 16 août 2021 alors qu’ils manifestaient devant les locaux de la société turque, 20 ont comparu ce mardi devant le tribunal correctionnel de Mafanco. Tous ont rejeté les accusations d’attroupement illégal et destruction de biens (des bus de la société Albayrak) portées contre eux. Selon Mohamed Aïssatou Condé, délégué syndical chargé des conflits et revendications syndicales et chargé de l’enregistrement des bus d’Albayrak, ils ont manifesté pacifiquement pour réclamer notamment une revalorisation des salaires et leur immatriculation à la caisse nationale de sécurité sociale.

« Nous avons fait un mémo avant de faire même un préavis de grève qu’on a adressé à la direction de Albayrak, à l’inspection générale du travail, au ministère des transports et à notre centrale syndicale. Le lundi (16 août 2021), quand je suis arrivé (au siège de la société) à 5 heures du matin, je suis entré dans la cour du dépôt. Mais avant, j’ai trouvé quelques agents des forces de l’ordre devant le dépôt et à l’intérieur. Quelques temps après, des gendarmes sont venus demander à M. Fofana, le secrétaire général de notre syndicat, de les suivre pour aller à la gendarmerie. Mais nous l’avons déconseillé d’aller pour ne pas qu’il soit emprisonné.

Peu après, les gendarmes sont venus nous dire de sortir de la cour du dépôt, parce que l’attroupement est interdit là-bas. Nous sommes sortis nous abriter devant la pharmacie qui fait face à notre siège, parce qu’il pleuvait. Quelques minutes après, ils sont venus nous sommer de quitter là-bas aussi. Je leur ai dit : mais non, nous sommes dehors et la manifestation est pacifique. Personne n’a touché à quoi que ce soit ici. Mais ils ont insisté pour qu’on quitte complètement les lieux. Finalement, j’ai demandé aux autres de libérer la devanture. C’est en remontant donc vers le rond-point de Matoto qu’on a croisé le Colonel Ouragan, commandant de la gendarmerie, accompagné de trois pick-up de gendarmes.

Ce dernier m’a dit : c’est toi que j’ai appelé et tu as refusé d’aller ? Je lui ai dit : non c’est notre secrétaire général que vous avez appelé. Il m’a demandé mon nom, je me suis présenté. Il a demandé à mon ami Kouyaté qui s’est aussi présenté. Ensuite, il a dit : vous, vous êtes maudits, c’est vous qui sabotez ce régime. Le président est parti en Turquie pour vous envoyer 100 bus et vous, vous allez en grève. Il a demandé dans la foule qui sont ceux qui veulent travailler ? Personne n’a levé le doigt. C’est ainsi qu’il nous a demandé de rentrer chez nous. On était donc sur le point de rentrer, lorsqu’il a finalement ordonné à ses agents de m’enfermer avec Kouyaté, parce que selon lui, c’est nous qui sommes les meneurs. Et après, c’est au fur et à mesure qu’ils amenaient nos amis dans notre cellule », a-t-il expliqué.

Tous les autres prévenus sont passés aussi devant le tribunal pour expliquer les circonstances dans lesquelles ils ont été interpellés, assurant n’avoir nullement commis les faits mis à leur charge. Au terme des dépositions, les avocats de la défense ont sollicité que le dossier soit requis et plaidé afin que le tribunal puisse rendre sa décision sur siège. Ce à quoi s’est opposée la procureure Joséphine Loly Tinkiano, qui a dit ne pas être prête à affronter les quatre avocats de la défense aujourd’hui.

Les conseils des prévenus sont revenus à la charge pour adresser une autre demande au tribunal. « S’il doit y avoir renvoi, nous demandons la remise en liberté de nos clients jusqu’à la prochaine audience », ont-t-il sollicité. Mais le tribunal a rejeté cette demande, avant de renvoyer l’audience au 26 août prochain pour les réquisitions et plaidoiries. En attendant, les prévenus retournent à la maison centrale de Conakry.

Malick Diakité pour Guineematin.com

Tel : 626-66-29-27

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