Ibrahim Mansaré, consultant en Finance Islamique

Une réflexion de M. Mansaré Ibrahim, Consultant en Finance islamique, par ailleurs secrétaire général adjoint de l’Association Guinéenne pour la Promotion de la Finance Islamique en Guinée (AGFI). L’article vise à mettre en lumière l’extrême urgence pour la régulation de la finance islamique en dégageant l’importance et la nécessité d’une réglementation qui favorisera l’émergence économique. Il met également, l’accent sur les potentiels et les atouts que celle-ci peut apporter à la stabilité financière après sa réglementation afin de promouvoir l’accès à l’investissement tout en favorisant une croissance forte à long terme en Guinée.

Selon l’auteur, le secteur de la finance islamique vient au secours de la finance mondiale depuis précisément la crise estivale de 2008. Cette finance a connu une forte croissance à travers le monde et pourrait atteindre sans doute environ 2 900 milliards d’euro à l’horizon 2021. Le système de cette finance participative retient pour principales valeurs, la justice, l’équité, la transparence et la responsabilité sociale de l’investissement.

Du fait que cette finance partitive ne soit pas contestée par l’Europe, l’Asie et le monde entier qui s’y intéressent inlassablement, les grands économistes et les institutions financières internationales telles que la Banque Mondiale et le Fond Monétaire International (FMI) recommandent aux Etats d’Afrique d’en faire un modèle de gouvernance économique.

C’est pourquoi, nous les spécialistes devront faire des propositions pertinentes afin que l’Etat s’intéresse à cette finance socialement responsable et prometteuse pour contrecarrer la précarité, la pauvreté et le chômage.

Ces principes sont entre autres, d’après Ibrahim Mansaré, cette finance est participative et couvre l’ensemble des transactions et produits financiers conformes aux principes du droit d’affaires musulman. Elle respecte fondamentalement le principe de partage des pertes et des profits (PPP). Elle est aussi fondée sur l’interdiction de l’intérêt, la spéculation et de l’incertitude. Elle prohibe Également l’investissement dans l’économie boursière et toutes activités considérées comme illicites telles que (tabac, jeu de hasard, etc.).

De nos jours, l’Afrique compte plus de cent Banques islamiques, quarante-quatre Compagnies d’Assurances islamiques (Takaful), trente-six Institutions de micro finance Islamique, une dizaine des fonds islamiques et autres. Cependant, le constat démontre que l’Etat guinéen, malgré cette opportunité incontournable pour mobiliser des fonds au niveau régional qu’international, la Guinée n’en profite pas.

Quel modèle d’intégration de la finance islamique dans l’écosystème économique guinéen?

A rappeler qu’en Guinée, nous avons une Banque islamique depuis 1983 et récemment, quelques fenêtres islamiques dans certaines banques conventionnelles de la place. Il faut impérativement que l’institut régulateur (BCRG), élabore un cadre réglementaire spécifique à ce type de finance innovatrice et participative à la stabilité économique du pays. Développer et régulariser une politique de gouvernance demeure urgente s’impose réellement. Vu que cette finance ne peut prospérer sans un environnement règlementé, ce manque de réglementation fait perdre à la Guinée assez d’opportunités d’investissement dont les pays voisins en bénéficient royalement. La gouvernance nécessite la mise en place d’un ensemble de mesures et de dispositifs pour instaurer un climat de confiance, de transparence et de responsabilité indispensable pour promouvoir des investissements à long terme.

En tout état de cause, la finance islamique a deux obligations en termes de gouvernance pour son fonctionnement et sa mise en place propice et correcte. Elle ne peut prospérer sans ces deux standards fondamentaux dans un pays laïc. Elle est conforme à un couple de lois plus précisément le droit d’affaires islamiques et le droit d’affaire conventionnels dans un environnement adéquat et approprié.

La BCRG va-t-elle à l’épreuve de la règlementation des institutions financières islamiques

Je recommande à ce que la BCRG associe à l’expertise des spécialistes guinéens, un cabinet international spécialisé afin d’avoir un cadre réglementaire approprié et adapté. Toutefois, il faut en amont, anticiper la mise en place provisoire de certaines circulaires et des instructions pour aider les établissements exerçant la finance islamique en Guinée de se conforme aux normes et aux préceptes de la finance islamique. En outre chercher des compétences en termes d’implémentation de la gouvernance de conformité aux principes de la finance islamique au niveau central en Guinée.

Par expérience, la Banque Islamique de Développement (BID) a toujours œuvré pour l’apport technique et financier aux pays qui veulent règlementer et régulariser le secteur de la finance islamique. A cet effet, la Guinée n’aurait qu’à formaliser sa demande administrative pour bénéficier des opportunités financières et techniques.

En somme, l’État Guinéen devrait envisager le lancement des Sukuk souverains pour mobiliser plus de fonds pour le développement des infrastructures et des industries de qualité avec des coûts raisonnables, moins de risques et très attractifs pour aller au-delà de nos bailleurs de fonds traditionnels. Les Sukuk sont aussi à même de contribuer à accroître la stabilité financière de notre pays ainsi que l’amélioration du PIB et la croissance des indicateurs macroéconomiques du pays dans une dynamique d’émergence socio-économique plus large, une croissance forte et profitable pour le pays.

Ibrahim Mansaré, consultant en Finance Islamique, secrétaire Général Adjoint de l’Association Guinéenne pour la promotion de la Finance Islamique en Guinée (AGFI)

Courriel : [email protected]

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