Guinée : nouvelle transition, nouvelle approche

Les nouvelles autorités guinéennes ont choisi la date symbolique du 28 septembre pour publier la charte de la nouvelle transition. Une charte qui fait la quasi-unanimité au sein de la classe politique, la société civile et même auprès de l’homme de la rue. Tous s’accordent à dire que les nouvelles autorités ont pris en compte toutes les préoccupations du peuple de Guinée. Ce qui atteste que, contrairement à ce que certains pensent, le nouvel homme fort de la Guinée n’exerce pas le pouvoir de façon solitaire. Derrière ce document, il y a des mains très expertes.

A la différence de la charte de la deuxième transition de 2010, qui avait été élaborée à Ouagadougou, et par des étrangers pour la plupart, cette fois les Guinéens sont les seuls maîtres de leur loi fondamentale devant mener la transition à son terme. Ce qui fait dire à certains observateurs que le peuple souverain de Guinée a une nouvelle fois choisi la date symbolique et historique du 28 septembre pour montrer à ceux qui entendent s’immiscer dans ses affaires intérieures que la Guinée est et demeure un Etat souverain. Notamment vis-à-vis des organisations sous-régionales qui ont fait preuve de complaisance voire de complicité dans la crise qui a débouché à l’intervention de l’armée le 5 septembre dernier.

La transition que la Guinée a entamé ce mois septembre devrait être totalement et radicalement différente avec les deux autres : celle qui fut dirigée par Moussa Dadis Camara et celle qui a été conduite par Sékouba Konaté. La première fut des plus agitées. Tandis que la seconde ressemblait à une patate chaude entre les mains de celui qui l’a conduite. Autant le capitaine Dadis régnait sans partage autant le général Konaté laissait son Premier ministre les mains totalement libres.

Sur la base de ce que les observateurs ont constaté jusqu’ici, la transition de cette année marque une rupture avec les autres. Tout d’abord contrairement à Moussa Dadis Camara, Mamady Doumbouya écoute beaucoup. Les dernières concertations qu’il a initiées en sont la preuve éloquente. L’homme a écouté les représentants de toutes les couches sociales. Ce qui lui permet de se faire une idée de la société guinéenne dans sa globalité et sa diversité. 

Il y a d’autres différences de taille entre la nouvelle transition et les deux précédentes. En 2009, le capitaine Dadis écoutait peu et parlait beaucoup. Le colonel Doumbouya fait tout le contraire. Autre différence, en 2008 l’armée avait ramassé le pouvoir dans la rue. En 2021, elle a affronté le feu à ses risques et périls pour le conquérir. En outre, malgré la déliquescence de l’Etat dont on a tant parlé, à l’époque le pays se portait encore mieux qu’aujourd’hui. Notamment pour les infrastructures routières. 

Aussi faut-il noter que dans la deuxième phase de la transition de 2010, le président de la transition voulait se débarrasser vite du pouvoir. Devant les pressions exercées sur lui par une communauté internationale pressée d’installer son homme au palais, le général Konaté voyait sa succession comme une délivrance. Ce qui fait que tout le processus a été bâclé pour permettre à un vieil opposant d’accéder au pouvoir à n’importe quel prix.  

Le colonel Mamady Doumbouya doit tirer toutes les leçons de ces différentes transitions chaotiques. L’objectif étant qu’il ne répète pas les erreurs de ses prédécesseurs. Il a déjà annoncé les couleurs en ignorant les ingérences étrangères dans les affaires intérieures de la Guinée. Notamment sur le cas de son prédécesseur dont les copains et les coquins réclament à cor et à cri la libération. Certains rêvent même son rétablissement dans ses fonctions. 

Par ailleurs, à l’état où se trouve la Guinée aujourd’hui, les autorités de la transition ne peuvent pas avoir une mission essentiellement politique, avec pour seul et unique objectif l’élaboration et l’adoption d’une nouvelle constitution devant déboucher à l’organisation des élections. Le gouvernement de transition devrait s’atteler à certaines urgences. Entre autres, réhabiliter les routes ou encore recoller les morceaux d’un tissu social mis en lambeaux par le régime déchu. 

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

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