Transition en Guinée : le Colonel Mamadou Alpha Barry écrit au Colonel Mamadi Doumbouya

3 octobre 2021 à 18 06 37 103710
Colonel Mamadou Alpha Barry, ancien officier de la communication la gendarmerie nationale

Lettre ouverte : Colonel Mamadou Alpha Barry s’adresse au Colonel Mamady Doumbouya, Président de la République, Chef de l’État, Commandant en chef des Forces Armées. 

Du fond de ma cellule à la maison d’arrêt de Coronthie, je vous dis merci Monsieur le Président. 

Aujourd’hui, l’espoir est permis dans ce pays, vu les jalons que vous posés. Toujours accroché à mon poste récepteur à longueur de journée, j’entends les cris de joie de cette population qui avait tant souffert dans sa chair de par les mauvaises actions de nos forces de sécurité sur le terrain.

L’espoir est permis quand je vous regarde à la télévision guinéenne assis sur votre BRDM en train de saluer cette foule en liesse dans les rues de la capitale et sans vous mentir, j’aimerais bien être à votre place cette matinée. 

L’espoir est permis Monsieur le Président quand je vois ces guinéennes et guinéens qui se regardaient en chien de faïence hier, faire des accolades parce que votre arrivée inspire confiance. 

L’espoir est permis quand je vois cette diaspora qui ne voulait plus parler du bled se précipite pour avoir de la place dans les aéronefs pour venir juste vivre cette joie de votre avènement. 

L’espoir est permis quand à travers mon écran de télé mal éclairé, je vois ces exilés guinéens en larme parce que vous leurs donnez le feu vert pour revenir au bercail. 

L’espoir est permis lorsque vous réhabilitez tous ces dignes fils de notre pays morts ou vivants oubliés par certains haineux. 

Monsieur le Président de la République, vous venez de donner honneur et dignité à notre chère Guinée qui en avait tant besoin. 

Je suis persuadé que mon RÊVE verra le jour à savoir : Organiser les assises nationales qui nous mèneront vers une justice sans vengeance ; une justice qui nous mènera vers un pardon. Et, un pardon qui nous mènera vers une réconciliation pour toujours.

Monsieur le Président, un proverbe toucouleur dt : « La vérité ne supporte pas de rester prisonnière entre les murs d’un temple, quelque soit sa beauté. De par sa nature, la vérité désire être libre et envahir les âmes sans distinguer celle d’un maître de celle d’un esclave. Aucun système ne peut se mettre en travers de son chemin même si ses partisans le protège avec violence », fin de citation. Et, ça, j’en suis témoin de 2009 à nos jours.

En somme, Monsieur le Président, votre TRANSITION peut débuter ; et, sachez qu’en immortalisant tout sur votre passage, vous nous donnez l’espoir de vivre encore dans ce beau pays. 

En 20 jours, Dieu vous a donné ce que d’autres cherchent en 10 ans.

Merci pour tout.

Par le Colonel Mamadou Alpha Barry prisonnier d’un ancien ministre dont je ne voudrais pas citer le nom

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Fin des journées de concertations en Guinée : voici le mémorandum de l’ONAG (document intégral)

3 octobre 2021 à 16 04 15 101510
Boubacar Bah, président de l’ONAG

Après la fin des journées de concertations organisées par le Comité National du Redressement et pour le Développement (CNRD) avec toutes les forces vives du pays, qui se sont déroulées en septembre 2021, au palais du peuple sis dans la commune de Kaloum à Conakry, l’Ordre National des Architectes de Guinée (ONAG), a rédigé un mémorandum adressé aux autorités du CNRD dont nous vous proposons l’intégralité de ce mémorandum.

Vu le communiqué du Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD), demandant l’ouverture des concertations avec toutes les forces vives du pays ;

Faisant suite àla rencontre entre le CNRD et son Président, son excellence le Colonel Mamadi DOUMBOUYA, Président de la République, Chef de l’ETAT ;

Au regard des motivations de la prise du pouvoir par le CNRD, sous la direction du Colonel Mamadi DOUMBOUYA, le 05 septembre  2021 ;

L’Ordre National des Architectes de Guinée (ONAG), décide :

De prendre acte de la prise du pouvoir par le CNRD, le 05 septembre 2021 ; 

D’apporter son soutien total au CNRD et aux idéaux prônés par celui-ci ; 

De se mettre à la disposition du CNRD pour contribuer à la réussite de la transition pour le bonheur du peuple de Guinée.  

C’est pourquoi, l’ONAG a décidé de répondre favorablement à l’appel du CNRD, à travers ce présent mémorandum dont voici ci-après les composantes :   

A. LES ORGANES DE LA TRANSITION: 

Présidence de la République ; 

Gouvernement (Premier Ministre et membres du gouvernement) ;

Conseil  National   de la Transition (CNT) ;

Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD). 

B. LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE :

Concernant la Présidence de la République, cette institution ne fait pas objet. Car, le Président du Comité National du Rassemblement  pour le Développement (CNRD), son excellence le Colonel Mamadi DOUMBOUYA, l’incarne par ordonnance en tant que Président et Chef de l’Etat.

Concernant le gouvernement, il y a le Premier Ministre et les membres du gouvernement :

Le PREMIER MINISTRE

Le profil proposé par l’Ordre  National des Architectes de Guinée (ONAG) est le suivant :

Etre de nationalité guinéenne ; 

Un cadre supérieur, jouissant d’une intégrité morale irréprochable    et qui soit compétent ; 

Qui provient de la société civile ou ayant renoncé à toute activité politique  et s’être opposé au troisième mandat ; 

Qui connaisse bien la Guinée et les guinéens ; 

Qui maîtrise bien l’histoire, la sociologie, la culture, les coutumes  et les traditions guinéennes.

LES MEMBRES DU GOUVERNEMENT

L’ONAG, apprécie hautement la vision de rassemblement du CNRD, sous la direction de son excellence le Colonel Mamadi DOUMBOUYA, Président du CNRD,  Président de la République, Chef de l’Etat, en proposant un gouvernement d’UNION NATIONALE. Dans la compréhension de l’ONAG, il s’agira d’un gouvernement composé des membres du CNRD, de la société  civile, des guinéens de l’étranger et des partis politiques. 

Le choix des membres de ce gouvernement, devrait obéir aux critères suivants :

Etre de nationalité guinéenne ; 

Etre cadre intègre n’ayant jamais été mêlé dans des malversations de quelque nature que soit ; 

Avoir des compétences avérées dans les domaines qui relèvent  de son département ministériel ;

Etre d’une moralité irréprochable ;

Connaître très bien la Guinée, son histoire, sa culture, ses traditions,  ses coutumes, sa sociologie etc…

L’ONAG propose que ce gouvernement soit un gouvernement modèle qui servira de référence pour tous les gouvernements qui viendront   après la transition. 

Pour cela, il sera essentiel que les différents Ministres sous la direction   du Premier Ministre et de son excellence, le Président du CNRD, Président de la République, Chef de l’Etat, soient très rigoureux et exigeants en termes de : 

– Transparence dans la gestion de toutes les affaires administratives et financières du département qu’il dirige ;

–   Choix des collaborateurs dans les différents postes de responsabilités de son département ; 

–   De définition des objectifs et des démarches à suivre pour les atteindre ; 

– De respect des lois et des règlementations en vigueur, dans toutes les procédures de traitement des différents dossiers dans  son département ; 

–   De discipline et de ponctualité de l’ensemble du personnel de son département ; 

– De propriété, de fonctionnalité et de maintenance de tous les  immeubles qui abritent  son département, ainsi  que les meubles et de toute la logistique. 

LE CONSEIL NATIONAL  DE TRANSITION (CNT) 

L’ONAG propose que le Conseil National de Transition (CNT) qui jouera d’office le rôle de parlement pendant la période de transition,    soit composé de représentants :

De la société civile ; 

Du Comité National du Rassemblement pour Ie Développement (CNRD) ; 

Des partis politiques ; 

Des guinéens de l’étranger ; 

Des confessions religieuses ; 

Du monde de la culture ; 

De la jeunesse. 

Le rôle du Conseil National  de Transition (CNT), sera non seulement  de proposer et voter des textes des lois, mais aussi de rédiger une nouvelle constitution. 

Une constitution qui soit :  

–   Fiable ; 

–   Démocratique ; 

– Qui tienne compte de notre  histoire, notre sociologie, de nos traditions, de nos coutumes et de nos valeurs culturelles ; 

–   Qui tienne compte de la globalisation du monde ; 

–   Qui ouvre la Guinée à la modernité ;

–   Qui résiste aux épreuves du temps ; 

– Qui sécurise la Guinée et les guinéens, dans un monde devenu de plus en plus turbulent voir agressif. 

LE COMITÉ NATIONAL DU RASSEMBLEMENT POUR LE DÉVELOPPEMENT (CNRD)

Le Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD)  en tant qu’acteur  du changement du régime et initiateur de la nouvelle  vision (Rassemblement pour le Développement), sous la direction de son Président, son excellence le Colonel Mamadi DOUMBOUYA, Président  de la République et Chef de l’Etat, doit être représenté dans toutes les instances de la transition.  

B. LA GOUVERNANCE 

Pendant la période de la transition, l’Ordre National des Architectes de Guinée (ONAG) propose les axes suivants sur lesquels le Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD), devrait veiller :

La réforme profonde de l’administration guinéenne, afin qu’elle soit beaucoup plus efficace et complètement dépolitisée ;

La réforme profonde du système éducatif guinéen ; 

La mise en place des institutions de la République ; 

La réforme des forces de défense et de sécurité ; 

La réforme de la justice ; 

Les Etats généraux du système de santé ; 

Les Etats généraux de l’habitat et de la construction ;

Renforcer la sécurité des personnes et des biens ; 

Créer une commission vérité, justice et réconciliation ; 

Éviter d’engager des grands chantiers sur financement du Budget National de Développement (BND) ; 

Auditer tous les grands chantiers d’envergure national pour amorcer  leur continuation et leur achèvement ; 

Encourager les investissements dans le secteur de l’agriculture et de l’élevage ;  

Encourager les échanges commerciaux entre la Guinée et les pays voisins.    

C. DURÉE DE LA TRANSITION

L’Ordre National des Architectes de Guinée (ONAG) estime qu’il ne faudrait pas confondre vitesse et précipitations.

Tenant compte des propositions contenues dans ce présent mémorandum, l’ONAG estime  deux (2) ans pour leur mise en œuvre. 

D. PROBLÉMATIQUES DANS LE SECTEUR SPÉCIFIQUE DE L’AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE.  

Aujourd’hui, nos villes  se développent sans projet de planification et sans projet d’urbanisme.

On construit n’importe quoi et n’importe où !

Nos villes n’ont pas été dessinées, en effet !

Or, une ville doit être conçue, suivie et périodiquement adaptée en fonction du temps, des nouveaux besoins ou des nouveaux phénomènes. 

Il n’y a que des lotissements qui se font et parfois, sinon il ne s’agit que des occupations anarchiques !

Cette réalité a engendré la production des villes anarchiques à travers tous les pays dont le cas le plus illustratif est la ville de Conakry, notre capitale.

Le développement anarchique de notre capitale, a engendré l’insécurité, l’insalubrité, les embouteillages, la mauvaise répartition   de peu d’équipements qui existent, la pollution, l’exode rural, la pauvreté, même la difficile et la mauvaise distribution de l’eau et de l’électricité sont imputables en grande partie au développement anarchique de la ville.  

Toujours à Conakry, cette anarchie a commencé à provoquer des inondations et si rien n’est fait, dans un avenir proche, des quartiers  entiers risquent de disparaître purement et simplement !

Aujourd’hui, force  est de constater que Conakry a fini d’absorber Dubréka et Coyah.

Dans un passé récent, ces deux villes étaient des villes sympathiques et satellites de la capitale Conakry.

Aujourd’hui, à la suite de cette absorption, Conakry s’étend sur plus de 50 KM ! 

A cette allure, c’est bientôt la ville de Forécariah qui sera absorbée pour transformer Conakry en une ville mégapole, s’il ne l’est pas déjà dans un pays de douze (12) millions d’habitants !! 

Cette extension incontrôlée de notre capitale a entraîné des conséquences préjudiciables à tout développement durable. 

Des zones industrielles se sont retrouvées au centre géographique de la ville près des zones d’habitations.

Un centre administratif qui se retrouve à l’extrémité d’une ville linéaire  et horizontale de plus de 50 KM ! 

Une ville réellement sans corniches. Car, celle qui existait est complètement obstruée par des gigantesques immeubles érigés en bordure de mer, entraînant ainsi l’appropriation d’un bien naturel  commun la mer, par un petit groupe de particuliers ! Ainsi, la majorité est privée de brise marine  et de vue sur mer !! 

Une ville  sans équipements, ni projets modernes de transports publics (projet de métro ou autres …) 

Une ville quasiment  sans espaces verts !

Des surfaces navigables disponibles qui auraient pu servir des transports   urbains, même interurbains, mais non exploités ! Or, nous n’avons pas besoin des mégapoles, nous avons besoin des villes  petites  et moyennes qui soient modernes, durables et facilement administrables. 

Il est essentiel avant de terminer, de citer quelques tares. Il s’agit entre autres :

Du Manque de planification de nos villes ;

De l’aggravation des problèmes domaniaux ;

De l’expropriation suivie de destruction des biens immobiliers et fonciers des populations sans tenir compte des lois de la République ;

Du refus ou la lenteur dans le traitement des permis de construire et des titres fonciers. Aujourd’hui, il faut un an ou trois ans pour disposer de son titre foncier ; 

Un manque notoire d’Architectes dans les instances de décision du MVAT notamment dans les Directions Nationales (4), les Directions  Régionales (9) ainsi que les Directions Communales et préfectorales ;

Manque de stratégie pour la valorisation du patrimoine bâti ;

Manque de lisibilité pour une politique nationale de promotion des logements sociaux ;

Le déclassement progressif du patrimoine foncier et immobilier public au profit des dignitaires du pouvoir ;

De la précarisation des anciens quartiers sans aucune politique  de rénovation, de restructuration;

Du manque de suivi des travaux en BTP des  investissements publics. 

Pour remédier à ces tares, l’ONAG propose quelques pistes de solutions : 

Renforcer les compétences au niveau national, régional, communal et préfectoral. Il s’agit d’avoir  pour chacune de ces entités, des urbanistes,  des architectes, des ingénieurs, des géomètres etc…

Définir et vulgariser une stratégie nationale pour l’aménagement du territoire en tenant compte des règles et des principes de la planification  durable ;

Créer des bases de données (des plans cadastraux ainsi que les plans d’aménagements) au niveau National, régional, communal et préfectoral ;

Procéder à l’établissement des schémas directeurs de toutes les communes  et les préfectures ainsi que les plans locaux des quartiers  etc…;

Actualiser le schéma directeur de grand Conakry (études entre   1985/1989) ;

Faire de la planification participative « la boussole de toutes les politiques  d’aménagement  ». 

A présent les questions :

Quel rôle pour les acteurs techniques que sont les Architectes, les Ingénieurs et les Géomètres dans cette nouvelle dynamique ?

Quel rôle pour les décideurs ? 

Quel rôle pour les populations ?

C’est des questions essentielles auxquelles il faut apporter des réponses  appropriées pour pouvoir assurer un meilleur avenir pour le secteur, afin d’obtenir des retombées bénéfiques pour les populations.

Conakry, le 27 septembre  2021

LE PRÉSIDENT  DE L’ONAG

ARCHITECTE  BOUBACAR  BAH

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63 ans de la Guinée : les mots et les maux du ministre

3 octobre 2021 à 15 03 58 105810
Habib Yembering Diallo

Cher ami,

Face à ce qui s’est passé à l’occasion de la célébration du 63ème anniversaire de notre indépendance, je ne peux pas rester sans t’adresser ces quelques mots. L’observateur que je suis, j’ai eu l’impression que nos compatriotes ont célébré deux fêtes : celle de notre indépendance mais aussi celle du départ du gouvernement auquel j’appartenais jusqu’au 5 septembre dernier.

Alors que ces dernières années la célébration ne donnait lieu à aucune manifestation populaire, cette année nos compatriotes l’ont célébrée avec faste. Aussi bien dans la capitale qu’à l’intérieur du pays. Dans la foulée, quelqu’un a fait remarquer qu’à la souffrance succède l’espérance. D’autres ont indiqué qu’ils n’ont recouvré la véritable liberté que le 5 septembre. C’est vrai que tout cela relève de l’euphorie. C’est vrai qu’après ce temps, les gens vont vite revenir à la réalité. Mais que nos compatriotes aient le sentiment d’être libérés par le départ d’un régime démocratique, cela m’a fait froid dans le dos.

Autre réalité qui a plein d’enseignement, c’est la célébration officielle de l’événement. Si tu as regardé les images de la télévision nationale, à quelques exceptions près, il n’y avait que de nouveaux visages à ladite cérémonie. Ce fut une situation inédite. Tous ceux qui comptaient il y a encore un mois étaient absents. A la fois les membres de l’ancien gouvernement, les députés de l’assemblée nationale dissoute et les membres de toutes les anciennes institutions.  

Mais il n’y a pas qu’au sommet de l’Etat où nous -responsables de l’ancien régime- sommes exclus. Partout dans le pays, nous sommes devenus les parias de la société. A titre d’exemple, j’ai voulu ces derniers jours rompre mon isolement à la maison pour reprendre une vie normale. Moi qui étais rarement présent aux affaires sociales de la famille en raison notamment de mes responsabilités gouvernementales, j’ai assisté récemment à une affaire sociale.

Cette sortie, qui était censée me soulager en me permettant de me refaire une autre vie après celle de ministre, a failli tourner au cauchemar. Au cours de cette cérémonie, un oncle très écouté, voire vénéré par les miens, a pris la parole pour lancer des flèches. Tout d’abord il a qualifié mon ancien patron de criminel. Ajoutant que ceux qui ont collaboré avec lui jusqu’à la fin n’avaient aucune excuse, en citant les exemples de mes anciens collègues qui ont démissionné.

Après ce discours, toute l’assistance, visiblement gênée, m’a mitraillé avec des yeux parfois approbateurs du discours du sage. Lequel a ajouté que ce qui s’est passé entre mon patron et l’actuel patron ressemble exactement à ce qui s’était passé entre Pharaon et Moïse. Selon lui, quand le premier, plein d’orgueil, d’arrogance et de mépris, s’est autoproclamé dieu, le vrai Dieu a envoyé celui qu’il a élevé pour mettre fin à son règne. Ces propos ont suscité beaucoup d’intérêt auprès de l’assistance.

Après mon patron, le vieux s’est déchaîné sur moi sans me nommer en disant que c’est seulement le jour où un homme a été enterré qu’on peut dire qu’il est béni ou maudit. Pour lui, ce n’est pas le début qui compte. C’est plutôt la fin. Bref, j’ai eu l’impression que cette cérémonie n’était rien d’autre qu’un procès contre mon patron et moi-même. C’est pourquoi, au lieu d’être un soulagement pour me permettre de reprendre une vie normale d’un citoyen normal, elle a tourné au cauchemar.

Désormais je vais réfléchir deux fois avant d’aller à une cérémonie. Or si je n’ai aucun rôle à jouer au plan politique et je suis exclu au plan social, la terre deviendra un enfer pour moi. C’est pour cette raison que je t’écris. Je voudrais que tu m’apportes tes conseils. Pour me dire, selon toi, quelle devrait être la démarche à suivre, sachant que la solution n’est pas de rester enfermé dans ma chambre.

Ma situation est d’autant plus préoccupante que je crains de développer une maladie. Non pas physique mais mentale. Car si on a le sentiment que la terre se rétrécit autour de soi, il y a des risques. La plus grande erreur que j’ai commise c’est de me consacrer uniquement à la politique ces dernières années. Or malgré l’engagement du nouveau patron de ne pas procéder à la chasse aux sorcières, la réalité est tout autre. Dès lors qu’il a dit solennellement que les anciens membres du gouvernement ne seront membres ni du nouveau gouvernement ni de l’organe législatif.

Cela veut dire que je dois continuer à vivre comme je le fais actuellement dans les deux années qui viennent. Encore que rien ne me garantit que mon parti pourrait faire exception en survivant après ce qui s’est passé le 5 septembre. Bref, l’avenir s’annonce sombre. Et, comme dit le dicton, c’est pendant les difficultés qu’on reconnaît les vrais amis.

Attendant avec impatience tes sages conseils qui pourraient soulager ma douleur, je te prie de transmettre mes salutations à toute ta famille.

Ton ami le ministre Habib Yembering Diallo, joignable au 664 27 27 47

Toute ressemblance entre cette histoire ministérielle et une autre n’est que pure coïncidence

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Charte de la transition : la lecture d’Ousmane Guirassy

3 octobre 2021 à 15 03 46 104610
Ousmane GUIRASSY 

Libre Opinion : Le lundi 27 septembre 2021, le Comité National de Redressement et du Développement a publié « La charte de la transition ». Cette charte comporte 84 articles et un préambule de 15 alinéas. Elle fait donc office des lois et de la constitution. Autrement dit, cette charte fait lieu et place des lois de la République et de la constitution pendant la période transitoire. « Nous, membres des forces et de sécurité de la République » à la place de « Nous, peuple de Guinée » a donné le coup d’envoi de la trahison de l’esprit de la transition. Et la signature de cette charte par le Président qui n’a pas encore été investi, vient définitivement acter cette trahison.

Une charte des droits et libertés ne se limite pas à affirmer des valeurs fondamentales, en principe partagées par tous. Elle porte aussi en elle le germe de la subversion. La subversion du droit tel qu’on le pratique. Avec cette charte de la transition, certains s’en inquiètent et d’autres s’en réjouissent. Ceux qui s’en réjouissent pensent qu’elle crée du renouveau et apporte un espoir de bonne gouvernance politique, économique et sociale. A contrario, ceux qui s’en inquiètent comme moi, pensent qu’au-delà de l’imprécision, ce texte est gorgé de l’incohérence et de vice de procédure.

Mais que faut-il entendre par charte ?

Une charte protège des libertés et droits fondamentaux. Effet, elle constitue un outil dont se servent ceux qui veulent remettre en question des règles, des usages, voire de simples pratiques, souvent fort anciennes, dont ils prétendent qu’ils ne respectent pas. Elle est alors brandie par un individu ou une minorité, contre une norme qui est l’œuvre, quoique de bonne ou de mauvaise foi, de la majorité. En Guinée, cette charte a été paraphée et signée par une seule et même personne et rédigée par un groupe d’individus non identifiés, dont leurs identités et leurs qualités juridiques ne sont pas rendues publiques. Cette absence de transparence est regrettable et juridiquement critiquable. Comme disait Ellul Jacques, l’absence de source et de qualité juridique de ou des rédacteurs d’un texte juridique « est un délaissement des témoignages des acteurs des évènements, ce qui au final constitue un manquement aux règles essentielles de l’histoire d’une nation ».

L’histoire nous a appris le danger de remettre tout le pouvoir à une seule personne. L’exemple de Napoléon est édifiant. Après le coup d’État de Napoléon en 18 Brumaire (novembre 1799), l’abbé Sieyes disait devant une foule compacte au sujet du Putschiste Napoléon « Messieurs, nous avons un maître, ce jeune homme fait tout, peut tout et veut tout ». Résultat, ce jeune homme est devenu le dictateur que l’histoire de la France et de l’humanité tout entière retiendra à jamais. Cet exemple n’est pas si loin de ce que prévoit cette charte, car elle consacre tout le pouvoir en un seul homme. C’est le cas par exemple de l’article 38 du chapitre deux « le président de la transition est le chef de l’Etat, chef suprême des armées, chef de l’administration. Il détermine la politique de la nation et assure par son arbitrage le bon fonctionnement des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’Etat ». L’article 50 poursuit en prévoyant que « le Premier ministre est responsable devant le président de la République ». Deux analyses sont nécessaires à ce niveau : Un trop plein des pouvoirs du Président de la république (I), de la légèreté et l’incohérence de la charte (II)

La charte du 27 septembre 2021: Une trahison de l’esprit de la transition

I) Un trop plein de pouvoirs du Président de la république.

A) Le pouvoir du premier ministre vide de contenu.

D’abord l’article 38 susmentionné prévoyant que le « Président de la République détermine la politique de la nation » est un pouvoir de trop du président de la République parce que dans tous les pays démocratiques du monde, ce rôle revient tout naturellement au Premier ministre. Nous proposons de rectifier cet article en supprimant le terme le Président de la République « détermine la politique de la nation » « et prévoir que « le Premier ministre détermine et conduit la politique de la nation ». Sans cela, la fonction du premier ministre ne servira rien d’autre qu’un simple collaborateur. Ce n’est pas parce que la Guinée est dans un régime de transition politique qu’elle doit faire exception à une règle démocratique séculaire.

A observer cette charte de près, on se rend compte sans grande difficulté que le régime choisi est un régime présidentialiste bicéphale. Ce qui veut dire que le pouvoir exécutif comporte « deux têtes » : le président de la République chef de l’Etat, et le Premier ministre, chef du gouvernement. Pour autant, l’article 50 prévoit malencontreusement la responsabilité du premier ministre devant le président de la République sans préciser la nature juridique de cette responsabilité.

B) Une imprécision de la responsabilité du premier ministre devant le président

L’article 50 prévoit en son alinéa 3 que « le premier ministre est responsable devant le président de la république » Cet article est imprécis et incohérent, car il ne précise pas de quelle responsabilité s’agit-il. Est-ce une responsabilité politique ? Est-ce une responsabilité pénale ? Est-ce une responsabilité civile, individuelle ou une responsabilité comptable ? Ce manque de clarté est déplorable parce qu’en principe, la responsabilité politique des membres du gouvernement n’existe qu’à l’égard de L’Assemblée Nationale.

Donc dans le cas guinéen actuel, les membres du gouvernement ne devraient être politiquement responsables que devant le Conseil national de la transition CNT car, l’article 56 de la charte dit que « le CNT est l’organe législatif de la transition ». Ni le premier ni le dernier ministre, ni même le gouvernement ne devrait être responsable devant le Président de la République. Et pourtant, c’est bien tout le contraire qui est constaté dans cette charte de la transition. Pénalement, selon le principe de légalité des délits et des peines théorisé par Béccariat, le déclenche -ment de l’action publique appartient au ministère public donc au procureur de la république et aux particuliers victimes directe d’une infraction pénale. Or, l’article 50 de la charte dit simplement que le premier ministre est responsable devant le Président point barre. Cela amène à dire que le Président de la République peut pénalement poursuivre et sanctionner le Premier ministre. Un véritable pied de nez au principe de séparation des pouvoirs. Si un esprit généreux pouvait nous expliquer de quelle responsabilité s’agit-il, nous en seront très heureux. Ces démonstrations précédentes, autorisent à nier la pertinence de cette charte et à l’accuser de trahir l’esprit de la transition. Ces différentes formulations sont juridiquement aventureuses et ouvrent droit à de la concentration du pouvoir en une seule main. De plus, le risque de dérive n’est pas très loin. A vouloir faire d’une seule personne le décideur de la vie ou de la mort d’une nation tout entière est une grave erreur juridique.

La charte du 27 septembre 2021 : Une trahison de l’esprit de la transition

II) De la légèreté à l’incohérence de la charte

Quand bien même il serait difficile de reprocher un manque de bonne volonté aux rédacteurs de cette charte, ils ne peuvent tout de même pas être exemptés de manque de rigueur intellectuelle. C’est le cas lorsque l’article 3 du chapitre II est contraire à l’article 60 du chapitre IV de la charte (A). Quand bien même la Guinée est dans une phase de transition politique, la protection de l’environnement est le grand oublié de cette phase transitoire (B).

A) De l’imprécision au possible risque de conflits

Lorsque les rédacteurs de ladite charge prévoient à l’article 6 que « les parties politiques concourent à l’expression du suffrage » sans daigner préciser de quel suffrage s’agit-il, peut en toute évidence créer de risque de conflits électoraux. Cet article ne dit pas si les parties politiques concourent au suffrage universel direct/indirect, censitaire ou capacitaire.

1) Une incohérence aux conséquences multiples

Cet article ne précise pas non plus si les candidats sont élus à la majorité absolue des suffrages exprimés. Si celle-ci n’est pas obtenue au premier tour du scrutin, un deuxième tour est-il organisé ? Cette imprécision peut entraîner plusieurs conséquences. Il n’est de secret pour personne que les violences qu’a connues ce pays sont nées de la contestation électorale. En outre, l’une des promesses du CNRD est d’organiser des élections acceptées par tous les acteurs et de la majorité de la population. L’imprécision de cet article ne va pas dans le sens de cette promesse.

A cet effet, le suffrage, venant du latin suffragium, est un vote exprimé lors d’une délibération ou d’une élection. Donc une voix exprimée est un suffrage. Si on s’en tient à cette formulation initiale, tous les candidats aux différentes élections bénéficiant au moins une voix, seront vainqueurs. Parce que l’article susmentionné dit que « les candidats concours à l’expression du suffrage » sans rien préciser. Cet article nécessite donc un amendement ou une complétude en y ajoutant « suffrage universel direct ou indirect exprimé à un ou à deux tours ». A la lecture de ce même article, on s’aperçoit que ce sont seulement les partis politiques qui concourront à l’expression du suffrage universel. Les candidatures indépendantes sont bannies du processus électoral. Ce qui est regrettable pour une nation qui veut construire un nouveau pacte social, démocratique et Républicain.

La rectification de l’article 6 est impérative parce que selon l’article 84, cette charte tient lieu et place de la constitution et ce pour toute la durée de la transition dont la date de fin n’est pas encore connue. Ce qui veut dire que, le seul texte pouvant être évoqué devant les juridictions est cette charte. Et si les élections sont organisées sur la base de ce texte, le risque de conflit est inévitable parce que cette charte a beaucoup de failles et que tout le monde n’est pas bête dans ce pays.

Passons au chapitre III, précisément à l’article 3 qui prévoit que « La Guinée est une République unitaire et indivisible, souveraine, sociale et laïque ». C’est ce dernier mot qui nous intéresse particulièrement. Arrêtons donc nous là-dessus un instant.

La charte du 27 septembre 2021 : Une trahison de l’esprit de la transition

Que faut-il entendre par laïcité ?

D’abord le mot laïcité n’est pas un concept. C’est un principe. Donc étant un principe, la laïcité garantit l’indépendance et la neutralité de l’Etat à l’égard des religions. En France par exemple, c’est la loi du 9 décembre 1905 qui a consacré le principe de laïcité. Elle prévoit que l’Etat ne reconnait, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. Ceci étant dit, les rédacteurs de cette charte se mêlent encore une fois les pinceaux parce que juste après, ils prévoient à l’article 60, la participation de deux représentants des confessions religieuses qui siègeront parmi les 81 membres composants le CNT. Jusqu’à preuve de contraire, le CNT est un organe politique et non religieux. Dès lors, si la Guinée est une République laïque, la présence des confessions religieuses dans des instances de décisions politiques n’est pas souhaitable. Les confessions religieuses peuvent/ou doivent être un organe consultatif avec avis non lié.

2) Le manque de courage politique de la charte

Sur les 81 membres que composent le CNT, seulement 30% de femmes y siègeront pendant que les hommes représenteront 70% des membres. Selon une étude statistique du ministère du plan rendue publique en 2020, sur une population de 12,233 millions d’habitants, il y a 6.802, 741 femmes contre 5.430.371 hommes soit environ 60% de femmes. Comment peut-on construire une société juste et égalitaire si on pense implicitement que les femmes sont intellectuellement inférieures aux hommes ? Comment le CNRD peut crier sur tous les toits qu’il entend rompre avec les maux dont était malade la Guinée, s’il reproduit les mêmes Godzillas du passé. Les femmes constituent la clé de voûte de notre société, de notre économie. Ce sont les premiers de « cordée ». Ce sont elles les lèvent tôt et les couchent tard. Au-delà de toute cette incontestable énumération au sujet des femmes, depuis 1958, ce sont les hommes qui sans partage dirigent ce pays. Je pense qu’il est tant d’avoir le cran de laisser les femmes aussi essayer parce que les hommes n’en sont pas encore capables. La preuve est devant les yeux de tout le monde car, voilà où nous en sommes après 63 ans de souveraineté et de gouvernance masculine.

B) L’omission regrettable de la protection de l’environnement dans la charte

81 articles, 13 pages dont deux pages de préambule, zéro article, zéro mot sur la protection de l’environnement. Pendant ce temps-là, les grues, les trains minéraliers, les gros porteurs, les engins lourds de toutes marques sont en train de dévaster le système terre de la Guinée. Pendant que les fleuves, les rivières, les lacs sont en danger imminent de disparition. Pendant que dans certaines zones comme Boké est en train de vivre une révolution écologique d’origine humaine. Personne ne s’en inquiète du capitalocène que ce pays vit actuellement.

La Guinée ne doit pas être une exception dans la lutte contre le réchauffement climatique. C’est extrêmement dommage que cette charte, n’a pas consacré une seule phrase à l’écologie qui est devenue selon les termes des nations unies « une urgence ». Au sens du dernier rapport du GIEC (groupe intergouvernemental d’étude sur l’évolution du climat des Nations unies) prévoit selon les scénarios de réponse politique, entre 1,2 °C et 6 °C de plus de réchauffement climatique à la fin du XXIème siècle. La barre des +2°C par rapport à la période préindustrielle sera difficile à ne pas atteindre. Pourtant, ce sont des industriels qui sont à 70% des pollueurs. Et la Guinée constitue une diarrhée industrielle installée à peu près dans tout le pays.

La charte du 27 septembre 2021: Une trahison de l’esprit de la transition

Le fait de ne rien prévoir dans ce texte contre la destruction de notre système terre constitue un vide juridique pendant toute la période transitoire. C’est donc un open-bar pour les compagnies minières et un far-west pour tous les autres industriels de fabrique d’eaux minérales etc. Il est donc tant que l’écologie soit considérée comme une partie intégrante de la démocratie politique. Et que l’Etat s’engage à la défendre au nom du peuple. Il n’est pas étonnant que cette absence de texte pour la nature n’ait créé aucune onde de choc parce que l’esprit de la tradition a été trahi depuis les premiers mots de la charte. Dans le monde des libertés et droits fondamentaux, les règles lapidaires ne doivent pas être prises à la légère. Or ce n’est pas ce qui s’est produit dans cette charte.

Cette charte n’est rien d’autre finalement, qu’un énoncé d’idéaux vers lesquels tout le peuple de Guinée doit tendre parfois en boitillant. L’honnêteté intellectuelle commande de conclure que cette charte est dépourvue de clarté, de précision et de cohérence. Hans Kelsen disait que « si entre un ordre public de direction et un ordre public de protection la règle de jeu n’est pas claire, rien ne pourra empêcher la naissance d’une nouvelle catégorie qui cherchera lentement sa voie ».

Ousmane GUIRASSY

Juriste diplômé de l’Université de Bordeaux,

actuellement inscrit à l’université de Paris 1 Panthéon Sorbonne.

E-mail: [email protected]

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Regard sur la Charte de la transition en Guinée : du copier-coller

3 octobre 2021 à 13 01 03 100310
Alpha Ousmane BARRY, Professeur des Universités en France

Par Alpha Ousmane BARRY, Professeur des Universités en France : La mimésis est une notion introduite par Platon dans la République (Livre 1 et 2). Elle a été par la suite reprise par Aristote, puis a connu au cours des siècles plusieurs développements théoriques. S’appliquant, tout d’abord, dans un contexte religieux à la danse, au mime et à la musique, la mimésis recouvre l’idée d’imitation dans son rapport au réel. Dans sa théorie, Platon soutient les qualités du discours indirect libre comme moyen permettant de transmette efficacement des vérités à l’aide de l’imitation. Ainsi, l’imitation pourrait-elle constituer un masque qui colle à la peau de l’imitateur. Ce qui s’adresse ici à tous les Guinéens et qu’on essaye de leur faire comprendre de façon plus simple consiste à soutenir l’idée que la représentation n’est qu’une piètre copie du réel. En d’autres termes, il ne suffit pas de reproduire des articles de la constitution ou de la reconnaissance des droits universels de l’Homme, ou encore de ratification de plusieurs traités d’organismes internationaux pour que cela se réalise dans les faits en contexte guinéen.

Le discours n’est transparent au monde qu’exceptionnellement, ce qui revient à admettre que la reproduction d’articles de lois, par simple imitation, peut être doublement éloignée de la vraie nature des choses. Le vrai rimant avec le bien, il n’est pas exclu que l’imitation des textes de lois par le CNRD déforme le contenu des idées et opère un détournement moral en influençant l’opinion publique guinéenne en proie à une sorte d’enchantement voire de frénésie collective. On pourrait inférer que si l’homme est imitatif par nature, il est une tendance commune à tous les hommes de prendre plaisir aux représentations, en tant que fondement de l’opinion publique, qui n’est rien d’autre chose qu’une doxa (croyance à mi-chemin entre la vérité et le mensonge).

A la lecture du Vademecum de la transition, qui s’étend sur 13 pages, publié le 27 septembre le CNRD, plusieurs aspects retiennent l’attention d’un esprit attentif. En effet, on peut s’attarder, dans un premier temps, sur deux paragraphes du texte : i) « considérant les conclusions des concertations nationales inclusives, tenues à Conakry du 14 au 23 septembre 2021 au Palais du Peuple, avec les … ». En lisant ces choses-là, on est tout simplement abasourdi voire étonné que le destin d’un pays et de tout un peuple soit scellé de façon aussi expéditive, surtout quand on a suivi avec attention le désordre et le tohu-bohu qui ont émaillé l’organisation de ces concertations. En plus du manque d’organisation – désordre à la guinéenne – qui est un phénomène patent dans notre pays, on voit mal en un temps aussi court accordé à chaque composante sociale, comment le résultat du travail réalisé puisse déboucher sur du construit. En lieu et place de cette poudre jetée à la figure des Guinéens, on aurait dû demander à chaque catégorie d’organisation (Partis politiques, société civile, syndicats, confessions religieuses…) de se concerter, dans un premier temps, et au cours d’une sorte de conférence plénière programmée à cet effet, le représentant de chaque composante aurait la charge de présenter la synthèse des travaux de son unité sociale. Une telle disposition aurait pu déboucher sur un débat national et un document final issu des travaux, pouvant servir de lanterne tout au long de la période de transition. Pauvre de nous Guinéens !

ii) Le deuxième volet concerne le paragraphe 2 « Prenant acte des propositions et recommandations des différentes composantes des forces vives de la Nation », quand on prend un peu plus de recul par rapport ce qui est dit en ces mots et la manière expéditive dont ces rapports-propositions ont été rassemblés, il apparaît sans doute qu’il y a encore du grain à moudre pour remettre ce pays sur les rails. Aussi, par-delà les considérants qui se suivent à la queue-le-le, le chapitre 1 soulève également quelques questions. En effet, dix-huit valeurs et principes en couple de deux sont énoncées au plan paradigmatique, comme des colonnes d’un temple. Mais quand on y regarde de plus près, le premier couple pose problème car la justice doit précéder le pardon et la réconciliation. Dans le cas contraire, cela consisterait à « tresser des cheveux d’une tête infestée de puces ». Les Guinéens ont soif de justice, il est de notre devoir d’assumer pleinement notre histoire politique ponctuée de violences sanglantes et délits économiques par la folie des hommes.

Par ailleurs, tous les chapitres traitant des missions, de la souveraineté, des libertés, droits, devoirs, etc. sont une sorte de tralala que l’on retrouve dans toutes les constitutions. C’est à ce niveau que la mimésis trouve son vrai champ d’application. Ce regard est aussi valable pour tous les chapitres consacrés au Comité National de transition et à son président, au Conseil National de la transition, entre autres. Certes les articles affichent de bonnes intentions dans le discours, mais ce ne sont pas les idées bien intentionnées qui sortiront la Guinée des maux qui l’accablent. Il faudra que celles proclamées soient suivies d’actes concrets qui les valident.

Un autre aspect de la charte qui pose problème concerne la répartition des 81postes du CNT. On se demande, d’une part sur quelle base voire quel critère seront désignés certains membres du CNT, d’autre part on sait que la Guinée compte quatre régions naturelles, or pour la rubrique « sages des régions », seuls deux représentants sont prévus, cela ne pourrait-il pas raviver des querelles ? Surtout que les régions sont polarisées ethniquement et que les vrais démons de la Guinée sont tapis dans le tribalisme politique. Il apparaît enfin que l’équi-répartition des membres du CNT soulève bien des questions. Par exemple, « huit personnes ressources » est un chiffre trop important et à l’inverse quinze représentants des formations politiques est faible par rapport à l’éventail de leur nombre qui attend plusieurs centaines.

Entre autres choses, on peut penser que le chapitre premier du titre II concernant les attributions du CNRD soulève bien de questions. En effet, l’article 37 stipule « Le Comité National du Rassemblement pour le Développement est l’organe central de définition et d’orientation stratégique de la politique économique, sociale, culturelle et de développement du pays. Il est garant de la sécurité et de la cohésion nationales, de la stabilité et de la paix… ».

A la lecture du texte, dans son ensemble, tout se passe comme s’il y avait des chevauchements dans l’attribution des responsabilités aux différentes institutions de la transition ou alors que, selon le principe de « la charité bien ordonnée commence par soi », notre « junte militaire nationale » s’attribuait tout banalement la part la plus importante du gâteau. On met sur pied des institutions mais au fond toute décision à prendre revient en fin de compte au CNRD. Pour tous ceux qui, en observateurs patients, ont porté un regard attentif au fonctionnement du pouvoir qui vient de s’effondrer, tout se passe comme si, entre Alpha Condé et le RPG, chacun utilisait l’autre à ses fins. Le RPG s’est battu pour que Alpha Condé soit porté à la tête du pays et en retour en a profité pour s’approprier tout le pouvoir à son préjudice. Ainsi, le président était-il à la tête d’un pays sans en avoir le contrôle sur tout.

Enfin, on peut objecter le silence suspect de la Charte sur le devenir de ceux qui ont exercé préalablement le pouvoir. De ce fait, à la lecture de ce texte, il apparaît également que nulle part il n’est fait mention d’audit ou de diagnostic de la situation voire de procès d’éventuels coupables de délits financiers ou de toute autre nature. Le texte s’attarde simplement sur l’énumération d’actions d’ordre général sans aucune précision sur ce qu’auraient souhaité y trouver les Guinéens, soifs d’être assurés de l’avenir. Cette lecture lapidaire de la Charte, qui vient d’être publiée, est celle d’un autre regard sur ce qui se dessine en perspective pour notre beau-pays-la-Guinée et ses citoyens, où tous les espoirs et tous les doutes sont permis à présent.

Alpha Ousmane BARRY, Professeur des Universités en France

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FranceAfrique : Comment la France a radicalisé Sékou Touré ?

3 octobre 2021 à 12 12 16 101610
Oumar Kateb Yacine Bah

Libre Opinion : A l’occasion de l’An 63 de la République de Guinée, nécessité oblige, nous nous intéressons à un pan de notre histoire, celui marquant la genèse de la jeune Nation, qui a su saisir sa chance et s’affranchir du joug colonial au temps opportun. Grâce à la bravoure et la clairvoyance d’Ahmed Sékou Touré et ses compagnons de toutes obédiences confondues, la Guinée devient libre le 2 octobre 1958, après le Non au projet de la Communauté proposé par Général de Gaulles revenu aux affaires.

Comment la métropole a-t-elle réagi à ce « Non » aux conséquences lourdes dans les relations franco-guinéennes ? Comment Sékou Touré, pur produit de la Franceafrique devient-il la cible à abattre ? Comment, il s’est mué en dictateur pour faire vivre son pays dans un tourbillon de « complot permanent » pendant un quart de siècle ? La France en a une part de responsabilité. C’est ce que nous allons démontrer à travers ces lignes, en espérant que le temps est venu pour les historiens de rétablir la vérité.

Genèse d’une longue brouille entre Paris et Conakry

Tout est parti lors de l’escale du Général de Gaulles à Conakry le 25 août 1958 alors qu’il était en tournée de sensibilisations des populations africaines sur le bien-fondé de son projet de Communauté entre la France et ses colonies, en terme clair un projet ‘’de fédération des pays autonomes’’ régie par une nouvelle Constitution de la Vème République. Il comptait soumettre son projet aux populations par voie référendaire, le 28 septembre 1958. Si partout ailleurs, l’homme du 22 juin 1940 a eu la certitude de récolter le « Oui » à son projet de Communauté, tel n’a pas été le cas en Guinée où Sékou Touré, chef du Gouvernement de Guinée prônait déjà dans certains milieux « l’union libre avec la France ».

Dans son discours mémorable, le maître de Conakry dégage la voie vers la liberté et la dignité des peuples africains en proclamant «Nous préférons la liberté dans la pauvreté qu’à la richesse dans l’esclavage ». Une allocution « jugée provocatrices » par les maîtres colons dépassés par la tournure des évènements. Le ton emphatique et martial de Sékou Touré, les applaudissements nourris de la foule dévouée à son leader ont heurté la sensibilité du Général de Gaulle. Le vieux Général prend cette sortie du jeune leader guinéen – il avait 36 ans- comme un affront et une attaque contre son projet et l’œuvre de la France en Afrique. Il laisse entendre que la Guinée pourra prendre son indépendance en votant « Non ! » le 28 septembre et la métropole n’en fera pas obstacle, mais elle en tirera les conséquences. Déjà, en effectuant sa tournée à travers le continent, de Gaulle a fait comprendre que le Non est synonyme de cession, donc la rupture totale avec la France.

Sur ce, Charles de Gaulle dit « adieu » à la Guinée mais sans pardonner Sékou Touré. Dans ses Mémoires, édités par Presses de la Cité en 1975, Général Raoul Salan, chef de l’Armée en Algérie, qui reçoit de Gaulle à Alger quelques jours après l’incident de Conakry, rapporte un témoignage éloquent : « Me serrant la main, il explose soudain : Salan, ce qui s’est passé à Conakry est insensé…Je ne concevais pas pareille haine à l’égard de la France et à moi-même. Une vieille femme sur le côté de ma voiture, a fait le geste de soulever sa jupe et a craché sur le véhicule. Puis qu’ils veulent l’indépendance, eh bien, qu’ils la prennent, mais ils n’auront plus un sou ! ». Ainsi le ton est donné. Si sur le plan diplomatique, en dépit des obstacles posés par l’ancienne métropole, la jeune République deviendra, le 12 décembre 1958, le 82ème Etat membre de l’ONU, la sauvegarde de l’indépendance acquise ne sera pas facile. Le pays croisera le fer aux forces impérialistes tout le long des années 1960 !

Si rien n’indique officiellement l’implication directe de l’Etat français dans toutes les tentatives de renversement du Président guinéen, par contre on remarquera que l’homme de réseaux et de coups fourrés de l’Elysée, Jacques Foccart, va activer la machine à complot pour abattre Sékou Touré afin de laver l’affront infligé à la France et son Général de Président, et aussi dissuader toute velléité chez les autres colonies de lui emboiter les pas au risque de désintégrer l’Empire colonial. Evidemment, ce qui finira par arriver en 1960, bien que la France continue à sauvegarder jusqu’à nos jours son pré-carré africain contre vents et marrées. Comme nous allons le voir, Sékou Touré, devenu l’icône des peuples opprimés et porte-étendard des mouvements de libération nationale sera pour Jacques Foccart un danger à écarter.

Dès lors, Sékou Touré devient l’homme à abattre. La France, du moins à travers ses services secrets et les réseaux de Jacques Foccart, ne manquera pas d’initiatives pour se débarrasser de lui. L’affront subi par de Gaulle et le rejet de la Communauté amènent Paris à agir contre la jeune République progressiste. Un échec de Sékou Touré servirait de leçon aux autres, tuant en eux toute velléité d’indépendance. Surtout que Conakry ouvre ses portes aux pays de l’Est. Un autre vecteur de propension du communisme en Afrique alors qu’on est en pleine guerre froide et de positionnement entre puissances.

Punitions d’ordre économique et monétaires

Les premières mesures punitives sont monétaires. Avant le référendum, d’autres diront que ladite opération commando a eu lieu le 28 septembre, le haut-commissaire de l’AOF, Pierre Messmer basé à Dakar orchestre un véritable holdup en dépêchant à Conakry des marins et parachutistes français pour vider les milliards de FCFA de la succursale de la Banque centrale. Sékou Touré encaisse le coup en réaffirmant sa volonté de rester dans la zone CFA. En fait, il endormait la France pour gagner du temps. Car d’ors et déjà, il envisage de lancer le franc guinéen. Ce qui nécessitait la création d’une banque d’émission, l’impression des billets de banque et de les mettre en circulation. Discrètement, le franc guinéen est imprimé en Angleterre et lancé le 1er mars 1960. Qu’à cela ne tienne, la France est prête à la riposte. Les services secrets, SDECE à l’époque, s’en occupent pour la fabrication des faux billets du franc guinéens. Ils en ont fabriqué des grosses quantités dans les locaux du SDECE, au 141, boulevard Mortier à Paris, surnommé « Piscine ».

Ces billets sont introduits en masses via des complices internes en Guinée où les services secrets français possèdent des solides réseaux. Résultats, le franc guinéen est rapidement déprécié, fragilisant de plus l’économie du pays. Car, après le Référendum, tous les fonctionnaires français sont sommés par Paris de quitter le pays. Les planteurs de banane (la Guinée était 2ème exportateur mondial derrière les Antilles ; 100.000 tonnes par an), abandonnent les plantations et stérilisent le sol pour 40 ans! « … Cette opération de faux monnayage démontre que la France bénéficie sur place de nombreuses complicités et que les services secrets disposent d’un véritable réseau d’agents coordonnés et commandés par l’Élysée, via Jacques Foccart », rapporte Patrick Pesnot et Monsieur X dans leur livre ‘’Les dessous de la Franceafrique’’
Premier complot avorté dès 1959

Malgré le départ des Français, l’Hexagone dispose des intérêts en Guinée. Pechiney, qui a fait des gros investissements, transforme dans son usine sise à Fria la bauxite en aluminium. Vu le flirt que le leader guinéen entretient avec Moscou et ses alliés, du côté de Paris, il y a une crainte que cette usine ne soit nationalisée. La solution est de renverser Sékou Touré. Le Sdece et les barbouzes de Foccart entrent en action pour tenter un coup de force.

Dès 1959, le premier coup est préparé. Il s’agira d’entrainer des officiers guinéens hostiles à Sékou Touré à partir d’un pays voisin et trouver des complices à l’intérieur afin d’introduire des armes. Un pays est trouvé, le Sénégal. A l’intérieur, on choisit le Fouta Djallon. La raison, c’est la région frontalière avec le Sénégal où la France dispose des bases militaires pour servir aux dissidents des lieux d’entraînement. Sur cet épisode Patrick Pesnot et Monsieur X nous éclairent la lanterne. « Au Sénégal,…ces futurs rebelles officiers peuvent être formés en toute discrétion par des hommes du IIème choc, le bataillon qui fournit les effectifs du service « action » du Sdece. À l’intérieur de la Guinée, le plan prévoit de déclencher à la fois un coup d’État à Conakry et un soulèvement armé dans le massif montagneux du Fouta Djallon, une région proche du Sénégal. On peut donc y faire parvenir des armes sans trop de difficultés. ».

A l’interne, des opposants au régime, rassurés par la France trouvent des connivences dans les milieux intellectuels et d’affaires qui craignent déjà l’isolement de la Guinée vu l’option politique prise par le gouvernement de Conakry. Mais l’un des complices, un catholique se confie à un prélat de son obédience. Ce dernier, violant le secret confessionnel vend la mèche à un haut fonctionnaire en poste à Dakar. Paf ! la nouvelle parvient au Quai d’Orsay où on tombe de nu. Le ministre des Affaires étrangères, Couve de Murville, est dans tous ses états. Renseignement pris, on découvre que Foccart a préparé seul le coup avec ses réseaux. Mais sans l’Etat français. L’opération ne sera que simplement gelée.

En Guinée, ce coup de force gelé aura des conséquences graves sur la consolidation de la jeune Nation. La région du Fouta Djallon et ses habitants seront perçus comme « des hostiles à la Révolution ». Un instrument que le PDG exploitera à son compte contre ses adversaires ou présumés l’être originaires de la région, en se fondant sur le nombre important du « Oui » en Moyenne Guinée par rapport aux autres contrées du pays lors du Référendum gaulliste. Evidemment, au Fouta, c’est le Non qui a remporté. Le nombre élevé significatif du « Oui » y enregistré s’explique par le fait que la chefferie traditionnelle abolie en Guinée par décret du gouvernement local le 31 décembre 1957 gardait encore ses tentacules. Sinon, l’écrasante majorité des électeurs de cette région ont voté Non. Parce que non seulement, le PDG y comptait des nombreux partisans mais aussi, les leaders originaires de la contrée, Ibrahima Barry dit Barry III (Mouvement Socialiste Africain) et Barry Diawadou (Bloc Africain de Guinée) en avaient les leurs et se sont bien investis en faveur du Non. Certes sans l’union sacrée de l’élite guinéenne, le Non n’aurait pas remporté. D’ailleurs, les deux anciens opposants qui vont intégrer le gouvernement après l’indépendance et fondre leurs partis politiques respectifs en faveur du PDG, malheureusement le payeront au prix de leur vie plus tard.

L’agression qui devrait venir de la Côte d’Ivoire

Cette parenthèse mise à part, les complots vont s’enchainer contre Sékou Touré. Jacques Foccart, homme de l’ombre et chouchou de Charles de Gaulle qui n’a jamais pardonné « l’humiliation » que lui a fait subir Sékou Touré, trouvera d’autres foyers pour rallumer les braises. Un détail qui n’échappera pas au jeune président, ancien leader syndicaliste, toujours fougueux. « Foccart est le responsable numéro un de toutes les subversions organisées en Afrique, et particulièrement en Guinée » confiait Sékou Touré dans une interview accordée à l’agence britannique de Rélévision Visnc:ws en mai 1971.

Le coup suivant sera préparé à partir de la Côte d’Ivoire ; le précèdent n’étant que gelé, il suffirait de réactiver les conspirateurs. Seulement, en changeant des méthodes. Une attaque militaire est envisagée. Ils ont dû oublier – ou ne l’ont pas réalisé- que les dictateurs sont des paranoïaques. A force d’être acculé, le patron de Conakry, jadis imprégné de valeurs républicaines,, devient au fil du temps dictateur et paranoïaque. Ainsi, il restait constamment sur ses gardes pour ne pas se faire surprendre. Les dégâts ne manqueront pas en des pareilles circonstances.

Pour la suite de cet épisode, passons la parole à Patrick Pesnot et Monsieur X ; « Et il faut reconnaître que les initiatives françaises n’ont fait que contribuer à développer chez lui cette obsession du complot. Le dirigeant guinéen soupçonne en particulier des hommes de son entourage immédiat de vouloir le démettre ! Et il décide de dégainer le premier. En avril 1960, quinze jours avant l’opération prévue par le Sdece, ses services de sécurité arrêtent ces supposés comploteurs. Cette rafle déclenche un vent de panique chez les vrais conjurés qui se croient découverts. C’est la débandade ‘On se dénonce les uns les autres. Tandis que certains, risquant le tout pour le tout, interviennent les armes à la main. Ça se termine par un massacre. Plusieurs ressortissants français sont arrêtés, des armes sont saisies, l’échec est patent, total! ».

A partir de là, Foccart réalise en fin la solidité du régime de Conakry qui bénéficie sans doute l’appui de ses amis de l’Est. Sékou Touré, quant à lui, il mettra l’occasion à profit pour organiser la riposte. Il gèle des intérêts français. Pierre Rossignol, pharmacien établi en Guinée et très connu ici, arrêté dans le cadre de complot passera deux ans dans les geôles. Foccart, abandonne tout projet pareil. Du moins pour un temps. La tension entre Conakry et Paris atteint son paroxysme en 1965 lorsque Sékou dénonce un autre complot et indexe plusieurs ministres français sans preuves certes. C’est la rupture diplomatique qui ne sera renouée qu’une décennie plus tard. Et depuis lors, les deux pays entretiennent des bonnes relations bilatérales.

Le chemin de la vérité sur « les complots permanents » passera par Paris

Quant aux Guinéens, ils subiront les conséquences de ces relations conflictuelles entre leur pays et l’ancienne métropole jusqu’en 1975, année de la réconciliation ; et au-delà toutes les dérives dictatoriales du Premier Régime Révolutionnaire. Pourtant, Sékou Touré non compris par la France, n’était pas hostile à l’ancienne puissance coloniale. D’ailleurs, il était pur produit de la FranceAfrique, concept forgé par son ex-menton Félix Houphoët Boigny. Panafricaniste dans l’âme, il voulait l’indépendance de son pays et celle de tous les peuples opprimés. Acculé par l’ennemi, la paranoïa aidant, il tombe dans le piège de complot permanent. Nombre des Guinéens en seront victimes, sans forme de procès. Ces violences politiques, restant impunies, vont s’enchainer jusqu’à ce jour. Cette sombre période de notre histoire comme tant d’autre reste à éclairer. La France détenant les archives, même si la plupart des acteurs de cette époque ne sont plus de ce monde, peut aider la Guinée à élucider ce pan de son histoire selon les normes requises pour déclassifier les dossiers placés secrets d’Etat.

Quant à nous les Guinéens, la transition qui vient de s’ouvrir est l’occasion offerte pour interroger notre passé pendant ces 63 ans dans l’objectivité et l’amour de la patrie. Une transition bâclée ne fera qu’endormir une crise multidimensionnelle, latente et asymétrique dont le réveil serait fatal. Ce n’est pas un pouvoir civil, issu des urnes, qui fera ces assises nationales. Alpha Condé, ancien condamné à mort par contumace, et opposant historique a prouvé l’évidence. En 11 ans de règne, il n’a pas pu réconcilier les Guinéens. Or, pour bannir le communautarisme, l’ethno stratégie, l’impunité et poser les jalons d’un Etat de droits doté d’institutions solides, c’est d’abord la réconciliation. Afin de taire les rancœurs, on doit se parler sans ambages. Vivement les Assises nationales de Justice, Vérité et Réconciliation.

Oumar Kateb Yacine, Consultant-Analyste, Président de l’Institut Afrique Emergente
Courriel : [email protected]

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