Un jeune meurt en détention à Coyah : l’hôpital préfectoral dément la police

Alpha Ousmane Bah est-il mort dans les mains de la police à l’hôpital préfectoral de Coyah ? La question divise les services de sécurité et ceux sanitaires. La police assure que le jeune homme était vivant lorsqu’il a été évacué à l’hôpital, tandis que les responsables du centre hospitalier parlent plutôt d’un dépôt de corps. 

Selon les informations reçues par Guineematin.com, Alpha Ousmane Bah a été interpellé mercredi soir par la Brigade anti-criminalité numéro 11 (BAC 11) de Gombonyah, dans la préfecture de Coyah, après s’être battu avec deux jeunes. Le lendemain matin, sa famille a appris qu’il est mort et que son corps se trouve à l’hôpital préfectoral de Coyah. Où le jeune est-il mort ? De quoi a-t-il succombé ? Après quelques renseignements, sa famille dit avoir trouvé la réponse à la première question. Selon Mamadou Djouma Bah, jeune frère de la victime, Alpha Ousmane Bah est décédé dans les locaux de la BAC N°11, parce que les policiers ont refusé de lui venir au secours, malgré ses multiples plaintes.

Mamadou Djouma Bah, jeune frère de la victime

« Lorsque mon oncle et moi étions à l’hôpital préfectoral de Coyah, le commissaire central de la police est venu nous trouver là-bas. Il est entré dans le bureau du directeur de l’hôpital, avant de sortir. Il semble qu’il était venu avec un papier qu’il voulait que le directeur signe pour dire que mon frère est mort à l’hôpital et non en prison. Mais, le directeur aurait dit qu’il ne peut pas endosser cette responsabilité. Et lorsque nous avons demandé aux médecins de nous rendre le corps, le directeur de l’hôpital a dit que le corps est sous la responsabilité de la police et qu’il fallait aller négocier au commissariat central pour qu’un acte de délivrance soit signé. 

Quand nous sommes allés au commissariat, j’ai demandé de voir le codétenu de mon frère, celui avec qui il a passé la nuit en prison, au niveau de la BAC 11 de Gombonyah. Dans un premier temps, le commissaire a refusé, il a dit que s’il me laissait le voir, j’allais m’attaquer à lui. Parce que c’est avec lui que mon frère se battait, lorsque la police est venue les interpeller. Mais après l’avoir rassuré, il m’a laissé le voir le jeune, qui a été transféré jeudi matin au commissariat central de Coyah. J’ai demandé à ce dernier de me dire réellement ce qui s’est passé pour que mon frère trouve la mort. Il m’a répondu en ces termes :

Ton frère a passé presque toute la nuit en train de pleurer pour qu’on lui apporte à manger. Nous tous, nous avons appelé au secours pour qu’il puisse sortir parce qu’il avait commencé à vomir du sang. Alpha Ousmane a dit au chef de poste de le faire sortir, parce qu’il avait faim et qu’il souffrait de la gastrite. Mais le chef poste a refusé, le traitant de soulard. A un moment donné, il a donné un coup de pied à la porte de la prison pour qu’ils viennent ouvrir. Un agent est venu ouvrir pour lui donner un coup de pied pour qu’il se calme. Il est resté à pleurer et crier jusqu’à 4 heures du matin. 

C’est à cette heure qu’il s’est tu et s’est allongé sans rien dire. Le matin, le commandant de BAC de Gomboyah est venu très tôt sur les lieux. Il a grondé les agents en poste cette nuit en disant : voulez-vous me créer des problèmes ? C’est ainsi qu’ils ont mis le corps de ton frère dans une voiture pour l’hôpital Coyah et nous, nous avons été transférés au commissariat central. C’est vrai que nous, on s’est battu avec lui, mais il est mort parce que les agents de la BAC ne l’ont pas écouté. J’avais enregistré cette conversation, mais un agent de la police qui me suivait est venu retirer mon téléphone pour effacer l’enregistrement », a expliqué le frère de la victime.

Pour recouper ces informations, un journaliste de Guineematin.com s’est rendu à la Brigade anti-criminalité de Gombonyah. Mais le commandant n’y était pas et son téléphone ne passait pas. Joint au téléphone, son adjoint a renvoyé notre journaliste vers le commissariat central de Coyah. Même s’il a refusé d’être interviewé sur le sujet, le commissaire central de Coyah, Ibrahima Kéoulen Traoré, a fait savoir qu’après son arrestation, Alpha Ousmane Bah se tordait de douleur. Selon lui, le jeune homme est mort à l’hôpital préfectoral de Coyah. « Il n’est mort en prison, mais plutôt à l’hôpital. Il parlait même en cours de route dans la voiture », a-t-il assuré.

Une version que dément le directeur général de l’hôpital préfectoral de Coyah. Naby Youssouf Conté soutient que c’est le corps du jeune qui est arrivé à l’hôpital. « Je n’étais pas là lorsque le corps est arrivé, très tôt jeudi. L’équipe de garde qui l’a reçu, a dit qu’il n’avait aucun signe de vie. Donc, ils ont écrit tout ce qu’ils ont constaté. Comme c’est un dépôt de corps, ils m’ont attendu. Quand je suis venu, j’ai revisité le corps, je n’ai vu aucune lésion traumatique qui peut nous conduire à déterminer la cause de sa mort. C’est seulement des écorchures qu’on a constatées sur son côté droit. Là où il est tombé, peut-être c’est ce qui a fait ça. Est-ce que c’est un malade qui s’est confronté une bagarre ? On ne sait pas. 

Nous avons proposé à sa famille, comme nous sommes limités en moyens, d’envoyer le corps à Conakry pour approfondir l’autopsie. Une proposition à laquelle la famille du défunt n’était pas favorable. Eux, ils voulaient rentrer avec leur corps, mais j’ai dit non, allez voir la police. La police à son tour, a appelé le procureur. Le procureur aurait dit à la police que si le travail d’autopsie est fini, vous pouvez rendre le corps, parce qu’on n’a pas de chambre froide ici. Le corps nous a été déposé par un certain commandant Alexis, qui a laissé un contact et qui reconnait avoir fait un dépôt de corps », a dit le directeur général de l’hôpital préfectoral de Coyah. 

Le corps d’Alpha Ousmane Bah a été rendu à sa famille, qui a procédé à son inhumation dans la matinée du vendredi, 08 octobre 2021, à Sanoyah. Le jeune homme de 33 ans laisse derrière lui une veuve et un enfant. Sa famille souhaite que la justice fasse la lumière sur cette situation.

Malick Diakité pour Guineematin.com

Tel : 626-66-29-27 

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