Ibrahima Seck

Dans une tribune qu’il a fait parvenir à notre rédaction, le sociologue Ibrahima Seck se prononce sur l’épineuse question de la réconciliation nationale en Guinée. Il indique au nouveau premier ministre de la transition les voies et moyens permettant de concrétiser cette priorité affichée du colonel Mamadi Doumbouya et la junte du CNRD (Comité national du Rassemblement pour le Développement) qu’il dirige.

Monsieur le premier Ministre chef de Gouvernement de transition!

Un des grands chantiers auxquels le président Colonel attache du prix est la question de la réconciliation nationale. En votre qualité́ de coordinateur de l’action gouvernementale vous devez placer cette problématique au cœur de vos préoccupations quotidiennes. Ainsi, je fais cette autre contribution qui, j’espère bien, vous sera utile dans la conduite de l’action gouvernementale.

Pour aborder cette thématique de la réconciliation nationale vous me permettrez de poser trois(3) questions auxquelles je vais me résoudre à répondre.

1. Pourquoi la réconciliation nationale ?

2. Qui faut-il réconcilier (protagonistes)

3. Comment se fait la réconciliation nationale ?

Au titre de la première question relative au pourquoi de la réconciliation ?

Il sied de noter que la réconciliation nationale est intervenue dans  les localités, pays où il y a eu de graves violations des droits de l’homme.

Si nous faisons la « périodisation » de l’histoire de la Guinée de 1958 à nos jours peut-on identifier des évènements tristement célèbres qui se sont traduits par des violations avérées des droits de l’homme ? Oui il y en a eu certes !

A travers les témoins des différents régimes nous pouvons certes les identifier et les qualifier selon la nature du crime (génocides, crimes de guerre, crimes contre l’humanité́ etc.)

Donc, la réconciliation nationale sied à̀ notre cher pays la Guinée qui a connu des évènements douloureux dans son histoire lointaine et récente.

Ma deuxième question traite de qui faut-il réconcilier (les protagonistes)

Plusieurs analystes se trompent sur la réponse à̀ cette question. Tout d’abord, il ne peut jamais y avoir de  violation des droits de l’homme sans l’Etat. C’est pourquoi il faut déloger la réconciliation nationale entre les communautés,  les religions, les régions  qui ont toujours vécues dans l’acceptation mutuelle et condamnées à le faire par l’histoire et la géographie.

La réconciliation nationale doit être logée entre l’Etat et sa population. Ceux qui ont exercé́ une portion d’autorité́ de l’Etat ou ont bénéficié des autorisations d’exercer en politique, développement et autres Corporations sociales doivent expliquer pourquoi il y’a eu tel et tel conflits à telle période et dans telle localité? Pourquoi telle localité́ est en conflits avec les localités voisines? Quelles sont les causes ? Qu’est que l’Etat a fait pour prévenir ou garantir la non répétition de tel ou tel crime commis ?

Monsieur le premier Ministre, vous comprendrez aisément que la tâche est ardue car si ce n’est pas l’Etat le responsable à travers ses dirigeants, il faudrait envisager par exemple  des  rencontres entre  toutes les personnes vivantes et celles qui naitront toujours pour régler un cas de « génocide » par  le pardon. Tant qu’une seule victime restera la question sera pendante. Cette approche me parait  utopique.

La réconciliation  nationale doit se faire entre l’Etat et la population c’est seulement à travers cela que nous pourrons savoir comment l’autorité́ de l’Etat enté utilisée autrement que les missions régaliennes.

Des décideurs publics népotistes peuvent se concerter pour commettre des crimes à cause de la religion ou la culture différente de celles des autres compatriotes.

Dans ce cas même si c’est un « génocide » il concerne une localité́ bien connue pas l’ensemble des personnes d’ethnies et ou de religions différentes.

Si l’on généralise le risque de voir une maman présenter des excuses à son propre fils de culture différente et vice versa pourrait arriver cela n’est ni envisageable ni souhaitable. Sans l’Etat il n’y pas de violation des droits de l’homme. La preuve est qu’aucune réconciliation nationale n’est possible sans l’Etat, sans la volonté politique réelle.

La troisième et dernière question quant à̀ elle fait allusion à  la manière de procéder à la réconciliation nationale?

Si les conditions de violations sont avérées vraies et existantes en Guinée. A ce niveau, le paradigme dominant est celui de la  » Justice transitionnelle ». Celle-ci n’a rien à̀ voir avec une transition par coïncidence de vocables et de moment.

La justice transitionnelle appelée encore la JT est un ensemble de mécanismes judiciaires et non judiciaires qui permettent de passer d’un passé conflictuel douloureux vers un avenir partagé. C’est de cela que le CNRD et son président veulent pour la Guinée et les Guinéens. Nous devons y veiller sous votre leadership en  jetant les bases.

Pour y parvenir je vous propose 5 piliers aussi:

1. La recherche de la vérité

2. Les réformes institutionnelles

3. Les poursuites pénales

3. La réparation

5. Le pardon

Somme toute, la réconciliation nationale ne se dicte pas elle se cultive, c’est un processus à longue haleine possible.

Ibrahima SECK

Expert en Gouvernance et consolidation de la paix

Point focal du comité International des États fragiles en Guinée

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