Rencontre avec le Chef de l’Etat : Elhadj Moussa Para Diallo sur sa rencontre avec le colonel Mamadi Doumbouya

Elhadj Moussa Para Diallo, président de la confédération nationale des organisations paysannes de Guinée

Acteur important du monde agricole guinéen et par ailleurs président de la confédération nationale des organisations paysannes de Guinée, Elhadj Moussa Para Diallo a récemment rencontré le Chef de l’Etat guinéen, le colonel Mamadi Doumbouya. La rencontre s’est déroulée loin des caméras des journalistes ; mais, dans un point de presse jeudi dernier, 04 novembre 2021, Elhadj Para Diallo a livré le contenu des échanges qu’il a eu avec l’actuel homme fort de Conakry.

« J’ai effectivement été reçu par le colonel Mamadi Doumbouya pour discuter des questions agricoles… On a discuté de beaucoup de choses, notamment comment accompagner les organisations paysannes… Je lui ai dit aussi que les gens souffrent, notamment parce qu’il n’y a pas de route dans le pays. Et, j’ai dit que les questions agricoles, c’est à développer et à entretenir dans le long terme. Ce ne sont pas des projets de court terme qui vont développer l’agriculture guinéenne. Et donc, il m’a écouté avec une oreille attentive, il m’a promis que désormais ils seront à l’écoute du monde rural », a relaté Elhadj Moussa Para Diallo.

Décryptage !

Vous avez rencontré le président de la transition colonel Mamadi Doumbouya. Dites-nous de quoi il a été question lors de cette rencontre ?

Elhadj Moussa Para Diallo : j’ai effectivement été reçu par le colonel Mamadi Doumbouya, Chef de l’Etat, pour discuter des questions agricoles. Vous savez, dans tout pays, pour toute indépendance, il faut d’abord avoir de quoi manger. Dès qu’on a un manger suffisant pour l’ensemble des citoyens du pays, l’indépendance commence. L’indépendance, ce n’est pas taper la poitrine et dire je suis indépendant. Il faut être en action pour que l’indépendance puisse être une réalité. Donc, je l’ai rencontré et on a discuté de beaucoup de choses, notamment comment accompagner les organisations paysannes pour que désormais les ayant droits aient pignon sur lui. Ça veut dire que si un professionnel de l’igname de la Haute Guinée, un professionnel de l’anacarde de Boké, un professionnel de l’huile de palme de la Guinée forestière ou du maraîchage au Fouta ou bien autre chose en Basse Guinée commence une action, il faut l’accompagner sur ce qu’il peut faire. Et ça, c’est le rôle régalien de l’Etat. L’Etat ne doit pas non plus se substituer aux organisations paysannes, c’est-à-dire aux professionnels du monde agricole pour faire le boulot à leur place. On peut avoir une très bonne administration pour accompagner les professionnels agricoles. Chacun peut appeler professionnel selon son pays, selon son secteur. On a discuté de ça et je lui ai dit aussi que les gens souffrent, notamment parce qu’il n’y a pas de route dans le pays. Et, j’ai dit que les questions agricoles, c’est à développer et à entretenir dans le long terme.

Ce ne sont pas des projets de court terme qui vont développer l’agriculture guinéenne. Et donc, il m’a écouté avec une oreille attentive, il m’a promis que désormais ils seront à l’écoute du monde rural. Je lui ai rappelé que la Guinée ce n’est pas du Km36 au port de Conakry. Il m’a dit effectivement ; et, je lui ai dit que je vais en parler à la presse. Il m’a dit : naturellement, c’est ce qu’on aime, que ceux qui nous rencontrent diffusent effectivement les discussions qu’ils ont eu avec nous.

Ensuite, on a parlé des organisations paysannes de l’Afrique de l’Ouest, de la confédération nationale des organisations paysannes Guinée et je l’ai invité dans toutes les organisations paysannes du pays. Que ça soit en Forêt, en Haute Guinée, en Moyenne Guinée ou en Basse Guinée pour qu’il rende visite à ces gens-là, qu’il sache ce qu’on est en train de faire. Parce qu’ici à la télévision, à la radio et dans les journaux à Conakry, on peut raconter ce qu’on veut ; mais, il faudrait que le terrain parle. Il faut donc privilégier le terrain, sinon on risque de se tromper de chemin. Et, généralement ici, vous savez, on parle beaucoup, on excelle surtout en parole ; mais, en réalité, on n’est pas là. En 1958, on était les premiers exportateurs de banane, de mangue, d’ananas en Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui, je ne dis pas qu’on est dernier ; mais, si je vous dis que peut-être des pays sahéliens exportent plus que nous, c’est regrettable. Et, ça, il faut soutenir des gens qui voudraient s’investir dans l’agriculture, non pas d’exportation seulement. Parce que qu’est-ce que nous a fait le colon ? Il nous a habitués à cultiver pour nourrir sa population. C’est ce qui l’intéresse et c’est sur ça qu’il investit. Nous, entre-temps, on n’organise pas nos paysans, nos professionnels du monde agricole pour faire des beaux champs de riz, de maïs, de fonio, du bon maraîchage pour nourrir la population à travers l’ensemble du pays. Il faut revenir à la base pour commencer quelque chose d’intéressant. Et donc, je l’ai invité à nous rendre visite. Peut-être, lancer certaines campagnes agricoles par le chef de l’Etat et diminuer peut-être certaines façons de faire. Quand je vous prends le cas de l’engrais, qu’est-ce qu’on faisait ? On envoyait et on donnait à certains. D’autres étaient exclus. Il faut changer la donne et donner vraiment au monde professionnel.

Aujourd’hui, qu’est-ce qu’il faut pour que les Guinéens mangent des aliments de qualité ?

Elhadj Moussa Para Diallo : d’abord, il ne faut pas miser sur l’agriculture que sur de la chimie, c’est-à-dire les engrais, les produits phyto, etc. Il faut miser sur l’agriculture biologique. Je ne dirais pas biologique en tant que telle, parce que nourrir la population à partir de l’agriculture biologique n’est pas facile ; mais, il faut revenir en arrière pour avoir des produits de qualité pour diminuer tout ce qui est hôpitaux à notre niveau. Aujourd’hui, vous prenez la population guinéenne, les gens sont pratiquement tous diabétiques. Ils ont la tension, ils ont ceci, ils ont cela ; alors que le plus simplement possible on pouvait manger sain et propre et peut-être moins malades, et donc moins répondant dans les hôpitaux. Ça, c’est vous et nous qui devons travailler pour qu’on y arrive. Mais, ce n’est pas à court terme, c’est à long terme. Aujourd’hui, vous entendez beaucoup parler de pomme de terre comme s’il n’y a que de la pomme de terre. Il y a des jeunes qui pouvaient se lancer sur la carotte, sur l’avocat, sur les choux, sur les laitues, (…) pour qu’on donne suffisamment à manger aux gens. On aime beaucoup manger le riz chez nous, c’est bien et c’est une bonne céréale ; sauf que le riz le matin, à midi et le soir, c’est un peu lourd. Ça fatigue l’estomac et la digestion n’est pas facile. Et, donc, à mon avis, il faut revoir la copie pour qu’on avance. Je pense qu’avec les nouvelles autorités, que ça soit lui, le Premier ministre ou le ministre de l’agriculture, on peut discuter pour mettre quelque chose en ligne pour que les ayants droit bougent effectivement dans l’ensemble du pays.

Face à votre demande sur la visite du chef de l’Etat sur le terrain, qu’est-ce qu’il vous a répondu ?

Elhadj Moussa Para Diallo : il m’a dit : oui ! Il est d’accord, il est partant, ça l’intéresse. Mais, je ne suis pas aussi quelqu’un qui veut tout et tout de suite. Bien-sûr, je le disais à un moment donné ; mais, maintenant, je comprends, c’est une autorité au premier rang. Le Président de la République n’a pas que l’agriculture, il a la défense, le transport et tout sur les bras au même moment. Donc, il faut que les priorités de l’Etat se fassent d’abord avant de rendre visite à une organisation paysanne telle que la nôtre. Mais, il a pris bonne note et je pense qu’il va nous comprendre, nous écouter et nous accompagner selon le cas. Certainement, il a mis un ministre de l’Agriculture compétent pour nous accompagner et ça va de soi qu’on sera à l’écoute. Mais, on va aussi les talonner pour qu’ils viennent nous rendre visite, savoir ce qu’on est en train de faire.

Concrètement, quelles sont vos attentes vis-à-vis de ces nouvelles autorités ?

Elhadj Moussa Para Diallo : je dirai que les organisations paysannes attendent qu’il y ait une très bonne politique agricole du ministère de l’Agriculture, donc du gouvernement. Comme ça, si on a une très bonne politique agricole, je pense qu’il y aura un bon départ.

Est-ce qu’à votre niveau, vous avez cette bonne politique que vous pouvez aussi valoriser ?

Elhadj Moussa Para Diallo : vous savez, il faut d’abord s’organiser. Toute chose qui n’est pas organisée est pratiquement vouée à l’échec. Donc, il faut organiser les groupements à la base à travers les unions, les fédérations et les confédérations. Maintenant, que ça soit au niveau agricole ou de l’élevage, je pense que tout le monde doit nous accompagner, parce qu’on est jeune. Ce n’est pas que des vieux. Ce sont des jeunes organisations qu’il faut accompagner. Ne pas tout le temps taper sur le tas. Par exemple moi, on peut me taper ; mais, les autres, il faut les accompagner petit à petit. Je me rappelle ce qu’on disait de nous quand on était jeunes organisations à la fédération des paysans du Foutah. Il y a un français qui est venu et qui a dit : il faut les accompagner à leur rythme. Donc, accompagnez-nous à notre rythme, selon le cas, que ça soit dans toutes les régions du pays. Mais, n’oubliez aucune région. J’insiste là-dessus et je pense qu’il faut se poser la question de mettre les banques à la disposition des organisations paysannes pour qu’elles commencent à prêter, à avoir le courage et l’audace de prêter ; parce que prêter à un pauvre, ce n’est pas évident. Ça, c’est le rôle de l’Etat, de la banque centrale pour exiger un taux d’au moins 10 à 15% du prêt que les gens doivent faire au niveau des organisations paysannes pour qu’elles commencent à prêter et rembourser. Qu’ils aient un plan d’action présentable au niveau des banques et au niveau du gouvernement guinéen.

Le département de l’Agriculture a un nouveau ministre à sa tête. Quelle appréhension vous avez de ce jeune qui dirige désormais ce département ?

Elhadj Moussa Para Diallo : je pense que c’est trop tôt ; mais, je vois avec une bonne appréhension du jeune technocrate qui est arrivé à la tête du ministère de l’Agriculture. Je ne ferai que l’accompagner dans la mesure du possible. Mais, c’est trop tôt  pour dire ceci ou cela. Parce qu’il n’y a même pas une semaine depuis qu’il est là.

Interview décryptée par Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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