Les mots et les maux du ministre

Habib Yembering Diallo

Cher ami,

Je commencerai par te dire qu’il n’existe pas plus de souffrance que de n’avoir pas un ami à qui on peut dire tout. Heureusement que ce n’est pas mon cas. Quand j’ai été confronté aux difficultés que je vais te décrire dans les lignes qui suivent, je me suis rappelé de la célèbre chanson de Joe Dassin «Et si tu n’existais pas comment j’existerai ». Je me suis dit que Joe ne chante pas pour lui mais pour les autres.

D’entrée de jeu, je te dirai que les fonctions de ministre constituent une nouvelle vie. Seuls ceux qui sont passés par là peuvent savoir de quoi je parle. Être ministre est l’illustration la plus parfaite du vieil adage populaire selon lequel « tout ce qu’on aperçoit de loin est beau ». Comme tu le verras plus tard, ce statut est un véritable mirage.

Les problèmes commencent dés la lecture du décret à la télévision nationale. Quelle que l’heure, le téléphone du nouveau promu commence à sonner. Chacun veut appeler le nouveau ministre pour le féliciter. Les appels sont si nombreux qu’on peut pas décrocher tout le monde. Et si on ne décroche pas, les railleries commencent dès le premier jour. Le lendemain, c’est la séance photo qui commence par les visiteurs qui, chacun veut prendre une photo avec le nouveau ministre pour ensuite l’afficher sur les réseaux sociaux.

Mais ce n’est pas tout. Après la prise de fonction, il y a un trio qui devient si agaçant que le ministre a envie de jeter l’éponge. Ces trois personnes rivalisent pour obtenir les faveurs du nouveau ministre. Il s’agit du vieux planton, le chauffeur et le garde du corps. Le premier donne l’impression au ministre qu’il est plus vieux que le monde et que la réussite de la mission du nouveau promu ne dépend que de la générosité de ce dernier à son égard. Quant au chauffeur, il donne l’impression qu’il a des secrets à vendre. Chaque fois il répète « monsieur le ministère j’ai vu beaucoup de personnes passer à ce poste. N’hésitez pas à me poser des questions ». Et que dire du garde du corps. Ce couteau à double tranchant. Vivre en permanence avec quelqu’un qui fait semblant que ta sécurité et même ta vie ne dépend que de lui est une souffrance terrible.

Par leur présence partout, ces trois personnes ne laissent aucun temps au ministre. Quand je suis soulagé de me séparer avec l’un l’autre se présente. Ce trio commence à me hanter. Moi qui suis habituellement solitaire, je ne supporte pas cette présence permanente d’une personne à mes côtés. Mais je ne suis pas le seul. Un collègue risque de péter les plombs à cause de ce qu’on pourrait qualifier de véritable harcèlement du fameux trio du ministère.

Si les problèmes devaient s’arrêter au ministère le nouveau ministre que je suis serai heureux. Mais ce n’es pas le cas. Alors que je suis submergé par les problèmes toute la semaine, la famille ne me laisse aucun répit à la maison. Les uns sortent les autres entrent. Chacun venant avec son problème. De la maladie d’un proche qu’on veut évacuer, à l’emploi d’un jeune en passant par la construction d’une mosquée, tous sollicitent directement ou indirectement une assistance financière. Sans compter ceux qui me mettent en garde, disant d’honorer la famille. Et ceux qui disent que c’est maintenant ou jamais qu’il faut profiter pour faire tout ce qu’on a jamais pu faire.

Mais les faits décrits plus haut ne sont que la fumée. Le véritable feu est celui de ma propre famille. Particulièrement madame. Tout d’abord elle souhaite, et même exige, qu’on quitte la maison que nous habitons, qui n’est pas digne de celle d’un ministre selon elle. Il faut changer le salon, les lits et les armoires. D’autres viennent lui dire que ce sont eux qui habillaient mon prédécesseur et qu’ils souhaitent le faire pour moi aussi. Elle prête le flanc. D’autres encore lui disent qu’un ministre ne doit pas s’habiller local. Et qu’il faille commander mes habites à Paris. Précisément chez Yves-Saint Laurent.

Comme tu me connais, tous avis et propositions me laissent indifférent. Surtout s’ils ne provenaient pas de madame. Avec toutes les difficultés que je t’ai décrites plus haut, j’ai plus que jamais besoin de la compréhension de madame. Je ne peux surmonter toutes ces difficultés qu’avec son aide. Mais si elle ne fait pas preuve de compréhension et d’empathie à mon égard, il y a de grands pour moi d’échouer dans ma mission.

Finalement c’est à la fin de ma lettre que je te dévoile le véritable objet de celle-ci. Je souhaite que tu m’aides. Particulièrement pour sensibiliser ma femme afin qu’elle comprenne les enjeux du moment. Pour qu’elle ne soit pas un souci supplémentaire pour moi.

Comptant entièrement sur toi, je te prie de transmettre mes salutations à ta femme et à tes enfants.

Ton ami le ministre Habib Yembering Diallo, joignable au 664 27 27 47

Toute ressemblance entre cette histoire ministérielle et une autre n’est que pure coïncidence.

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