Evoluant dans le secteur de la pêche depuis plusieurs années et servant très souvent d’intermédiaire entre les sociétés de pêche et les vendeuses de poissons, Mama Aïssata Camara fait actuellement face à la justice. Elle est accusée d’abus de confiance portant sur un montant de plus de 765 millions de francs guinéens. Ouvert le 15 de ce mois, son procès se poursuit au tribunal correctionnel de Mafanco. Et, à l’issue du premier débat, la prévenue a reconnu les faits qui lui sont reprochés et demandé qu’on lui accorde du temps pour rembourser les trois plaignants, rapporte un journaliste de Guineematin.com qui suit ce dossier.

Dans cette affaire, Mama Aïssata Camara est poursuivie par Hadja Kadiata Camara, Fatoumata Binta et Ousmane Diallo pour le détournement de leur argent (765 620 000 francs guinéens) destiné à l’achat du poisson. L’affaire remonte à la fin de l’année 2020, en Guinée. Et, à la barre, lundi 15 novembre 2021, la prévenue a plaidé coupable des faits mis à sa charge. « Je reconnais avoir pris de l’argent avec eux », a déclaré Mama Aïssata Camara à l’entame de son procès devant cette juridiction de première instance de Kaloum.

A sa suite, les plaignants se sont relayés à la barre pour donner leurs versions des faits dans cette affaire.

« Mama Aïssata Camara est venue me trouver pour me dire de lui donner de l’argent, en contrepartie elle me donnera du poisson, puisque c’est ça mon travail. Je ne voulais pas lui donner ; mais, comme elle a insisté, j’ai fini par lui donner l’argent. Je lui ai remis 162 millions de francs guinéens et 1 500 dollars. Elle m’a remboursé une partie, mais par tranches. A date, ce qu’elle me doit en tout, c’est 83 millions de francs guinéens », a indiqué Ousmane Diallo, tout en précisant que Mama Aïssata lui a aussi fait perdre inutilement 30 millions de francs guinéens dans une autre affaire qui lui avait d’ailleurs coûté un emprisonnement de 3 jours.

De son côté, Hadja Kadiata Kanté réclame à la prévenue plus de 230 millions de francs guinéens.

« Mama Aïssata Camara a pris 230 300 000 francs guinéens avec moi. De l’argent que mes clients de l’intérieur m’ont envoyé pour que je leur envoie du poisson. Le premier jour, elle est allée chez moi et m’a dit de lui donner de l’argent ; et, en retour, elle me donne du poisson. Je lui ai dit que je ne veux aucune affaire avec elle. Elle n’avait qu’à sortir de chez moi. Mais, elle est restée longtemps en train de plaider, je n’ai pas accepté. Elle est partie sans rien avoir, tout en promettant qu’elle allait revenir. Quelques jours après, elle est venue tôt le matin, je préparais du riz. Elle est restée jusqu’à ce que je finisse de préparer. Elle a beaucoup parlé ; et, finalement, j’ai dit que je vais lui donner l’argent, mais c’est à condition qu’elle tienne sa carte d’identité. Elle a accepté, je l’ai photographiée avec sa carte, puis le chèque et j’ai enfin écrit le montant que je lui ai donné dans mon agenda. Elle a signé, son collaborateur qui l’avait accompagnée a aussi signé. Elle a pris ce montant avec moi en raison de 150 mille francs guinéens par carton. Quand je l’ai convoquée à la gendarmerie, elle a payé 118 millions de francs guinéens », a déclaré Hadja Kadiata Kanté.

Pour sa part, Fatoumata Binta Diallo accuse Mama Aïssata de lui avoir soutiré plus de 500 millions de francs guinéens sans jamais lui livrer les poissons qu’elle devait recevoir en contrepartie.

« Mama Aïssata Camara est venue me trouver chez moi à Almamya (dans la commune de Kaloum) pour me dire de lui donner de l’argent et elle va me donner du poisson. Je n’ai pas voulu, elle a forcé la situation ; finalement, je lui ai donné 119 320 000 francs guinéens sous forme de dette. Quelques temps après, elle est revenue me demander une dette de 240 millions de francs guinéens. Je lui ai dit que je n’ai pas confiance en elle. Si c’est pour me vendre des poissons, on a qu’à aller, je fais le versement et on me donne un reçu. Elle et moi sommes allées au port, chez un Libanais qui s’appelle Ramé. Dès qu’on est arrivées, elle a dit au libanais en créole que je suis sa sœur. Dans le même temps, elle a quitté. Moi, je suis restée avec le Libanais et j’ai fait le versement de 240 millions de francs guinéens avec ce Libanais. Il m’a donné le reçu. Mais, depuis lors, j’appelle Mama Aïssata Camara, elle ne prend pas le téléphone. Un jour, je suis allée voir le Libanais avec le reçu du versement des 240 millions de francs. Quand je suis lui ai expliqué ce qui est entre Mama Aïssata et moi, il m’a dit de lui donner le reçu. Je le lui ai donné. Mais, il m’a dit qu’il a livré le poisson à Mama Aïssata depuis longtemps. Je lui ai dit de me donner mon argent ou les poissons. Il dit non, il ne donnera pas des poissons qui sont déjà livrés. Et, le reçu, même s’il va me le remettre, il va déchirer la partie où il a signé. Après, il a déchiré le reçu et l’a gardé avec lui. C’est ainsi que je suis allée porter plainte contre le Libanais et Mama Aïssata à la gendarmerie. A la gendarmerie, le Libanais a restitué 40 millions. Mama Aïssata qui a pris l’engagement de payer le reste des 240 millions a fait libérer le Libanais. Depuis lors, elle (Mama Aïssata) ne m’a pas donné de poisson, elle ne m’a pas donné de l’argent. Donc, sur les deux montants différents, je n’ai pu recevoir que 40 millions de francs guinéens », a expliqué madame Fatoumata Binta Diallo.

Interrogée par le tribunal sur toutes ces accusations qui ont été portées contre elle par les trois plaignants, madame Mama Aïssata Camara a confirmé les faits décrits à son encontre.

« C’est vrai ce qu’ils ont dit ici. Mais, le cas de Hadja Kadiata Kanté, le problème c’est que le poisson que j’avais acheté était du poisson pourri. Pour le cas de madame Fatoumata Binta Diallo, c’est que je n’avais pas eu de poissons. C’est pourquoi je n’ai pas pu lui livrer ses poissons. Je reconnais quand même avoir pris avec elles les montants qu’elles ont déclarés. Ce que moi je leur demande, c’est de patienter encore, je vais reprendre bientôt mes activités. Comme ça, je vais payer leur argent ou bien leur livrer leurs poissons », a dit la prévenue.

Finalement, le tribunal a renvoyé l’audience au 29 novembre, tout en ordonnant la citation à comparaître du Libanais Ramé et une certaine Rama, qui ont été tous les deux, cités par madame Mama Aïssata Camara.

Mamadou Laafa Sow pour Guineematin.com

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