Détournement de plus d’un milliard GNF à la mairie de Matam : Les services des impôts, le CADASTRE (…) incriminés

Epinglée par l’inspection générale des finances pour le détournement d’un montant de 1 515 121 608 francs guinéens composé de recettes fiscales (280 548 832 GNF), de redevances domaniales (329 864 775 GNF) et de droit de place de marché et de location (904 708 000 GNF), la mairie de Matam se trouve de boucs émissaires à qui faire porter le chapeau de la honte. Et, c’est principalement le service des impôts et le CADASTRE que l’autorité communale de Matam a choisi de jeter en pâture. Car, au sortir d’une réunion avec les conseillers qui tiennent à y voir clair dans cette affaire, le chef-comptable du trésor communal de Matam, Kabinet Diakité, a admis le « manque à gagner » de plus d’un milliard de francs guinéens constaté par l’inspection générale des finances sur les comptes de la commune. Mais, il a mis 280 millions de ce montant à l’actif des impôts et plus de 309 millions au CADASTRE, rapporte Guineematin.com à travers un de ses journalistes.

Mise à la place publique en début de cette semaine par Guineematin.com, cette affaire de détournement a mis l’exécutif communal de Matam dans l’embarras. La situation est difficile et gênante pour le maire (le seul ordonnateur de la commune), d’autant plus que les conseillers tiennent à voir clair dans ce dossier et le ministre de l’administration du territoire et de la décentralisation aussi veut des « explications claires d’ici mercredi prochain ». Ainsi, face à la pression, le maire Seydouba Sacko a convoqué une session extraordinaire du conseil communal ce jeudi pour tenter de justifier les montants qui font l’objet de ce détournement évoqué dans le rapport de l’inspection générale des finances. Et, au cours de cette rencontre, les débats ont duré des heures et ont été très houleux entre le maire (entouré du secrétaire général et le chef-comptable du trésor de la commune) et les conseillers. Les speechs à tour de rôle du secrétaire et du chef-comptable de la commune pour justifier ce montant n’ont aucunement convaincu les conseillers. Mais, ils ont réussi à se trouver des boucs émissaires dans les services de l’Etat pour au moins suspendre cette réunion qui commençait à virer à des attaques personnelles. Kabinet Diakité, Chef-comptable du trésor communal de Matam, a désigné le service des impôts, le CADASTRE et les différents marchés comme étant ceux qui ont recouvré et englouti ce montant sans jamais le verser dans les comptes de la commune.

Kabinet Diakité, Chef-comptable du trésor au Communal de Matam

« Nous (le trésor) sommes les gardiens de l’argent de la commune. Le constat fait par l’inspecteur relève effectivement qu’il y a un manque à gagner de 1 515 000 000 de francs. Et, c’est ça que j’ai détaillé dans la salle. Les 280 000 000 de francs sont à l’actif des impôts. Vous savez, les impôts sont là pour la mobilisation de ses recettes. S’ils mobilisent ces différentes recettes et qu’on n’a pas ça sous la main, on ne peut pas reconnaître. Et, nous les recevons à travers les pièces justificatives. Lorsqu’on a été saisi pour la première fois par rapport à ce montant de 280 000 000 de francs au compte des impôts, on les a interpellés pour dire : voilà ce que l’inspecteur vous reproche de ce montant. Et, ils (les impôts) nous ont dit qu’effectivement ils ont utilisé ce montant à travers les achats mobiliers de bureaux. Or, comptablement, ce n’est pas possible et c’est anormal. Nous nous devons recevoir d’abord les fonds à notre compte, s’il y a des dépenses à exécuter à travers l’ordonnateur qui est délégué du budget qui est le maire, il ordonne maintenant le montant pour le décaissement. Quand eux ils font le décaissement en amont, je pense que nous, en tant que trésor, on ne peut pas reconnaître ces montants là. Nous rejetons alors la faute sur les impôts. Il faut qu’ils ramènent l’argent.

Le deuxième montant, les 309 000 000 de francs, comme le Général l’a expliqué, c’est le service CADASTRE qui a recouvré ce montant, mais que le trésor n’a pas reçu. Les 309 000 000 francs, c’était l’ancien directeur qui est décédé et le deuxième aussi la même chose. Mais, le troisième qui a un montant de 4 000 000 de francs a été sommé de rembourser à travers une lettre adressée par le maire. Le quatrième montant, c’est un montant de 900 et quelques millions de francs. Mais, ça, c’est à l’actif aussi des différents marchés… Vous savez, en matière d’exécution du budget, il faut que le maire reçoive avant d’exécuter. Mais, quelque chose qu’il n’a pas reçu, il ne peut pas l’exécuter », a expliqué Kabinet Diakité au sortir de cette rencontre.

Malgré ces acrobaties de l’exécutif communal, le conseiller Youssouf Camara (comme beaucoup d’autres conseillers) n’a pas été satisfait des explications données. D’ailleurs, il souhaite entendre la version des services et personnes accusées par l’exécutif communal dans cette affaire pour démêler le vrai du faux.

Youssouf Camara, Conseiller Communal à la mairie de Matam

« Vous savez, le conseil communal est une structure autonome sur le plan financier. Et, le premier responsable de ce conseil c’est le maire. La question de la situation financière de la mairie, au vu de l’article 456, seul le maire est ordonnateur de budget. Si on a été au ministère de l’Administration du territoire, c’est parce qu’il y a un principe de hiérarchie. Les services déconcentrés sont sous la hiérarchie du maire. Sinon, on aurait convoqué sectoriellement l’ensemble des services de recettes. Mais, c’est nous qui avons la responsabilité et la légitimité sur la gestion de ces fonds. Il y a un adage qui dit qu’on ne peut raser la tête à l’insu de la personne concernée. Donc, nous restons sur notre faim. Mais, il y a une session qui est convoquée pour lundi prochain afin que les personnes concernées s’expliquent sur l’utilisation de ces fonds. Donc, au vu de la situation, vous (les médias) serez là pour que les responsabilités soient situées devant vous. Mais, pour le moment, puisque c’est le conseil qui est incriminé, en tête le maire, nous restons sur notre faim jusqu’à ce que nous soyons éclairés de la situation qui prévaut. Au vu du débat d’aujourd’hui, il y a un dysfonctionnement criard qui ne dit pas son nom. On a trouvé des arguments fallacieux, on a laissé les gens faire l’argent de la commune ce que bon leur semble. Les pots cassés retombent sur nous. Nous maintenons que l’affaire des 1 515 000 000 de francs de la mairie de Matam n’est pas tirée au clair », a martelé Youssouf Camara.

À suivre !

Mohamed Guéasso DORÉ pour Guineematin.com

Tel : +224 622 07 93 59

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