Manifestations aux ‘’Grands Moulins de Conakry’’ : « Notre directeur général a réuni les femmes pour les traiter de sale noire »

« A bas le DG ! Les femmes ne doivent plus être insultées ! Nous sommes venus travailler et non se faire éduquer ! » C’est avec ces slogans et bien d’autres encore inscrits sur des pancartes que les travailleurs des ‘’Grands Moulins de Conakry’’ ont manifesté hier, jeudi 13 janvier 2022, pour dénoncer les abus dont ils font l’objet au quotidien de la part de leur directeur général, Christophe Ratier. Ils accusent ce Français  de « racisme » et dénoncent sa mauvaise foi dans la mise en œuvre du contenu d’un protocole d’accord signé récemment dans le cadre de l’amélioration des conditions de vie et de travail des travailleurs de cette entreprise. Ils exigent son « départ sans condition » des Grands Moulins de Conakry et promettent de débrayer jusqu’à la satisfaction de leurs revendications par le PDG de cette entreprise spécialisée dans la production de la farine, rapporte Guineematin.com à travers un de ses journalistes.

Selon nos informations, la présente manifestation de colère des travailleurs des ‘’Grands Moulins de Conakry’’ vise à exprimer le ras-le-bol de plusieurs années de frustration et d’humiliation. Elle est aussi le résultat du non-respect des engagements pris par la direction générale de cette entreprise de farine vis-à-vis de ses travailleurs.

« Notre directeur général qui est là n’a aucun respect pour les Guinéens. Il peut insulter ces travailleurs à tout moment. C’est un raciste. Une fois, il a réuni les femmes de ménage qui travaillent dans leur appartement pour les traiter  de « sale noire », parce que tout simplement celles-ci ont décidé d’adhérer à la délégation syndicale de l’usine… C’est pourquoi aujourd’hui nous avons décidé de manifester pour que tous les points cités dans le protocole d’accord soient respectés et réclamer le départ sans condition du directeur général. Parce qu’on est venu travailler et non pour être éduqué. On n’est pas prêt à discuter avec cette direction, ni avec la ressource humaine. Parce qu’ils ne respectent pas leurs engagements. C’est avec le PDG qu’on veut négocier désormais. C’est lui le propriétaire de l’usine, s’il veut la quiétude dans son entreprise, qu’il nous appelle à négocier. Tant qu’il n’a pas sanctionné aussi le directeur, nous n’allons pas reprendre le travail. Et, nous sommes fin prêts, nous irons jusqu’à la satisfaction de nos revendications », a martelé Ibrahima Sory Camara, le chargé à la revendication de la délégation syndicale des Grands Moulins de Conakry.

A en croire ce syndicaliste, l’entreprise ‘’ Les Grands Moulins de Conakry’’ a existé pendant 5 ans sans qu’un travailleur ne signe « un contrat digne de nom », à plus forte raison être déclaré à la caisse nationale de sécurité sociale. Et, c’est au bout d’une âpre lutte ponctuée de licenciement qu’un syndicat des travailleurs a vu le jour en 2021 dans cette entreprise. Mais, leur employeur a jusqu’à violé tous les protocoles d’accord qui ont été signés dans le cadre de l’amélioration des conditions de travail et de vie des travailleurs.

« Il a fallu lutter pour que les travailleurs soient déclarés à la caisse. On a commencé la lutte syndicale ici depuis 2018. La première équipe qui a commencé la lutte, son leader, un certain Facinet, a été licencié. Nous, on a continué à se battre. Ce n’est qu’en 2021 qu’on a réussi à mettre en place une délégation syndicale. Après, nous avons porté nos revendications au niveau de la direction générale et de l’inspection générale. Nous sommes allés à des négociations qui ont abouti à un protocole d’accord qui a été signé par la délégation syndicale des Grands Moulins de Conakry et la direction générale. Et, cela a été validé par l’inspection générale du travail. La direction a violé le contenu de ce protocole qui comportait 16 points. Sur ces 16 points, 3 points ont été réglés et 4 points sont en cours d’exécution. Mais, ils (la direction des Grands Moulins de Conakry) ne font que nous faire tourner  pour les autres points. On avait menacé verbalement d’aller en grève. Notre centrale UGTG nous a demandé de se calmer et que la grève doit être le dernier recours. On a compris et nous sommes allés à la négociation à l’issue de laquelle nous avons signé encore un autre protocole d’accord qui a été encore violé. C’est après que la direction a fait un tableau de suivi dans lequel elle a mis la date limite de chaque point en exécution. Ça aussi a été violé. On a vu que chaque engagement qu’ils prennent, ils ne le respectent pas. Des fois, quand nous venons vers eux, ils nous chassent, ils nous privent de tous nos droits syndicaux. On a déposé les courriers, ils n’ont pas répondu aux courriers. Ils ont enregistré les gens à la caisse nationale. Nous avons demandé les documents attestant que tout le monde est déclaré à la caisse, la ressource humaine a refusé de nous donner les documents. Nous avons demandé si les arriérés des 5 ans sont versés à la caisse nationale de sécurité sociale, ils ont refusé de nous montrer les quittances. Nous sommes allés voir à la caisse, la caisse nous a dit que c’est à la direction de nous fournir les documents. Aucun travailleur n’a eu un privilège ici de la part de la caisse nationale, même ceux qui ont eu des accidents de travail. Moi personnellement, je suis allé à la caisse, on m’a dit que notre direction n’a aucun document là-bas qui atteste que si quelqu’un est malade, se blesse ou si quelqu’un fait un accident, de le prendre en charge. En plus, aucun travailleur n’a un contrat écrit légal. Ceux qui ont le contrat à durée déterminée, la date est passée et ils ont refusé de renouveler le contrat. Malgré la loi guinéenne dit que lorsque la date du contrat expire, tu es dans le contrat indéterminé ; mais, il faut un écrit pour ça. Il n’y a pas de catégorisation. C’est-à-dire tu peux avoir quatre personnes qui font le même travail, ils ont le même statut, mais ils n’ont pas le même salaire. Parfois, tu peux trouver que le subordonné est mieux payé que son responsable », a expliqué Ibrahima Sory Camara.

Pour cette autre manifestante, Maïmouna Soumah du service de maintenance des Grands Moulins de Conakry, leur directeur général n’a aucun égard pour les femmes. Elle assure que les insanités que Christophe Ratier profère à l’endroit des Guinéennes, il ne les dira jamais à une Française.

« Tout ce que moi je demande ici, c’est le respect des femmes. Le DG se comporte très mal avec les femmes ; et, cela est souvent accompagné d’injures… Cela me touche en tant que femme. En plus, ce qu’il (Christophe Ratier) dit ici, il ne peut jamais dire ça à une femme Française. Qu’il (Christophe Ratier) arrête d’insulter les femmes ou qu’il parte chez lui. Ce n’est pas la première fois. Il a licencié une femme ici, Mme Camara, quand celle-ci s’est plainte. La deuxième fois, il a réuni les femmes pour les insulter, parce qu’elles ont adhéré au groupe syndical », a-t-elle accusé.

Présent dans la cour de l’usine pendant cette manifestation des travailleurs, le directeur général adjoint, Mohamed Khalil, n’a pas voulu s’exprimer sur cette situation. Il a argué qu’il n’est pas prêt à parler aux médias sans une autorisation venant de sa hiérarchie (directeur général) qui serait en déplacement.

A suivre !

Malick Diakité pour Guineematin.com

Tel : 626-66-29-27

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