Abdourahmane Baldé au CNRD : « retarder le processus de transition peut mener la Guinée dans une instabilité »

Dans un entretien qu’il a accordé à Guineematin.com, le président du Parlement des jeunes leaders de la société civile guinéenne a abordé les processus de transition en cours au Mali et en Guinée. Abdourahmane Baldé trouve tout à fait normales les sanctions prises par la CEDEAO contre le Mali et craint que la Guinée ne subisse le même sort de la part de l’organisation sous régionale.

L’activiste de la société civile invite le CNRD, la junte militaire qui a renversé le président Alpha Condé, à ne pas retarder le processus de transition dans le but de rester longtemps au pouvoir, au risque de plonger le pays dans une instabilité sociopolitique. Il demande au colonel Mamadi Doumbouya, le président de la transition, de travailler avec son équipe à organiser rapidement des élections libres et transparentes pour permettre le retour à l’ordre constitutionnel.

Décryptage !

Guineematin.com : le Mali vient d’être lourdement sanctionné par la CEDEAO. Quel regard portez-vous sur cette situation ?

Abdourahmane Baldé : je pense que la CEDEAO a pris ses responsabilités devant un putschiste qui ne veut pas quitter le pouvoir et qui ne veut pas décliner de façon claire le chronogramme de la transition. Après deux ans de mandat, ils sortent un rapport pour indiquer que le peuple malien leur a recommandé de rester cinq ans encore au pouvoir. Cela veut dire qu’il vaudrait mieux laisser les autorités civiles en place, parce que ça devient le mal contre le mal. On se rappelle de ces mêmes mesures contre Laurent Gbagbo à l’époque lorsque celui-ci n’avait pas voulu quitter le pouvoir. Je pense que ça avait fait vraiment mal aux autorités ivoiriennes d’alors.

Et ça aussi ce sont des mesures qui feront mal aux autorités maliennes, parce qu’il faut payer l’armée, satisfaire la demande de consommation interne. Je crois qu’avec l’ensemble de ces mesures, le Mali ne pourra pas s’en sortir tant que ces dirigeants ne se seront pas compris avec la CEDEAO. Et à ce rythme, le Mali est en train d’être de plus en radical, d’afficher une position derrière l’idéologie communiste contre l’idéologie occidentale. Vous avez vu la décision des Etats-Unis d’Amérique que je salue d’ailleurs, parce que c’est un appel au retour à l’ordre constitutionnel, au respect des principes démocratiques.

Vous avez aussi vu la position de la France qui se fait injurier par des Africains qui ont pris leur indépendance depuis combien d’années et qui, jusque-là, achètent plus cher leur riz local que le riz importé. Je pense qu’à un moment donné, il faut savoir raison garder et savoir qu’on a une responsabilité à assumer en tant qu’africains.

Guineematin.com : la Guinée, qui est dirigée aussi par une junte militaire, est le seul pays membre de la CEDEAO qui a décidé de ne pas appliquer les sanctions prises par l’organisation sous régionale contre le Mali. Est-ce qu’il ne faut pas craindre des mesures similaires à l’encontre de notre pays aussi ?

Abdourahmane Baldé : nous avons tous soutenu le CNRD, mais on ne connaît pas encore la composition du CNRD, qui n’a toujours pas décliné le chronogramme, qui prend des mois sans mettre en place le Conseil national de la transition (CNT). Je crois qu’on commence à patiner en Guinée et à ce rythme, le colonel que nous soutenons tous doit faire attention, puisque les prises de décision derrière le Mali risquent d’être aussi sur la Guinée. Il faut continuer à dialoguer avec nos partenaires de la sous-région et éviter de se radicaliser. Parce que de toutes les manières, on finira par le retour à l’ordre constitutionnel.

Jusque-là, on n’a pas pu mettre en place le CNT, les acteurs politiques demandent un dialogue, pourquoi ne pas mettre en place un cadre de dialogue qui permettra à la classe politique décliner elle aussi ses priorités pour ne pas qu’on tombe encore dans un cercle vicieux d’instabilité dans notre pays ? Vous avez vu que malgré la baisse de niveau des devises, les prix des denrées de première nécessité continuent à augmenter sur le marché puisqu’en réalité, les Guinéens ne travaillent pas. On ne produit pas. Alors, une instabilité éventuelle va créer une situation qui va faire que tout va encore monter.

Et mieux, le gouvernement ne pourra pas tenir ce stade, parce qu’ils ont dénoncé le fait que le Pr Alpha Condé et son gouvernement ne respectaient plus rien, ils étaient devenus arrogants, il y avait de l’injustice, etc. Ceci dit, nous saluons certains actes pris par le président de la République, le colonel Mamadi Doumbouya, mais je crois qu’il est important de comprendre qu’organiser des élections libres, inclusives, transparentes, crédibles, démocratiques et rendre le pouvoir aux élus du peuple serait mieux que de retarder le processus pour mener la Guinée dans une instabilité sociopolitique qui sera sans intérêt.

Guineematin.com : l’autre question qui s’est invitée récemment dans le débat, c’est la suppression de la CENI et l’organisation des élections par le ministère de l’Administration du territoire et de la décentralisation. Pensez-vous que c’est la meilleure option pour sortir de la contestation des résultats ?

Abdourahmane Baldé : je dirai qu’en temps normal, il n’est pas mauvais que le ministère de l’administration organise les élections. Maintenant, pour le cas spécifique de la Guinée qui a connu longtemps des déficits de confiance entre les acteurs, il faut écouter les autres acteurs : les acteurs de la société civile, mais également les partis politiques. Il ne faut pas nous dire ici qu’un leader politique qui a eu plus de 45% des électeurs à un scrutin présidentiel va être écouté au même titre que quelqu’un qui commence à parler politique dans les studios des radios. Je pense qu’il faut écouter les gens au prorata de leur poids pour que les Guinéens continuent de vivre en paix.

Il ne s’agit pas de faire la promotion des démagogues qui vont continuer à bavarder. C’est comme ça qu’ils ont radicalisé Dadis dans ce pays et il est allé jusqu’à considérer qu’il pouvait affronter Dalein. Celui-ci est resté et lui, il est tombé. On a radicalisé Alpha Condé, il est tombé devant Dalein, parce que c’est de ça qu’il s’agit de dire. Aujourd’hui, il faut écouter Dalein et les autres acteurs, ça va être très important pour la Guinée.

Guineematin.com : vous demandez à ce qu’on écoute Cellou Dalein, mais nous avons vu certains leaders politiques refuser même qu’il soit porte-parole.

Abdourahmane Baldé : la démocratie, c’est une contradiction, une discussion, mais lorsque vous avez la majorité qui choisit un sens, un porte-parole, il faut respecter ça. Parce qu’il semblerait que sur 11 coalitions, il y a eu 7 qui se sont prononcées pour et 4 contre. Je pense que là déjà, il y a eu une majorité qui s’est dégagée. Je ne connais pas les règles qu’ils ont mises en place, mais si l’objectif n’est pas de créer des soucis là où ça n’existe pas, je pense qu’on aurait accepté de se mettre au-dessus de la mêlée.

Malheureusement, les acteurs politiques eux-mêmes en général ne suivent pas les intérêts du peuple. Il y a des acteurs politiques tapis dans l’ombre, qui veulent agir en faveur de telle ou de telle tendance. Mais, je crois que c’est la démocratie qui est le modèle le plus sûr. Et la démocratie repose sur la voix de la majorité.

Guineematin.com : aujourd’hui, si on vous demandait de donner un conseil au CNRD, que diriez-vous au colonel Mamadi Doumbouya et son équipe ?

Abdourahmane Baldé : nous avons tous applaudi l’arrivée du colonel comme on avait acclamé le président Dadis. C’est à lui de prendre ses responsabilités pour éviter de perdre trop de temps et d’accepter de faire ce qu’il a promis aux Guinéens pour pouvoir sortir par la grande porte. Mais, en réalité, il ne sera que la volonté de la majorité des gens qui l’entourent. Je crois que pour cela, il doit chercher à identifier des hommes et des femmes de qualité, qui vont collaborer avec lui de façon sincère, pour que le peuple de Guinée puisse avoir un ancien président de la République qui est sorti par la grande porte.

Il a vu que Alpha Condé, qui est une légende pour le combat démocratique en Afrique, s’est fait accompagner par des démagogues avec des journalistes manipulés, instrumentalisés, et qui se sont permis de bavarder à la place du travail. J’ai suivi récemment des individus aux Cases de Bellevue à l’occasion de ce qu’ils ont appelé le centenaire de la naissance de Sékou Touré. Centenaire de Sékou Touré sur le sang des victimes, sur la volonté de fermer les yeux sur le fait qu’un Camp Boiro a existé en Guinée. C’est une honte de voir que lorsque les intellectuels se prononcent, les gens ont toute la possibilité de les insulter.

J’ai suivi avec quel acharnement on s’est attaqué à Tierno Monénembo, qui est respecté partout à travers le monde, parce qu’il a dit ce qu’il pense pour son pays, dans son pays. J’ai vu comment le cardinal Robert Sarah a été attaqué par des individus qui ont comme marchandise simplement les réseaux sociaux ou bien les médias, parce qu’avant, c’est l’Etat qui entretenait les démagogues dans notre pays. J’ai suivi un certain Makanera dire que ce sont des traîtres et des fils de traîtres qui ne reconnaissent pas les mérites de Sékou Touré.

C’est un discours qu’on avait entendu dans les années 70, un discours de haine, de faiblesse, qui est symptomatique d’une ignorance absolue. Ce discours du noir et du nègre, de la frustration dont on n’a pas besoin. C’est des discours qu’on devrait arrêter et c’est pourquoi, le procureur Charles Wright doit revoir ce qui a été dit lors de cette rencontre aux cases de Bellevue. Donc, ce que le colonel doit faire, c’est de savoir identifier le mal et le bien et chercher à agir dans le sens du bien. Pour cela, nous sommes tous là pour le soutenir, pour le protéger, l’applaudir et l’aider, parce que ce qui nous intéresse, c’est qui va aider à l’émergence de la Guinée.

Et pour cela, il ne doit pas se voir comme le seul lion ou comme un héros. Il doit agir en organisant des élections libres, inclusives, transparentes et crédibles, avec aucune volonté d’exclure tel ou tel candidat pour l’âge, pour le nom, et savoir que le peuple de Guinée n’est pas naïf. Le peuple de Guinée saura choisir ses dirigeants. Sa responsabilité avec son équipe doit se limiter à organiser des élections libres, démocratiques et transparentes. J’en appelle à cette prise de conscience et à la bonne volonté du président de la transition.

Entretien réalisé par Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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