Coups d’État au Mali, en Guinée et au Burkina Faso : la CEDEAO entre l’impuissance et l’utopie

Beaucoup de citoyens oust-africains n’avaient pas compris le « deux poids deux mesures » dont les chefs d’Etat de la sous-région ont fait preuve entre les coups d’Etat civils et les putschs militaires. Avec les derniers développements de l’actualité dans la sous région, on voit clairement quelle était leur appréhension. Ils craignaient que les coups de force ne fassent tâche d’huile.

Trois coups d’Etat en un temps record, on est dans une situation comme celle qui prévalait dans les années 70. Après la dernière intervention de l’armée burkinabé, les chefs d’Etat de la sous-région ne ferment pas les yeux la nuit. Chacun attend son tour. En effet, si, dans certains pays comme le Sénégal ou la Ghana, il est improbable que l’armée s’immisce dans la vie politique, dans les autres pays, la démocratie est véritablement menacée.

Le début de la décennie 2020 ressemble aux bouleversements du début des années 90. Alors que l’on croyait que les coups d’Etat militaires sont révolus, on se rend compte subitement que rien n’est définitivement acquis. En particulier, la démocratie. Parce que, dans bien de pays, celle-ci n’a pas  été à la hauteur des espoirs des peuples.

En effet, si la justification du dernier coup de force intervenu à Ouagadougou est discutable, d’autres se justifient, comme celui du 05 septembre 2021, à Conakry contre Alpha Condé. Quelle serait  alors la différence entre un coup d’Etat et un autre ? Si Roc Marc Christian Kaboré n’est pas parvenu à mettre fin aux attaques terroristes sur son territoire, s’il n’a pas pu changer le quotidien de ses concitoyens, il n’a pas commis des violations des droits de l’homme comme le guinéen Alpha Condé, qui a tué, blessé et emprisonné des centaines de ses compatriotes qui ont manifesté leur opposition contre son troisième mandat à la tête de la Guinée.

Feu Ibrahima Boubacar Keïta et Roch Marc Christian Kaboré sont tombés à cause leur incapacité à mater les groupes terroristes. Alpha Condé, lui, est tombé à cause de sa gestion catastrophique du pays. En particulier son troisième mandat obtenu au prix du sang des centaines de Guinéens. On ne peut donc pas dire que les mêmes causes produisent les mêmes effets partout.

Dans certains pays, les militaires trouvent juste une excuse pour s’emparer du pouvoir. Devant cette triste réalité, la CEDEAO devrait changer de stratégie. Parce que son intransigeance face aux militaires maliens n’a pas empêché les soldats burkinabé de perpétrer un coup d’Etat. C’est peut-être une occasion de mettre fin à cette utopie au sein de l’organisation oust-africaine. Ce qui n’a pas fonctionné ailleurs dans le monde ne fonctionnera pas  en Afrique de l’Ouest. Partout, ce sont les États qui partagent les mêmes valeurs qui s’associent.

Mais, on veut faire exception en Afrique de l’Ouest. Des pays comme le Ghana et le Togo n’ont rien de commun. En tout cas, sur le plan politique. Le premier est un modèle de démocratie. Le second est la pire des dictatures sur le continent. D’autres exemples, c’est le Sénégal et son voisin, la Guinée Bissau. Le premier n’a jamais connu un coup d’Etat militaire tandis que la seconde est confrontée à une instabilité chronique depuis son indépendance.

C’est pour toutes ces raisons qu’il faille mettre en oeuvre non pas des critères de convergence économiques mais des critères de convergence politique. Les pays qui ont en commun la liberté, la démocratie et l’Etat de droit doivent composer une union. Une union à laquelle ne sera pas membre qui le veut.

De ce tri, nous aurons d’un côté les Etats démocratiques et de l’autre les États voyous. Les premiers vont se concentrer et se consacrer à leur développement. Ainsi, à défaut de tirer les autres vers haut, ces derniers ne vont pas les tirer vers le bas comme c’est le cas actuellement.

Habib Yembering Diallo pour Guineeamtin.com

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