Crise d’eau potable à Mamou : notre constat au quartier Abattoir

Habité par près de 10 000 personnes, le quartier Abattoir (dans la commune urbaine de Mamou) fait face une crise d’eau potable. A l’absence de l’addiction d’eau par la société des eaux de Guinée (SEG), les populations se ruent chaque matin et dans l’après-midi vers les rares forages existants dans le quartier, a constaté un reporter que Guineematin.com a dépêché sur place.

Ce quartier de la commune urbaine de Mamou n’est pas desservi par la SEG. En tout cas, aucun robinet de la guinéenne de l’eau n’y est visible. Et, les populations sont obligées d’utiliser les puits et les quelques rares forages réalisés par des particuliers pour s’approvisionner en eau.

Abdoulaye Camara, étudiant en labo-biologie à l’IST de Mamou

« Dans ce quartier, le problème d’eau est crucial. Pour puiser, il faut venir se mettre dans la queue pour attendre son tour. On vient le matin à 8 heures. Et, parfois, on peut faire 2 heures ou 3 heures pour avoir un bidon d’eau. Ce n’est vraiment pas facile. Et, c’est l’unique forage que je connais où tout le monde vient pour s’approvisionner. Comme vous le savez, l’eau est indispensable. Mais, il m’arrive parfois de venir ici sans avoir de l’eau et je suis obligé d’aller à l’école sans me laver. Après les cours, je reviens chercher. Nous demandons de l’aide aux autorités et aux bonnes volontés. Même si c’est pour améliorer le système de pompage. Car, ici, nous nous pompons à pédale. C’est très compliqué », se lamente Abdoulaye Camara, étudiant en labo-biologie à l’IST de Mamou.

Pour Aïssatou Lamarana Diallo, couturière, c’est « une souffrance » pour avoir un bidon de 20 litres d’eau à Abattoir. Et, l’eau des puits est impropre à la consommation.

Aïssatou Lamarana Diallo, couturière au quartier Abattoir Mamou

« Nous avons un puits qui a un peu d’eau ; mais, on ne peut pas l’utiliser pour boire. C’est ici, au forage, que nous venons pour chercher l’eau à boire. Nous souffrons beaucoup dans ce quartier et nous demandons à ce qu’on nous augmente les forages au moins, parce qu’il y a toujours une file au niveau de ce forage », a-t-elle indiqué.

De son côté, Néné Oumou Hawa Bah, mère de famille, dit ne pas pouvoir décrire la souffrance qu’ils éprouvent pour avoir de l’eau pour son foyer et la mosquée.

Néné Oumou Hawa Bah, habitante du quartier Abattoir Mamou

« Nous souffrons beaucoup surtout en cette période. Personnellement, c’est ma famille qui détient le programme de cette mosquée où se trouve ce forage. Si les fidèles ne trouvent pas d’eau à la mosquée, ils viennent chez nous pour les ablutions. Pour faire fonctionner cette pompe qui est là, il nous faut envoyer un seau d’eau pour mettre dans les tuyaux. Sinon, l’eau ne va pas monter. Après quelques minutes au repos, il faut encore refaire la même pratique. C’est une pompe à pédale et c’est vraiment compliqué pour quelqu’un qui n’a pas la force physique nécessaire. On ne peut même pas décrire les difficultés que nous rencontrons dans l’approvisionnement de l’eau dans ce quartier. Au mois de mars par exemple, ce forage va tarir. Et, pour avoir de l’eau, nous nous rendons chez le chef du quartier qui est loin d’ici. Là-bas, nous envoyons au minimum 30 bidons pour puiser et payer les tricycles pour nous envoyer les bidons. Tout le monde souffre, surtout moi qui suis près de la mosquée. Parfois, c’est à la maison que les gens viennent prendre pour leur ablution. Nous demandons à tous ceux qui peuvent nous aider à le faire pour qu’on puisse avoir de l’eau dans ce quartier », a-t-elle dit.

Rencontré mercredi dernier, le chef du quartier Abattoir, Elhadj Amadou Baïlo Diallo, a décrit « une difficulté atroce » qui frappe son quartier.

Elhadj Amadou Baïlo Diallo, chef du quartier Abattoir Mamou

« Le manque d’eau est une réalité dans mon quartier. Abattoir, c’est l’un des quartiers les plus démunis en denrée hydrique, c’est-à-dire en matière d’eau. Non seulement la population est importante, près de dix (10) mille habitants y vivent ; mais, le manque d’eau constitue une difficulté très atroce à laquelle chaque année on est confronté. Donc, comme vous le voyez, on a des enfants, des vieilles femmes ou des femmes en état de famille qui ne peuvent remonter cette montagne que vous voyez. Des fois, tout ce monde est obligé de quitter la montagne et descendre pour chercher de l’eau. Certains d’ailleurs sont obligés de payer 2000 ou 2500 francs par bidon et par jour aux conducteurs des tricycles pour avoir de l’eau. Imaginez maintenant quelqu’un qui n’a pas les moyens, il n’est pas salarié, comment va-t- il vivre dans ces conditions ? Donc, nous tendons les mains aux personnes de bonne volonté, y compris l’Etat de nous venir en appui. Parce que tout peut manquer à l’homme et qu’il vive, sauf l’eau. C’est un mal très imminent qui est en train de fatiguer la population de mon quartier », a expliqué Elhadj Amadou Baïlo Diallo.

De retour de Mamou, Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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