Justice rendue à Issa Hayatou : par Amadou Dioulde Diallo, journaliste-historien

De part ses origines et sa naissance Issa Hayatou est fait turban sur la tête les rennes du Coran et le spectre du commandement en main pour diriger les hommes. À partir du vestibule de son père, le Lamido de Garoua, aux bords de la Benoue dont sa famille est fondatrice.

Mais, Issa Hayatou a plutôt préféré exercer ses pouvoirs naturels par le biais du sport. D’abord par l’athlétisme (il est champion du Cameroun des 200 mètres) et prend part aux premiers jeux africains de Brazzaville en 1965 et le basket-ball qui le consacre membre de la sélection nationale de son pays.

Ensuite, par le football. Issa Hayatou est professeur d’éducation physique et sportive au lycée Leclerc de Yaoundé, avant d’être directeur des sports au ministère de la jeunesse et des sports. Il va par la suite appartenir à la fédération camerounaise de football en qualité de membre, de Secrétaire Général pour finir président.

Il sera élu au comité exécutif de la CAF en 1986 au Caire et président de la panafricaine du football deux ans plus tard à Casablanca au Maroc, suite au décès en 1987 du président Idnekatchew Ilo Tessema d’Éthiopie.

Commence alors pour ce prince peul 5ème fils du  Lamido de Garoua une aventure fabuleuse, marquée par une véritable révolution dans la gestion du football africain et un rempart décisif contre la non prise en compte des problèmes du continent par les grandes puissances du football mondial.

Pendant 29 ans, Issa Hayatou a tenu la barre de la CAF avec brio et élégance, renfloué ses caisses, donné du tonus à ses compétitions, créé d’autres comme le CHAN et obtenu 5 places pour la coupe du monde dont l’édition 2010 s’est jouée pour la première fois de son histoire en Afrique.

C’est avec un bilan plus qu’élogieux que le 5e président de la CAF sera battu au congrès de mars 2017 à Addis Abeba en Ethiopie par le malgache Amad Amad.

Ce dernier sera remplacé par le sud-africain patrice motsepe au congrès de mars 2020 à Rabat au Maroc.

Issa Hayatou avait également obtenu l’accord de siège avec les autorités égyptiennes et rénové le siège de la CAF où désormais des africains d’autres pays peuvent venir travailler et apporter ainsi leur expertise au bon fonctionnement de la confédération dont les différentes composantes avaient été suffisamment outillées à travers des formations renouvelées par des remises à niveau permanentes.

Tout en issa hayatou transparaissait l’aristocrate peul à fière allure qui s’est illustré dans la défense des intérêts du football africain à telle enseigne qu’on peut être tenté d’affirmer que l’homme était craint dans ce milieu impitoyable où la parole donnée ressemble beaucoup plus à un mouchoir de kleenex.

La force de Issa Hayatou a certainement résidé dans cette ferme volonté d’être lui-même envers et contre tout.

Un aristocrate peul qui a tete le commandement au sein et à la barbe de ses illustres parents et qui savait gérer les hommes dans un respect réciproque sans apparaître comme ce mondain bien aux antipodes des valeurs africaines.

Comme tel le prince peul de Garoua se déplaçait souvent avec ses farbas ces grands maîtres de la parole qui dans la matinalite du laitier rendaient hommages au fils du lamido comme s’ils étaient dans l’enceinte du palais royal de Garoua la ville natale de Amadou Ahidjo le premier président du cameroun.

Cette prime à la tradition était révélatrice de la personnalité de issa hayatou qui a montré ses capacités à gérer les hommes et les choses non seulement du football mais aussi dans bien de domaines. L’acharnement dont il est victime de la part de ses adversaires d’hier se justifie par leur ardent désir de le salir en le présentant comme quelqu’un dont la gestion à la tête de la CAF est catastrophique.

Et, cela, au moment où son pays, le Cameroun, organise la 33e édition de la CAN. DIEU merci que le TAS par son verdict vient de botter tout cela en touche.

Ainsi, Issa Hayatou est blanc comme neige à la grande satisfaction de nombreux africains qui regrettent aujourd’hui son départ au regard de la vassalisation de la CAF par la Fifa. Ce qui était inimaginable et impensable avec le prince peul de Garoua.

Issa Hayatou et la Guinée

Il a toujours eu un amour tyrannique pour notre pays pour trois raisons, disait-il.

La première, c’est la présence de la plus forte communauté peule du monde au Fouta Djallon. Il est venu à Labé à la faveur de la coupe d’Afrique militaire que la Cité de Karamoko alpha mo labe accueillait en 1996.

Au cours de ses séjours à Conakry il se plaisait à inviter à son hôtel les farbas dépositaires de l’histoire des peuls au cours de veillées passionnantes. Le prince peul de Garoua offrait de l’argent et des présents à ces grands paroliers.

La deuxième, c’est son amitié fraternelle avec Almamy Kabélé, le vice-président de la CAF, plutôt mon petit frère, disait-il.

Issa Hayatou se rendait à Kouyeyah, le village de la grande famille Kabélé Camara à Coyah et venait malgré les nombreuses charges liées à sa fonction assister à toutes les cérémonies de sa « famille »

La troisième raison enfin tenait au professeur Alpha Condé, qui était un camarade d’école à son grand frère, l’ancien Premier ministre du Cameroun, Sadou Hayatou. L’ancien président guinéen venait passer des vacances dans la maison familiale du Lamido de Garoua, en compagnie de son ami.

C’est pour cela dira-il que j’ai attribué à la Guinée l’organisation de la CAN 2023 sans aucun appel à candidature.

À noter que seules les éditions de 2019 et 2021 étaient en jeu en 2016 à Addis Abeba. Une première dans l’histoire de toute la CAF.

C’est le décalage intervenu dans l’organisation de la CAN suite au covid 19 qui explique le renvoi de la Guinée en 2025.

Le Cameroun boucle sa CAN et la côte d’ivoire s’apprête à accueillir la sienne en juin-juillet 2023.

Issa Hayatou le baobab du football africain ne se couchera jamais.

Amadou Diouldé Diallo, journaliste et historien

Amadou Dioulde Diallo, journaliste-historien

Clermont Ferrand (France)

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