Marché de Madina : des commerçantes frappées de plein fouet par des bazins contrefaits

A moins de deux semaines de la célébration de la fête marquant la fin du mois de Ramadan, le marché guinéen est inondé de tissus contrefaits. Les bazins et autres tissus locaux, importés de la Chine, sont vendus à vil prix, au grand dam des commerçants guinéens qui ne voient plus l’ombre d’un client. C’est le cas au grand marché Madina de Conakry où un reporter de Guineematin.com s’est rendu hier, lundi 18 avril 2022.

Bazins contrefaits, appelés Faré Yaré

Des bazins surnommés Faré Yaré, contrefaits, inondent le marché guinéen. Alors que de nombreux clients sont attirés par ces tissus bon marché et de mauvaise qualité, les vendeuses de bazins de qualité tirent le diable par la queue à une période de forte demande. Certaines d’entre elles déplorent cette situation et interpellent les autorités pour freiner la saignée.

Mama Aïssata Camara, vendeuse de bazins à Madina, se plaint de la rareté des clients depuis que les chinois ont déversé de la contrefaçon sur le marché. « Je suis une commerçante. Je revends des bazins de bonne qualité importés de Bamako. Mais actuellement, les chinois ont gâté notre chance depuis l’arrivée de ces bazins contrefaits, fabriqués en Chine. Ça a impacté négativement sur notre marché. Sinon d’habitude, à la veille des fêtes de Ramadan, on recevait beaucoup de clients. Mais actuellement, il n’y pas de clients. La venue de ces Faré Yàrè fait que les gens sont allés vers eux pour acheter à 40 mille GNF au lieu d’acheter nos bazins Getzner de 600 à 800 mille GNF », se désole la commerçante.

Mama Aïssata Camara, vendeuse de bazins à Madina

Poursuivant, Mama Aissata Camara interpelle les autorités, notamment le président de la transition, pour faire face à cette situation. « Nous demandons au Colonel Mamadi Doumbouya de nous venir en aide et d’interdire aux chinois qui font la contrefaçon de nos bazins. Nous partons à Bamako pour acheter nos produits et nous payons cher les frais de transport sans oublier l’état de la route pour venir les revendre ici. C’est ce qui nous permet de gagner nos vies. Les chinois nous font souffrir énormément dans ce pays. Ils ne se sont pas limités qu’aux bazins, car ils ont fait également la contrefaçon de nos tissus locaux fabriqués par nos artisans tels que le leppi, forêt sacrée, les kerndelli qui représentent nos différentes cultures. Ça dévalorise nos tissus locaux. Le pire et que ce sont des tissus, si je peux me permettre de le dire, du caoutchouc que les chinois envoient pour les revendre aux détaillants à un prix très bas… Franchement, cette histoire nous fait énormément souffrir. Nous demandons au colonel Mamadi Doumbouya de mettre fin à cette pratique pour le bien des femmes et des artisans de notre pays ».

Madame Kadiatou Cissoko, vendeuse de leppi

Même son de cloche chez madame Kadiatou Cissoko, vendeuse de leppi, forêt sacrée, Kerndelli, des tissus locaux très prisés mais plus que jamais contrefaits. « Cette histoire d’imitation de nos tissus, de nos œuvres locales, nous fait beaucoup souffrir. Qu’ils font la contrefaçon et reviennent le revendre à prix bas encore cher nous, c’est une chose que nous n’aimons pas du tout. Cette année, nous souffrons énormément depuis que les chinois ont piraté tous nos tissus locaux. Mais, je ne vais pas accuser les chinois seuls. Si vous les voyez faire ça, c’est parce qu’ils ont des complices, des guinéens qui travaillent avec eux. Ce sont eux qui prennent nos tissus pour montrer aux chinois. Ceux-ci aussi font de la contrefaçon pour ramener ça dans nos marchés. Donc actuellement, nous sommes en manque de clientèles, contrairement à l’année passée. Vous savez, on peut avoir un pagne tissu de leppi ou forêt sacrée en tissu à 20 mille voire à 10 mille GNF. Alors que chez nous, tu peux l’avoir à 60 ou 100 mille GNF si c’est de la bonne qualité », confie la dame.

 

Pour freiner l’hémorragie, cette jeune dame qui est née dans l’artisanat, sollicite l’aide des autorités. « Nous demandons aux autorités compétentes de nous venir en aide afin de stopper cette pratique de modification de nos articles, surtout de nos produits locaux qui sont nos œuvres à nous, qui représentent notre culture, notre identité et que les chinois ont contrefait. Je suis née dans l’artisanat, c’est dans ça que j’ai grandi et c’est ce que je continue de faire comme métier. Si l’Etat ne fait pas quelque chose pour mettre un frein à cette pratique, ce sont nos artisans et nos commerçants qui en payeront les frais et mettra le pays en retard. C’est vraiment regrettable que le tissu Faré Yarè prenne de l’ampleur sur le marché cette année », déplore Kadiatou Cissoko.

Fatoumata Diouldé Diallo pour Guineematin.com

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