Déguerpissement à Mamou : les victimes « implorent la grâce » du colonel Doumbouya

Les opérations de récupération des domaines de l’État ont atteint l’intérieur de la Guinée. Après la gare de Mamou, au quartier Abattoir, les autorités se sont rendues à la Scierie et au quartier Boulbinet, le long du chemin de fer, pour passer l’information. C’était dans la journée d’hier, jeudi 21 avril 2022. Les riverains concernés, et qui y habitent depuis des décennies, implorent la grâce du Colonel Mamady Doumbouya, rapporte le correspondant de Guineematin.com basé dans la préfecture.

De nombreux bâtiments, boutiques et autres baraquements ont été marqués au rouge par les cadres de l’Habitat en présence des autorités de la ville carrefour. Les occupants sont sommés de quitter les lieux, dans un délai de 72 heures. Très inquiets et désemparés, les victimes de ce déguerpissement expliquent y avoir vécu depuis des dizaines d’années et demandent la clémence des autorités.

Lansana Keita, enseignant : « nous prions le gouvernement de nous donner un délai raisonnable. Nous sommes là depuis 1970. Nous sommes nés ici, avons grandi ici, d’autres se sont mariés ici. Aujourd’hui, ils ont la force, on ne peut s’opposer à leur décision. Trouver des pères de familles et leur demander de sortir de cette façon, c’est difficile. Nous demandons aux autorités, au Colonel Doumbouya, de nous accorder un délai raisonnable pour pouvoir prendre nos affaires et chercher une autre maison. »

Thierno Aïssatou Sow, ménagère : « je suis née ici et je me suis mariée à l’âge de 12 ans. Actuellement, j’ai 11 enfants et j’ai 61 ans. L’autorité est venue nous vider comme des poules. Actuellement, nous cherchons à déménager vers le quartier Tambassa. Nous demandons aux autorités, au colonel Mamadi Doumbouya de nettoyer nos larmes. Qu’il sache que nous sommes dans le mois de Ramadan, mois de pardon et de compassion. Tout le monde est dans le chagrin. Bien sûr, la terre appartient à l’État ; mais, nous sommes au même pied d’égalité car nous tous nous serons sous la terre un jour », a lancé Tierno Aissata Sow.

Camara Salifou, fils d’un cheminot : « nos parents travaillaient ici au compte des Français. Nous avons toujours été là. Sékou Touré est venu au pouvoir, nous étions là. Sous les régimes de Lansana Conté, du Professeur Alpha Condé, nous sommes toujours là. Mon père est décédé en 1980. Nous demandons aux autorités, au Colonel Doumbouya d’avoir pitié de nous. Nous sommes des enfants, des petits-enfants de cheminots. On n’a pas où aller, ni en Haute Guinée, ni en Basse Guinée, ni en Guinée Forestière. Qu’ils aient pitié de nous, à cause de Dieu. »

Saran Diallo : « Je place ma confiance en Dieu. Je suis née ici. Les chemins de fer ont trouvé notre maison ici. Mon père travaillait ici. Ma mère était très petite à l’époque et les animaux se cachaient ici. C’est mon père qui a défriché ici. On ne sait quoi faire, nos moyens sont limités et nous sommes frappés par la vieillesse. Même si c’est un décès, on se confie toujours à Dieu. Mon mari est allé à la retraite, on n’a pas où aller. Nous prions le colonel Doumbouya, notre fils, de nous aider, de nous laisser ici ».

Vieux Diallo : « mon père est décédé depuis longtemps. Moi, j’ai 53 ans, nos forces sont épuisées. Mon père était là, ça fait 75 ans. Nos enfants, même certains de nos petits-enfants, sont nés ici. Nous demandons au Colonel Doumbouya de nous épargner, de nous laisser passer le reste de nos nuits sous les belles étoiles. Qu’il nous aide, qu’il nous épargne. Ils peuvent aller ailleurs créer de nouvelles cité ».

Propos recueillis par Boubacar Ramadan Barry, correspondant de Guineematin.com à Mamou

Tél : 625 69 89 19/657 34 39 39

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