Tribunal pour Enfants de Conakry : « nous sommes devenus un tribunal ambulant »

Le tribunal pour Enfants de Conakry est le parent pauvre du ministère de la Justice et des Droits de l’Homme. Cloitrée dans l’enceinte du tribunal de première instance de Kaloum, cette juridiction connaît d’énormes difficultés dans un contexte où les droits de l’enfant sont célébrés à l’occasion du mois de juin. Pour parler des difficultés que rencontre le tribunal pour Enfants, un reporter de Guineematin.com a donné la parole à son président, N’Faly Sylla.

Dans cet entretien, le président du Tribunal pour Enfants a fait savoir que de nombreux obstacles empêchent le bon fonctionnement de la juridiction qu’il dirige. « La difficulté qui semble être véritablement un obstacle majeur pour le bon fonctionnement de cette juridiction pour mineurs est un problème de local. Nous sommes confrontés à ça depuis pratiquement une décennie. C’est la difficulté fondamentale pour la gestion des procédures concernant les mineurs qui sont surtout en conflit avec la loi.  Ils sont de plus en plus nombreux en République de Guinée. Nous avons le ressort judiciaire le plus grand de la zone spéciale de Conakry. Nous avons pour mission de rendre la justice au nom de ces mineurs, qui n’ont pas dans leur ensemble la faculté de discernement. Mais véritablement, ça me fait très mal que nous, nous ne soyons pas en mesure de pouvoir procéder aux jugements des mineurs dans les délais requis faute de trouver un local approprié. Nous avons, depuis toujours, lancé des appels pour que nos autorités jouent leur rôle pour doter ce tribunal pour enfants un local. Un tribunal qui, pour nous, est le tribunal le plus important. Nous pensons que cela devrait être la priorité de nos autorités. Les autorités qui se sont succédées ont tenté tant bien que mal de trouver la solution. Mais nous, tant qu’on n’a pas la solution, nous disons que nous ne sommes pas satisfaits », a-t-il laissé entendre.

N’Faly Sylla, président du Tribunal pour Enfants

Parlant de la salle d’audience, monsieur Sylla a indiqué qu’ils sont obligés de plaider pour avoir accès à un local. « Vous nous voyez dans ce réduit. On n’a même pas une salle d’audience.  Nous sommes devenus un tribunal ambulant. Tantôt, il faut aller à la Cour d’appel pour trouver un bureau pour tenir les audiences criminelles. Tantôt à Mafanco, parfois à Kaloum ici, plaider parfois pour avoir accès.  Vraiment, ça n’honore pas. Ce n’est véritablement pas le cadre idéal pour faire respecter les droits des enfants, surtout le principe phare de confidentialité qui gouverne la question de l’enfance », a regretté le président du Tribunal pour Enfants.

Pour mettre fin à cette situation, N’Fally Sylla lance un appel aux autorités actuelles. « Aujourd’hui, nous avons des juridictions d’exception, nous ne les citons pas par jalousie par rapport à nos collègues. Non ! Loin s’en faut… C’est comme si vous êtes cultivateur et que vous n’avez aucun instrument pour faire votre travail pratiquement. On a la loi à appliquer, mais le cadre idéal pour faire ce travail, nous ne l’avons pas… Le tribunal militaire n’est pas plus important que le tribunal pour enfants ; le tribunal de commerce n’est pas plus important que le tribunal pour enfants… Donc, notre préoccupation fondamentale, ce qu’on demande à l’Etat, ce n’est pas une chambre personnelle pour nos familles, mais nous demandons ça pour mieux exercer notre profession », a-t-il insisté.

Selon monsieur Sylla, le nombre d’enfants en conflit avec la loi tourne autour de 100 avec diverses infractions. « En premier lieu, le vol est l’infraction la plus récurrente. Ensuite, vient le phénomène de l’agression sexuelle qui prend de l’ampleur chez les jeunes et qu’il ne faut pas minimiser. Ce phénomène se situe aux alentours de 30 à 40% des infractions chez les enfants mineurs qui sont en conflit avec la loi ».

Saidou Hady Diallo pour Guineematin.com

Tél. : 620 589 527/664 413 227

-Publicité-spot_img
-Publicité-spot_img

AVIS & COMMUNIQUÉS

PUBLIREPORTAGE

OFFRE D'EMPLOIS