Affaire « préfet-coiffeur » : l’arroseur arrosé !

En cette période d’incertitude relative à une transition dont la durée est loin de faire l’unanimité, chaque semaine nous apporte son lot d’événements inédits. Après une semaine particulièrement meurtrière sur la route, celle qui vient de s’écouler aura été très riche en événements. Notamment à l’Est du pays. Plus précisément à Siguiri.

Dans cette ville, le préfet s’est livré à une incongruité sans limite. Oubliant que les temps où les administrateurs territoriaux pouvaient se permettre de toutes les frasques sans témoin, l’officier s’est transformé en maître-coiffeur dans les salles d’examen. Aidé qu’il est par des courtisans trop zélés, le premier responsable de la préfecture a soumis aux élèves une autre épreuve que celle qui leur donnait déjà du coton à filer. Humiliés devant leurs camarades et livrés à la planète entière à cause des réseaux sociaux, les enfants obtenu un soutien de taille.

Les réseaux sociaux, désormais incontournables dans nos vies, auront montré cette fois leurs côtés positifs. A savoir, témoigner sur le comportement d’un responsable se livrant à un abus de pouvoir sur des enfants impuissants. Pour le reste, Facebook en a fait son chou gras. En un temps record l’image abracadabrante a fait le tour du monde. Les internautes se sont indignés. La réaction du gouvernement ne s’est pas fait attendre. Dans la même soirée, un décret présidentiel a limogé celui que les internautes qualifient désormais de coiffeur.

S’il faut applaudir la promptitude avec laquelle le gouvernement a réagi dans cette affaire, il n’est pas superflu de noter que le naufrage de l’ancien préfet de Siguiri pourrait paradoxalement avoir des conséquences désastreuses pour les écoles. Des élèves, sachant qu’ils sont désormais intouchables même par le premier responsable de leur localité, n’obéiront pas à un simple enseignant. Ce qui fait que la décision présidentielle, que certains qualifient de populiste, risque d’avoir plus d’inconvénients que d’avantages. Si, désormais, les responsables réfléchiront deux fois avant d’agir, en revanche les enfants, eux, savent qu’ils sont des rois. Et malheureusement enseignants et encadreurs pourraient devenir leurs « esclaves ».

En outre, personne n’a compris le deux poids deux mesures entre le ministre de la Sécurité, qui a giflé récemment un policier, et le préfet qui n’a fait que couper les cheveux des enfants. Au lieu d’une correction corporelle, le ministre aurait pu prendre une sanction administrative à l’encontre du policier. Dans l’administration, il y a entre autres l’avertissement, la mise à pied et la suspension. Mais pas la correction corporelle.

Dans tous les cas, le limogeage du préfet de Siguiri est la preuve que ceux nous gouvernent ne sont pas insensibles à la réaction de l’opinion publique. Pour le cas présent, nombre d’observateurs s’accordent à dire que c’est Facebook qui a précipité la descente aux enfers du préfet. Or s’il est vrai qu’un gouvernement doit être à l’écoute de son peuple, il est tout aussi vrai que ce ne sont pas toutes les revendications populaires qu’il faille prendre en compte. Il est fort à parier que si cet incident s’était déroulé durant le règne de l’ancien président Alpha Condé, ce dernier n’aurait jamais sacrifié son préfet pour faire plaisir aux internautes. Peut-être par orgueil. Mais aussi pour éviter qu’une telle réaction ne produise un effet boomerang. 

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

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