Entre la malédiction divine et l’argent public : que faut-il choisir ?

Par Dr Mory Mandiana Diakité : Depuis l’avènement du CNRD au pouvoir avec à sa tête le Colonel Mamadi Doumbouya, on assiste à la prestation de serment par les cadres nouvellement promus à des hautes fonctions.  Le fait est nouveau. On n’y était pas habitué. Il démontre tout de même la détermination de l’homme du 5 septembre 2021 à moraliser la gestion de la chose publique. Sauf que sur le terrain, la réalité est toute autre, si bien qu’on se pose des questions sur son utilité.

Si la croyance pouvait suffire pour éradiquer la corruption et les mauvaises pratiques administratives dans un pays, il n’y aurait pas eu de prison en Arabie Saoudite et en Israël pour les malfaiteurs. Et mieux, toucher le Saint Coran avec la main obéit à un certain nombre de critères, dont la pureté physique et morale. Le simple fait de prendre l’ablution ne suffit pas. L’opinion publique se demande si tous ceux qui prêtent serment avec la main sur le livre Saint connaissent (et respectent) ces critères ?  Que ferait alors un idolâtre ou un athée, s’il est nommé à un poste de responsabilité ? C’est-à-dire, sur quoi celui-ci va-t-il prêter alors ?

C’est extrêmement dangereux de jurer avec la main sur le Coran et faire le contraire du contenu du serment. Le Coran détruit l’homme et ses progénitures, si on joue avec ce pourquoi on a juré. Dieu n’est pas un jouet. Il ne joue pas au dé non plus. On ne le prie pas pour une chose et son contraire.

Personnellement, ce que je sais, ce qu’il n’y a pas de changement notable dans les faits encore, malgré cette prestation de serment. Les pratiques d’avant le 5 septembre 2021 demeurent toujours. C’est comme si la CRIEF ne suffit pas pour dissuader les velléités de détournement. Le mode de vie des Guinéens est onéreux. C’est difficile de changer les habitudes humaines. L’essentiel des activités de la semaine est consacré aux faits sociaux onéreux, dont les mariages, décès, baptêmes, pèlerinages, maladies, fêtes des moutons… Et, quand c’est chaud, c’est l’aide d’un haut cadre du milieu qui est aussitôt sollicitée pour résoudre le problème financier.

À cela, s’ajoute la pression de l’entourage du chef de l’État sur les hauts cadres. Les lobbyistes tapis dans l’ombre. Ces derniers sont les plus chanceux ; car, ils ne jurent pas avec la main sur le Coran, mais ils s’enrichissent discrètement. Les cadres vivent de la concussion, des pourboires. Heureusement qu’on ne peut être plus malin que Dieu. Il est le meilleur Juge. Le Juge des juges.

À mon avis, il serait mieux de bien rémunérer les agents de l’administration publique, ensuite renforcer et faire respecter les textes de loi, que de compter sur la conscience religieuse des uns et des autres pour la bonne gouvernance. Alors que peu de Guinéens ont encore peur de Dieu. Beaucoup de gens prient, mais ils ne savent pas pourquoi ils le font. La réalité est que, si vous n’avez pas de soutien au plus haut niveau, votre problème n’aura pas de solution. Il n’y aura personne pour vous écouter. Vous n’aurez accès à rien.

C’est la loi qui fait développer un pays et non la croyance divine. Les Chinois ne diront pas le contraire. Ils sont combien, ces cadres, qui croient qu’il y a du péché dans le détournement des biens publics ?

Bref, mon colonel, ce texte s’adresse principalement à vous. On peut lire sur votre visage votre sérieux et votre détermination pour le bien-être de vos compatriotes ; mais, je vous conseille de revoir votre stratégie. Elle ne produit pas l’effet escompté. Au contraire, elle risque d’engendrer beaucoup plus de maudits (malhonnêtes) au sein de notre société et notamment dans les progénitures de ceux qui violeraient leur serment. Des rebuts dont la société en a déjà assez.

Combien chaque fonctionnaire dépense chaque jour dans le transport pour se rendre à son lieu de travail ? Combien dépense-t-il quotidiennement dans le loyer ou dans les soins médicaux ou dans la scolarité de ses enfants, sans mentionner le coût de la nourriture pour sa famille ?  Contribue-t-il à hauteur de combien pour les faits sociaux familiaux mensuellement ? Quelqu’un qui gère un fonds ou qui est directeur d’une régie financière va-t-il accepter que ses enfants soient expulsés de l’école faute de payement de scolarité ?

Voilà autant de questions qu’on ne doit pas ignorer, si on veut contrôler efficacement la corruption dans notre pays.

Dr Mory Mandiana Diakité, Enseignement-chercheur, Écrivain

Par Dr Mory Mandiana Diakité 

Enseignement-chercheur, Écrivain 

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