Hépatites virale en Guinée : types, mode de transmission, statistiques… Pr. Ndjouria dit tout à Guineematin

L’humanité célèbre chaque 28 juillet la journée mondiale de lutte contre l’hépatite virale. Cette année 2022, c’est sous le thème « les mamans et leurs bébés ne peuvent plus attendre » que la journée a été célébrée. Pour parler de cette pathologie, des types de virus, du mode de transmission entre-autres, un reporter de Guineematin.com s’est entretenu ce jeudi avec le Professeur Abdourahmane Ndjouria Diallo, hépato-gastro-enterologue, et président de l’ONG SOS Hépatites Guinée.

Décryptage !

Guineematin.com : l’humanité célèbre ce 28 juillet la journée mondiale de la lutte contre l’hépatite virale. Qu’est-ce que l’hépatite virale ?

Professeur Abdourahmane Ndjouria Diallo : cette année, le thème retenu par l’alliance mondiale contre l’hépatite est « les mamans et leurs bébés ne peuvent plus attendre ». A ce slogan, l’ONG SOS Hépatites Guinée ajoute « stop à l’indifférence générale de tout le monde et à tous les niveaux ». L’hépatite virale est une inflammation aiguë ou chronique du foie. Cette inflammation est due à 5 types de virus.  Le virus A, qui donne l’hépatite virale A ; le virus B, qui donne l’hépatite virale B ; le virus C, qui donne l’hépatite virale C ; le D ou Delta ; et le virus E, qui donne l’hépatite virale E. Ces virus, il faut les classer en deux catégories. Le virus A et le virus E se retrouvent dans les eaux souillées, les aliments sales. Et l’hépatite B et C sont les virus qui sont plus graves particulièrement le virus hépatite B, qui touchent beaucoup plus de personnes. Selon les statistiques internationales, cette année, au moins 3 milliards de personnes seraient touchées par le virus l’hépatite B dont 360 millions ont une infection chronique. L’Organisation mondiale de la santé(OMS) nous dit qu’il y a 600 mille décès par an. Il y en a qui disent que toutes les 30 secondes, meurt quelqu’un qui souffre de l’hépatite virale B ou C. Et que 300 millions de personnes à travers le monde ignorent qu’elles souffrent de l’hépatite virale. 100 millions de femmes à travers le monde ignorent qu’elles souffrent de l’hépatite virale B. 55 millions de personnes à travers le monde ignorent qu’elles souffrent de l’hépatite C. 42 millions d’enfants dans le monde ne savent pas qu’ils souffrent de l’hépatite virale. 9 hommes atteints d’hépatite B sur 10 ignorent qu’ils en souffrent. 9 femmes sur 10 atteintes d’hépatite virale ignorent qu’elles souffrent.  Ce qui veut dire que les virus hépatite B et C sont les plus virulents.

Guineematin.com : Quelles sont les modes de contamination de ces virus ?

Professeur Abdourahmane Ndjouria Diallo :  le virus A et le virus E se transmettent à travers les mains sales, les eaux et aliments souillés.  L’hépatite B et C se retrouvent surtout dans les liquides biologiques de l’homme : le sang, le sperme, la salive, la sueur. Il y en a même qui ajoutent les selles et les urines.

Guineematin.com : comment se manifestent les hépatites ?

Professeur Abdourahmane Ndjouria Diallo : d’abord, quand on a ce virus, on peut guérir spontanément. 15% des gens qui ont ce virus peuvent l’éliminer spontanément par un mécanisme connu seulement par le Tout Puissant Allah. On peut rester pendant longtemps sans symptômes spécifiques. A vrai dire, la seule manifestation spécifique, c’est quand les yeux sont jaunes. La jaunisse. Mais au début, il y’a un syndrome grippal, maux de têtes, démangeaisons, douleurs articulaires, manque d’appétit. Mais, cela est pris pour du palu et de la typhoïde en Guinée. Les gens qui ont l’hépatite virale sont pris en charge en Guinée, parfois 10 ans, 20 ans pour palu et typhoïde. Parce que ce sont des gens qui ont un refroidissement, chaque fois. Ils ont la grippe, ils ont des diarrhées et vomissements de temps en temps, ils ont une douleur thoracique à droite et une fatigue progressive et persistante…Donc, c’est quand les yeux seront jaunes, les urines foncées que les gens vont penser à l’hépatite. C’est pourquoi la meilleure prise en charge de l’hépatite virale, c’est la prévention. Il faut dépister à temps, prendre en charge ceux qui sont positifs selon le schéma de l’OMS et vacciner les autres.

Guineematin.com : Quel bilan ou résultats pouvez-vous nous livrer après 10 ans d’expérience de l’ONG SOS Hépatites Guinée.

Pr Abdourahmane N’djouriya Diallo, médecin hépato-gastro-entérologie, enseignant-chercheur à la Faculté de médecine de l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry et président de l’ONG SOS Hépatites-Guinée

Professeur Abdourahmane Ndjouria Diallo : de 2012 au mois de juillet 2022, nous avons obtenu les résultats suivants :  En 2012, nous avons analysé 2000 échantillons de tiges de sang au laboratoire. Et sur un échantillon de 2000 personnes, nous avons trouvé 19% de personnes porteuses de l’hépatite B. 19%, c’est le taux le plus élevé de l’Afrique. Parce que l’OMS dit qu’un pays porteur à 8% est un pays endémicité. Nous sommes à 19%, le Bénin est à 9%, le Mali, le Sénégal ne dépasse pas 12%. Donc, la République de Guinée serait l’un des pays les plus touchés en Afrique subsaharienne. Nous avons examiné, suivi 5859 cas de 2012 à juillet 2022. Sur ces 5859 cas, nous avons trouvé 5655 patients porteurs de virus d’hépatite B.  Soit 97% de nos malades ont le virus hépatite B, et 204 patients ayant le virus hépatite C. Soit 3%. Et de 2012 à 2022, il y’a une courbe ascendante, la fréquence augmente annuellement de manière ascendante. C’est une courbe qui indique que l’hépatite virale B est un problème de santé publique majeur en Guinée….La tranche d’âge 26-35 ans représente 35,22%. Ce qui veut dire que la jeunesse guinéenne est en danger. Les jeunes qui ont entre 26 et 35 ans sont les plus touchés par l’hépatite B en Guinée. Nous avons trouvé que toutes les couches socioprofessionnelles sont touchées (officiers supérieur, médecins, journalistes, sages- femmes, pauvres paysans). Tous ces gens meurent dans l’indifférence générale…

Guineematin.com : que recommande la structure SOS Hépatites Guinée que vous dirigez ?

Professeur Abdourahmane Ndjouria Diallo : il faut la reconnaissance de l’hépatite virale comme un problème de santé majeur en Guinée. Une subvention partielle ou totale de la prise en charge est nécessaire car les malades ne sont pas en mesure d’y faire face. Seuls 35% des malades peuvent faire le bilan et aller jusqu’à l’achat des médicaments. Il faut une sensibilisation en langue nationale au niveau des médias locaux de tout le pays avec un rappel régulier des méfaits de l’hépatite virale pour que les facteurs socioculturels disparaissent. Il faut que les guinéens abandonnent l’idée selon laquelle, jaunisse égale à traitement traditionnel et jamais d’injection. Nous invitons tous les guinéens à se dépister et dépister leur entourage. Ceux qui seront positifs seront suivis selon les normes de l’OMS et les cas négatifs seront vaccinés selon le schéma international. Nous invitons toutes les associations locales et étrangères, les ressortissants des différentes localités du pays à organiser des caravanes médicales afin de dépister l’hypertension artérielle, le diabète. C’est d’ailleurs l’exemple donné cette année par l’association des ressortissants de N’Diouria Missidé qui a envoyé une caravane médicale à N’Diouria et qui a diagnostiqué et donné des soins gratuitement à plus de 50 personnes en deux jours….

Guineematin.com : quel est le message que vous avez à lancer à l’endroit des autorités guinéennes par rapport à l’hépatite virale ?

Professeur Abdourahmane Ndjouria Diallo : tous les malades sont discriminés dans le monde. Ces malades sont discriminés et en Guinée, et en Afrique et au niveau de l’ONU. Et cela est très grave. Ce qui veut dire que le pays perd régulièrement des officiers de haut rang, des commissaires centraux, des hauts cadres et des pauvres paysans qui meurent dans l’indifférence totale de tout le monde et à tous les niveaux. Au vu de cela, l’ONG SOS Hépatites Guinée sollicite l’engagement personnel du président de la République, le Colonel Mamadi Doumbouya, un appui pour la reconnaissance de l’hépatite virale comme étant un problème de santé publique majeur en Guinée par une déclaration.  Ensuite, la mise en place et le financement d’un comité national restreint de lutte contre l’hépatite virale composé de spécialistes de maladies de foie et des épidémiologistes honnêtes et patriotes… De même, nous invitons humblement le ministère de la sécurité et de la protection civile et la douane nationale à commencer de prendre en charge les agents largement touchés par l’hépatite virale B et C sur les normes de l’OMS.

Pr Abdourahmane N’djouriya Diallo, médecin hépato-gastro-entérologie, enseignant-chercheur à la Faculté de médecine de l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry et président de l’ONG SOS Hépatites-Guinée

Propos recueillis par Saidou Hady Diallo pour Guineematin.com

Tél. : 620 589 527/664 413 227

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