Transition en République Imaginaire : les confidences de l’ancien au nouveau président

« Tout d’abord, je connais les pressions auxquelles tu fais face. Avec un entourage qui ne défend le plus souvent que son intérêt personnel, plein de démagogues, de flagorneurs et de lèche-bottes. Leur seul objectif est de se servir de toi pour garder et maintenir leurs avantages et privilèges. Puisque tu veux mes conseils, s’il faut faire le choix entre les contestataires et l’entourage, il ne faudrait pas hésiter un seul instant à choisir les premiers », a notamment dit l’ancien chef de la junte militaire, interrogé par l’actuel, à l’heure où le pays est confronté à des manifestations, des morts, des blessés, des arrestations, etc. 

Guineematin.com vous propose ici l’intégralité de cet entretien enregistré et décrypté par notre envoyé spécial, Habib Yimbéring Diallo 

Question de l’actuel : Bonjour mon capitaine et grand frère. Connaissant ton attachement à notre cher pays, je n’ai besoin de te dire ce qui se passe chez nous ces derniers temps. Sachant que tu es passé par l’épreuve que je suis en train de traverser, je ne doute pas un seul instant que tu dois avoir de l’empathie pour moi. Alors, quels conseils peux-tu me donner face à un dilemme entre un entourage qui ne veut rien lâcher et une partie du peuple qui exige tout le contraire de ce que veut cet entourage ?

Réponse de l’ancien : bonjour mon colonel et petit frère. Tout d’abord, je souhaite que nous parlions entre soldats en se tutoyant. Il faut aussi éviter les gros mots comme empathie et dilemme qui m’obligent à fouiller dans le dictionnaire. Si toi tu as vécu dans l’ancienne puissance coloniale, moi j’ai étudié chez son puissant voisin. Pour répondre à ta question, laisse-moi t’avouer que le mot trancision me hante toujours. J’ai la phobie de l’entendre, tant il a changé mon destin. Qu’à cela ne tienne, je ne peux pas refuser de te donner mes petits conseils.

Alors, puisque tu as la modestie de demander mes conseils, j’aurai la sincérité et la franchise pour te dire ce que je pense du fond du cœur. Tout d’abord, je connais les pressions auxquelles tu fais face. Avec un entourage qui ne défend le plus souvent que son intérêt personnel, plein de démagogues, de flagorneurs et de lèche-bottes. Leur seul objectif est de se servir de toi pour garder et maintenir leurs avantages et privilèges. Puisque tu veux mes conseils, s’il faut faire le choix entre les contestataires et l’entourage, il ne faudrait pas hésiter un seul instant à choisir les premiers.

L’histoire récente de notre pays, que ce soit avec moi ou avec mon successeur, cette histoire prouve que le pire ennemi du chef n’est pas son opposant mais son soi-disant partisan.

Question de l’actuel : Merci pour ces réponses sans langue de bois. Alors, à ton avis, qu’est-ce que je dois faire pour éviter de subir le sort de mes prédécesseurs ?

Réponse de l’ancien : Je ne veux pas te dire de faire ceci ou cela. Encore moins d’écarter celui-ci ou celui-là. Par contre, je peux te dire si c’était à refaire ce que j’aurais fait personnelle. Si j’étais encore aujourd’hui un président d’une trancision, j’aurais fait le tri. Pour savoir qui veut ma réussite et qui défend son intérêt. J’aurais banni de mon entourage tous les va-t’en guerre. Ceux-là qui me disaient que c’est moi ou le chaos. Que j’étais le meilleur des meilleurs et que j’étais irremplaçables. J’aurais ignoré et même éloigné tous ceux qui diabolisaient les autres. Et qui voulaient même en découdre avec eux, avec comme prétexte qu’ils m’aimaient et me défendaient. J’aurais appelé les opposants pour s’assoir avec eux pour s’entendre sur un chronogramme consensuel, à l’issue duquel le peuple souverain aurait choisi mon successeur.

Malheureusement, quand on est chef, on est plus vulnérable que l’homme de la rue. Les thuriféraires et les rusés du monde entier se retrouvent autour du chef. Et ils finissent par l’emballer. Or, tous ne défendent que leur poste ou leur poche. Mais, il faut être un ancien chef pour se rendre compte de la duplicité des hommes. Le jour où le chef a un problème, surtout le jour où il n’est plus chef, tous ceux qui ne juraient que par lui ne lui disent même pas bonjour.

Si c’était à refaire, j’aurais fait différemment. J’aurais demandé l’avis non pas de ceux qui sont restés ou qui veulent rester au pouvoir mais ceux qui sont partis. J’aurais eu comme ami un ancien capitaine et président d’un pays anglophone à la place d’un vieil homologue d’alors.

Bref, voilà la façon dont je me serais comporté si c’était à refaire. Je pense que si tu fais comme ça, tu auras moins de problèmes. Mais, si tu cèdes aux pressions et même aux chantages d’un entourage belliqueux et insatiables, tu pourrais tomber dans les mêmes travers que moi et ton prédécesseur direct. Ce que je ne te souhaite pas.

Question de l’actuel : Je sais qu’à ton temps, tu avais tenté d’assainir les finances publiques. Comment tu apprécies la façon dont l’institution que j’ai mise en place à cet effet travaille ?

Réponse de l’ancien : Tu as bien fait de me poser cette question. Parce que je voulais avoir un entretien avec toi à ce sujet. Je pense qu’il faut être un apatride pour ne pas saluer cette initiative. Cependant, il faut se poser la question de savoir si celle-ci est menée avec impartialité. Il faut éviter à tout prix de donner l’impression que la loi est taillée sur mesure. Il faut éviter de sélectionner les dossiers à traiter et occulter d’autres. Malheureusement, le chef est dans une position où il ne voit pas tout cela. Il faut un œil neutre pour le faire voir. D’où l’importance de ton initiative de demander l’avis de quelqu’un qui est passé par là.

Question de l’actuel : Pour terminer, tu es probablement voire sûrement au courant de la reprise des contestations. Aussi paradoxal que cela puisse te paraitre, ce sont la plupart des gens que j’ai libérés de prison qui sont en train de me torpiller. Quel regard portes-tu sur cette situation ?

Réponse de l’ancien : Tout d’abord, si tu veux avoir la gratitude des gens, il ne faut pas faire de la politique. Ou il ne faut pas faire du bien. L’homme est de nature ingrat. Mais ce que je peux te dire c’est de faire très attention encore une fois avec ceux qui te disent d’écraser tes ennemis. Si quelqu’un te dit d’écraser tes ennemis, commence par lui, car il est ton pire ennemi. Il ne faut jamais perdre de vue qu’en cas de problème c’est toi seul qui assumeras la responsabilité. Je sais de quoi je parle. Je ne veux pas entrer dans les détails au risque de péter les plombs.

Question de l’actuel : Merci mon grand frère pour tous ces précieux conseils. Dernière question, à ton avis, quelle est la durée raisonnable pour une transition ?

Réponse de l’ancien : Cela dépend. A mon avis, c’est moins la durée qui compte que le dialogue, l’entente et la compréhension entre ceux qui sont au pouvoir et ceux qui veulent l’avoir. La seule chose qu’il faut éviter, c’est la confrontation. De mon expérience personnelle, celui qui détient le pouvoir est paradoxalement le plus vulnérable. Je t’exhorte donc à instituer et à instaurer un dialogue sincère avec tous les acteurs afin que vous vous entendiez sur une durée raisonnable et consensuelle. Wassam !

Toute ressemblance entre cet entretien et un autre ne sera que pure coïncidence.

Propos recueillis et décryptés par Habib Yembering Diallo, envoyé spécial de Guineematin.com en République Imaginaire

Téléphone : 664 27 27 47

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