« Mes enfants veulent que je quitte le Gouvernement » : Les mots et les maux du ministre

« Madame et les enfants sont partagés sur la question. La première préfère que je reste pour garder les avantages et les privilèges. Les seconds, eux, estiment que pour rien au monde, je ne dois couronner ma carrière avec une grosse tache noire. Ils sont favorables à ma démission. L’un d’entre eux m’a même dit que ses amis commencent à se moquer de lui, disant que son père a choisi le camp des oppresseurs en lieu et place des opprimés », dit le ministre à son ami lors de leur échange très confidentiel.

Guineematin.com vous propose « Les mots et les maux du ministre » avec Habib Yimbéring Diallo

Cher ami,

Je ne doute pas un seul instant que tu suis avec la plus grande attention ce qui se passe chez nous. Avec, contre toute attente, la reprise des manifestations et des contestations. La semaine dernière a été particulièrement agitée. Comme tu l’as appris, il y a eu morts d’hommes. Si le bilan reste contradictoire, la seule certitude c’est que plusieurs citoyens ont succombé suite à ces tragiques événements. Je me rends compte qu’on apprécie différemment une telle situation selon que l’on soit responsable ou simple citoyen.

Dès lors qu’il y a eu morts d’hommes, tu peux imaginer mon état d’âme. Parce que, contrairement à ce que les gens croient et racontent, toi sais que pour rien au monde je ne peux cautionner la mort d’un être humain. Cette situation me met dans un terrible dilemme. Depuis quelques jours, deux options et deux opinions se livrent à un implacable combat au plus profond de moi-même. Avec d’un côté une volonté de rester pour essayer de mener à bon port cette période d’exception. Et de l’autre une obsession qui ne cesse de m’inciter à jeter l’éponge.

Devant mon embarras, je me suis confié à un ami. Lequel m’a dissuadé de rendre le tablier. Estimant que rien n’est facile dans la vie. Selon lui, il fallait s’attendre à ce qu’il y ait ces difficultés inhérentes à toute entreprise humaine. Ajoutant que si je m’attendais que tout se passe comme une lettre à la poste, je ne devais pas accepter le poste. Pour lui, je dois mettre ces difficultés à profit pour montrer ce dont je suis capable en termes de gestion de crise. Après cet entretien, j’étais très motivé à continuer l’aventure avec mes collègues.

Mais compter sans le tract qu’on a trouvé dans ma cour. Un proche à moi, sans doute, a écrit une page qu’il a faite glisser à l’intérieur de ma cour. Ce papier anonyme me rappelle entre autres mes bonnes origines que je ne dois pas souiller, selon lui. Ensuite, il me rappelle qu’en prenant service j’avais juré la main sur le livre saint. Juré de défendre non pas un homme ou un système mais notre pays. Or, défendre le pays, ce n’est pas défendre la terre, les océans, la forêt ou les montagnes. C’est défendre les hommes et les femmes qui habitent ce pays.

Mon interlocuteur me renvoie à un passage du livre saint selon lequel « celui qui tue un seul homme est aux yeux du Créateur comme celui qui a décimé l’humanité entière ». Il s’est empressé d’ajouter que je ne dois pas me frotter les mains en disant que ce n’est pas moi qui ai tué. Il estime que rien qu’en refusant de se désolidariser de ces actes, je peux être considéré comme l’auteur du meurtre. Inutile de te dire que ce tract m’a mis dans tous mes états.

Dans la foulée, madame et les enfants sont partagés sur la question. La première préfère que je reste pour garder les avantages et les privilèges. Les seconds, eux, estiment que pour rien au monde, je ne dois couronner ma carrière avec une grosse tache noire. Ils sont favorables à ma démission. L’un d’entre eux m’a même dit que ses amis commencent à se moquer de lui, disant que son père a choisi le camp des oppresseurs en lieu et place des opprimés.

Confronté à cette pression insupportable entre partisans et opposants à mon maintien au gouvernement, je me rends compte que ce poste n’est rien d’autre qu’un cadeau empoisonné. C’est une véritable patate chaude entre mes mains. Je ne jette pas. Je ne garde pas. Quoi faire alors ? J’ai besoin de ton avis. Pour me dire quelle est l’attitude à adopter face à un tel dilemme. Pour le moment, je suis perdu ! Et, cela commence à se faire sentir par mon corps. Il est impossible de cacher le manque de sommeil et d’appétit. Quand le cœur est perturbé, le corps le montre. Et, je ne cesse de penser et repenser à cette citation d’Indira Gandhi « Le bonheur, c’est lorsque vos actes sont en accord avec vos paroles ».

Je souhaite donc que tu me viennes au secours le plus rapidement possible. Si, à ton avis, je dois rester, il va falloir m’aider à sensibiliser les enfants pour leur montrer les avantages à rester pour contribuer à bâtir une Nation forte et prospère, débarrassée de tous les maux qui l’ont gangrénée depuis plus d’un demi-siècle. Ou si tu es de leur avis qu’il ne faut même pas rester longtemps pour souiller mon honneur, en ce moment, l’interlocuteur change. Ou plutôt l’interlocutrice. À la place des enfants, c’est madame plutôt qu’il faudrait dans ce cas-là sensibiliser pour qu’elle accepte de devenir l’épouse de l’ancien ministre. Mais, ce ne sera pas du tout facile. Dans cette deuxième hypothèse, il va falloir réfléchir aussi où aller et comment le faire. Car, il est impensable de jeter l’éponge et de rester sur place. Malheureusement, après la sortie du territoire de manière abracadabrante d’un ancien dignitaire, les autorités multiplient la vigilance.

Confronté à toutes ces contradictions et interrogations, il est superflu de te dire que ta réponse est attendue avec impatience. Sachant ce que tu représentes pour moi, cette réponse sera déterminante pour la suite.

Ton ami, le ministre Habib Yembering Diallo, joignable au 664 27 27 47.

Toute ressemblance entre cette correspondance ministérielle et une autre ne sera que pure coïncidence

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