Ibrahima Sory 2 Tounkara (juge) : le procès du 28 septembre 2009 n’est ni ethnique, ni régionaliste

« Le tribunal vous informe qu’il n’acceptera pas certains propos, surtout ethniques ou régionalistes. Ce procès n’est pas un procès ethnique ou régionaliste. Ce procès est organisé pour la manifestation de la vérité… Et, ce sont des Guinéens qui sont là. Parce que toutes les composantes sont représentées dans ce procès. Donc, ce n’est pas dirigé contre une ethnie ou une région », a précisé Ibrahima Sory 2 Tounkara, à l’entame de la 23ème journée de ce procès historique, dans la matinée de ce mercredi, 23 novembre 2022. Et le juge d’ajouter que « les acteurs de ce procès et le tribunal ne font que rechercher la vérité ».

Comme indiqué dans une de nos précédentes dépêches, le parquet a ouvert la journée par la révélation d’une menace, visiblement proférée par des proches de certains accusés. Tous composés des dignitaires de la junte du CNDD (qui dirigeait la Guinée en 2009) dont leur chef, Moussa Dadis Camara (capitaine à l’époque), les 12 accusés répondent des crimes adieux allant du massacre de plus de 157 personnes à la disparition des corps, en passant par des centaines de personnes blessées et de plusieurs dizaines de femmes (et filles) violées. Lancé le 28 septembre dernier, ce procès a enregistré le passage de 7 accusés. Et, le 8ème (Colonel Claude Pivi, dit Coplan) a nié toute implication comme d’ailleurs ses sept prédécesseurs : Colonel Moussa Thiégboro Camara, Capitaine Marcel Guilavogui, Commandant Aboubacar Toumba Diakité, Capitaine Cécé Raphaël Haba, Colonel Abdoulaye Chérif Diaby, Colonel Ibrahima Kalonzo Camara et Margis-chef Mamadou Aliou Kéïta.

Face aux pertinentes questions du parquet, de la partie civile et de certains avocats de la défense, certains de leurs proches pourraient bien craindre de lourdes peines. Et, c’est probablement pour intimider les acteurs de ce procès que des menaces auraient été proférées. Une attitude condamnée par le tribunal qui a rappelé n’être là que pour la recherche de la vérité et pour rendre justice. Et, profitant de cette occasion, le juge audiencier a prévenu ne pas accepter les propos à relent ethnique ou régionaliste. 

« Si effectivement il y a des menaces qui commencent à planer sur les membres du ministère public, le tribunal même va s’associer à cela pour dire que dans ce procès toutes les parties (à commencer par le tribunal, le ministère public, les parties civiles, la défense, c’est-à-dire tous les acteurs de ce procès) ne font que leur travail. Le tribunal est saisi d’un fait, il s’agit des évènements qui ce sont déroulés le 28 septembre 2009. Et, ce tribunal, ainsi que tous les autres acteurs sont en train de tout faire pour que le monde entier sache effectivement ce qui s’est passé ce jour.  Et, cette action n’est dirigée contre personne. Tout ce qu’on fait, c’est rechercher les coupables, savoir ce qui s’est passé ce jour, réprimer ceux qui doivent être réprimés. Donc, une fois de plus, tous les acteurs de ce procès et le tribunal ne font que rechercher la vérité », a précisé Ibrahima Sory 2 Tounkara, avant d’ajouter que les propos à caractère ethnique et régionaliste ne seront pas acceptés.

« Autre chose, pour les acteurs de ce procès, le tribunal vous informe qu’il n’acceptera pas certains propos. Surtout ethniques ou régionalistes. Ce procès, il n’est pas un procès ethnique ou régionaliste. Ce procès est organisé pour la manifestation de la vérité comme je l’ai tantôt dit. Et ce sont des Guinéens qui sont là. Parce que toutes les composantes sont  représentées dans ce procès. Donc, ce n’est pas dirigé contre une ethnie ou une région. Il faudrait que tous les acteurs comprennent cela. Donc, celui qui tenterait de s’aventurer sur ce terrain, le tribunal sera obligé d’aller à l’extrême lui demander même l’expulsion. Et si c’est le ministère public, comme l’audience ne peut pas se tenir sans le ministère public, on sera obligé d’ajourner le procès. Donc, une fois de plus, que chacun sache ce pourquoi on est là. Toutes les parties doivent concourir à la manifestation de la vérité. On ne doit pas transformer ce procès en un débat ethnique ou à un débat régionaliste. On n’est pas là pour ça », a insisté le juge Ibrahima Sory 2 Tounkara.

À préciser que les 12 accusés sont poursuivis de meurtres, assassinats, vols, pillages, incendies volontaires, vol à main armées, coups et blessures volontaires, outrage à agents de la force publique, tortures, enlèvements et séquestrations, non assistance à personnes en dangers, violences sexuelles, attentats à la pudeur, détention de matériel de guerre de première catégorie et complicité dans ce massacre qui a fait plus de 157 morts le 28 septembre 2009, plusieurs dizaines de femmes violées et des centaines de blessés.

Propos recueillis et décryptés par Mohamed Guéasso Doré pour Guineematin.com

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