Délocalisation du dialogue : la CEDEAO n’a-t-elle pas eu de garanties pour le retour de Cellou et Sidya en Guinée ?

Réunis en session ordinaire à Abuja (au Nigéria) avant-hier, dimanche 04 décembre 2022, les chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) ont demandé à la junte militaire du Colonel Mamadi Doumbouya de dialoguer « immédiatement » et « sans exception » avec les partis politiques et la société civile pour un retour à l’ordre constitutionnel. Et, « si ce dialogue n’est pas possible en Guinée, la junte doit examiner la possibilité qu’il ait lieu dans un autre pays de la CEDEAO », a martelé Omar Touray, le président de la commission de la CEDEAO.

Mais, cette demande de délocalisation du dialogue inter-guinéen sonne plutôt comme un aveu d’échec de la CEDEAO d’obtenir des autorités guinéennes les garanties de sécurité nécessaires pour le retour en Guinée de Cellou Dalein Diallo (président de l’UFDG) et de Sidya Touré (président de l’UFR).

Ces deux figures importantes de la classe politique guinéenne vivent en « exil » depuis plusieurs mois. Et, leurs partis politiques ne sont pas présents au sein du cadre de dialogue inclusif inter-guinéen qui se déroule à Conakry depuis le 24 novembre dernier. Au même titre que le RPG arc-en-ciel d’Alpha Condé (ancien Chef de l’Etat guinéen), l’UFDG et l’UFR ont boycotté le présent cadre de dialogue. Ils conditionnent leur participation à ces pourparlers à la satisfaction d’un certain nombre de préalables dont « la libération des prisonniers politiques et le retour paisible des dirigeants politiques en exil ».

Justement, à ce niveau, certaines sources rapportent que la CEDEAO, à travers son médiateur Thomas Yayi Boni, a jusque-là tenté d’obtenir des garanties auprès du CNRD pour le retour en Guinée de Cellou Dalein Diallo et de Sidya Touré. Mais, apparemment, la junte militaire guinéenne n’a donné aucune assurance à cette volonté de l’organisation sous-régionale. D’ailleurs, les autorités guinéennes n’ont jamais accepté de considérer les leaders de l’UFDG et de l’UFR comme des exilés.

« Les autorités de la Transition n’ont pris aucune disposition pour que les acteurs politiques ou de la société civile se mettent à l’exil. Après, qu’ils choisissent de ne pas rentrer au pays, c’est leur liberté », a martelé le ministre Ousmane Gaoual Diallo, porte-parole du gouvernement, lors d’une conférence de presse en septembre dernier.

Demander la délocalisation du dialogue inter-guinéen dans la capitale d’un pays de la sous-région est aussi une manière pour la CEDEAO de mettre un cheveu dans la soupe de la junte militaire guinéenne. Cette demande de l’organisation sous-régionale en dit long sur le crédit qu’elle accorde aux pourparlers qui se tiennent présentement à Conakry, sans les acteurs qui forment plus de 90% de l’électorat guinéen (à en croire les résultats des élections des dix dernières années dans le pays).

La CEDEAO a-t-elle les moyens de faire fléchir la junte militaire guinéenne ?

Depuis le 05 septembre 2021, le CNRD a toujours tenu tête à la CEDEAO. Les deux jouent au chat et à la souris ou à ‘’qui a la plus longue queue’’. Aux menaces de sanctions de l’organisation sous-régionale, la junte militaire guinéenne a toujours répondu par un leurre pour gagner du temps. C’est à croire que la CEDEAO peine à trouver des stratégies pour faire danser la Guinée au rythme de sa musique afin de s’assurer d’un retour à l’ordre constitutionnel. Et, rien ne présage qu’elle y parvienne dans les prochains mois. D’ailleurs, si on en croit certaines sources, les chefs d’Etats et de gouvernement de la CEDEAO ont décidé, lors du sommet de ce dimanche à Abuja, de valider les 24 mois de Transition acté par la junte militaire guinéenne.

Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

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