Guinée : 10 ans de prison requis contre le Général Sadiba Koulibaly, ex chef d’état-major général de l’armée

Comme indiqué dans une de nos précédentes dépêches, cet officier de l’armée guinéenne comparaît depuis hier, jeudi 13 juin 2024, devant un tribunal militaire à Conakry. Le Général Sadiba Koulibaly est poursuivi pour des faits de « désertion à l’étranger, et détention illégale d’armes ». Des faits pour lesquels il risque 10 ans d’emprisonnement. En tout cas, c’est la peine qui a été requise contre lui ce vendredi par le procureur militaire, colonel Aly Camara, a appris Guineematin.com à travers un de ses reporters.

Dans cette affaire, l’ex chef d’état-major général de l’armée guinéenne est poursuivi avec six (6) autres militaires, tous en poste au domicile de l’actuel chargé d’affaires de la Guinée. Il s’agit de l’Adjudant Naby BANGOURA, le Caporal Mohamed Koumbassa, le Caporal-chef Souleymane KEITA, le Caporal-chef Aboubacar DIALLO, le Caporal-chef N’Ganif KOUROUMA et le Caporal-chef Abou KOULIBALY.

L’audience de ce vendredi a essentiellement été consacrée aux réquisitions et plaidoiries des parties. Elle a commencé à 12 heures30’ avec les plaidoiries des avocats de l’Etat guinéen constitué partie civile dans ce procès. Et, c’est Me Bernard Saa Dissi Millimouno qui a ouvert le bal de ce grand oral.

Dans son exposé, cet avocat de l’agence judiciaire de l’Etat a confié que c’est une lettre d’information, et non une lettre d’autorisation, que le Général Sadiba Koulibaly, ambassadeur de la Guinée à Cuba depuis octobre 2023, a adressée à sa hiérarchie (le ministère des affaires étrangères). Me Bernard Saa Dissi Millimouno estime que c’est cela qui justifie l’infraction de “désertion” qui colle à la peau de ce diplomate guinéen qui était en poste à la Havane.

S’agissant de la “détention illégale d’armes”, cet avocat de la partie civile a parlé de la détention, par Général Sadiba Koulibaly, d’une arme de son garde du corps dans sa chambre, en lieu et place du magasin d’armement, et la détention d’une arme sur lui-même. Par conséquent, il estime que les faits pour lesquels sont jugés ces prévenus sont établis. Il assure que l’Etat a souffert de la commission de ces infractions et il a demandé la condamnation de chacun des prévenus au paiement d’un franc symbolique.

Pour sa part, maître Antoine Pépé Lama, en prenant la parole à la suite de son confrère de la partie civile, a insinué que l’infraction de désertion à l’étranger est consommée dans la présente affaire. Parce que, selon lui, aucune autorisation préalable n’a été obtenue par le Général Sadiba Koulibaly auprès de sa hiérarchie. En ce qui concerne la détention illégale d’armes, cet avocat a estimé que le Général Sadiba n’avait pas droit à plus de trois gardes du corps en tant que chef d’Etat-major général des armées, comme le prévoit le règlement militaire, en se permettant de garder jusqu’à 12 gardes chez lui.

En outre, Me Antoine Pépé Lama a soutenu que le Général de brigade Sadiba Koulibaly n’avait pas à maintenir ses gardes du corps après son limogeage du poste de chef d’État-major général des armées.

Au cours de ses réquisitions, le procureur militaire, colonel Aly Camara, après avoir étayé longuement le contenu du procès-verbal et de la déposition des prévenus, s’est attaqué aux faits. Il relate que le Général Sadiba Koulibaly s’est permis de dire au président de la transition, dans un échange téléphonique, qu’il n’a commis aucun crime en rentrant en Guinée. En plus, le chargé d’affaires de l’ambassade de Guinée à Cuba est aussi accusé d’avoir tenu des propos discourtois à l’encontre de son ministre des affaires étrangères, Dr Morissanda Kouyaté.

Par rapport aux deux infractions, le procureur a estimé que les 12 gardes du corps étaient illégalement au service du Général Sadiba Koulibaly et que les 6 armes étaient illégalement détenues au domicile du Général Sadiba.

En parlant de la désertion à l’étranger, ce parquetier a affirmé qu’il a été acquis aux débats que l’ancien chef d’Etat-major général des armées s’est rendu à Conakry sans l’autorisation préalable de son ministre, Dr Morissanda Kouyaté. Par conséquent, il a invité le tribunal à constater qu’il s’agit de “faits graves qui méritent une répression sévère”. Il a par ailleurs demandé au tribunal de retenir le Général Sadiba Koulibaly et l’ensemble de ses co-accusés dans les liens de la culpabilité. Pour la répression, le parquetier militaire, colonel Aly Camara, a demandé au tribunal de condamner l’Adjudant Naby BANGOURA, Caporal Mohamed Koumbassa, Caporal-chef Souleymane KEITA, Caporal-chef Aboubacar DIALLO, caporal, Niganif Kourouma et Caporal-chef Abou COULIBALY à 5 ans de prison chacun pour détention illégale d’armes ; et de condamner en outre le Général Sadiba Koulibaly à 10 ans de prison pour les infractions de désertion à l’étranger et de détention illégale d’armes de guerre.

Après ces réquisitions du procureur militaire, la parole est revenue au collectif des avocats de la défense, composé de Me Mory Doumbouya, Me Lancinet Diabaté et Me Moussa 2 Keïta. Et, en ouvrant le bal des plaidoiries de la défense, Me Lancinet Diabaté a demandé au tribunal de renvoyer les prévenus des fins de la poursuite pour “absence de preuves tangibles” à leur encontre. Il estime que le Général Sadiba Koulibaly a bel et bien saisi le ministre guinéen des affaires étrangères, à travers une lettre, de sa venue à Conakry.

Par rapport à la détention illégale d’armes, il a affirmé que toutes les armes saisies au domicile du Général Sadiba Koulibaly sont enregistrées au nom du général et ses gardes du corps. Pire, il regrette le fait qu’aucun acte d’insubordination ne soit versé au dossier de la procédure par le ministre Morissanda Kouyaté qui, selon lui, aurait porté plainte en tant que responsable administratif du chargé d’affaires.

Abondant dans le même sens, Me Moussa 2 Keïta a accusé le procureur d’agir au nom et pour le compte de quelqu’un qui n’a jamais porté plainte. Il assure que ce dossier est vide de sens, en tout sur le plan juridique.

Pour conclure, Me Mory Doumbouya a pris la parole pour brocarder le parquet. Il estime que “les réquisitions du procureur sont téléguidées”. Et il rassure le Général Sadiba Koulibaly, après avoir quitté son poste il y a plus d’un an, et après plus de 7 mois en dehors du pays, n’a aucune intention aujourd’hui de faire un complot.

Enfin, le collectif des avocats de la défense a tenu a notifié au tribunal la détention prolongée Nankouman Condé, dont le non-lieu a été prononcé à son égard à l’enquête préliminaire.

Finalement, le tribunal a mis l’affaire en délibéré pour décision être rendue ce vendredi, 14 juin 2024, après la pause.

Malick DIAKITE pour Guineematin.com

Tél : 626-66-29-27

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