Escroquerie au voyage : une policière en service au Ministère de la Sécurité jugée au tribunal de Kaloum

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La prévenue Aicha Bah, policière de son état, employée au service de délivrance des passeports du Ministère de la Sécurité et de la Protection civile, est jugée pour escroquerie au voyage. Au cours de la présente audience, au tribunal de première instance de Kaloum, elle a reconnu avoir reçu de l’argent, avec une certaine Salématou, des mains de Hawa Soumah. Mais, pour un voyage pour le Canada, la policière et sa « complice » sont accusées d’avoir privilégié la piste du Nicaragua, a appris sur place Guineematin.com à travers un de ses reporters.

A l’entame de l’audience, le tribunal a rendu sa décision sur l’exception d’incompétence du tribunal à connaître de cette affaire. Le juge audiencier, Aboubacar Tiro Camara, a rejeté cette demande formulée par l’avocat de la défense et ordonné l’ouverture des débats.

Dans sa déposition, Aicha Bah, âgée d’une quarantaine d’années, a reconnu les faits avant de s’engager à rembourser la plaignante. « J’ai un collègue, capitaine de la police du nom de Sôkho, qui est venu me voir, pour me dire qu’il a un voisin qui veut envoyer son enfant au Canada. J’ai informé mon associée Salématou qui est basée à Dakar. Celle-là m’a dit de leur dire d’attendre puisqu’elle aurait trois personnes sous la main, qui doivent aller pour le Nicaragua. Moi j’ai transmis ce message à Hawa Soumah et elle a l’accepté. Quelque temps après, Hawa m’a relancé par rapport au voyage de son jeune frère. Je lui ai dit d’attendre parce que la procédure du Canada n’est pas aussi rapide que celle du Nicaragua. Entre-temps, mon amie Salématou est arrivée à Conakry à l’effet de faire voyager ses clients au Nicaragua. J’ai appelé Hawa pour l’informer de l’arrivée de Salé. Du coup, elle est venue avec son frère Ousmane pour aller à la rencontre de Salématou à Sonfonia. C’est ainsi que Salé leur a expliqué les difficultés qu’il y a pour le voyage au Canada. Au finish, en commun accord avec son frère, ils ont décidé finalement de passer par le Nicaragua, la voie la plus facile d’accès. Ainsi, Hawa m’a remis les 8 500 dollars. Moi, je lui ai dit que je ne prenais pas l’argent. À mon tour, j’ai remis l’argent à Salé. Ça n’a pas duré, son frère a voyagé sur Dakar, où il devait bouger pour le Nicaragua. Après, à chaque fois, ce sont des appels. Elle appelle Salé, elle m’appelle. Elle me disait qu’elle ne croyait plus au projet, de ramener son frère et de lui restituer son argent. Finalement, mon amie a fait revenir son frère de Dakar », a-t-elle expliqué.

Interrogée à son tour, Hawa Soumah, partie civile dans cette affaire, va démentir les propos de la prévenue. « J’ai pris contact avec la dame par le canal de l’un de ses collègues. Elle nous a demandé si on était prêt pour engager la procédure. Je lui ai dit que oui. Pour commencer, elle m’a demandé de lui remettre 5 millions 500 mille francs guinéens et le passeport de mon frère. Entretemps, elle m’a dit que la dame est revenue de Dakar. On y est allés. Elle et moi, nous avons fait un retrait d’argent à la banque avant de continuer chez la dame à Sonfonia. Elle m’a dit ce jour de ne pas informer son collègue qui nous a mis en relation. Arrivée là-bas, après les échanges avec la dame, j’ai remis les 8 500 dollars à Aicha. Elle aussi, elle a remis la somme à son amie. Quand j’ai demandé le reçu, Aïcha m’a dit de laisser tomber, que c’est elle la garantie. Après cette rencontre, Salé est rentrée à Dakar. Avant de partir, elle a dit que mon frère va bouger le 20 décembre. Cette date n’a pas été respectée. Après, elle m’a dit le 22 décembre, puis le 15 ou 16 janvier. Elles n’ont jamais respecté leur engagement. Après, Aïcha m’a dit de laisser mon frère partir au Sénégal pour son visa. Une fois que mon frère est arrivé à Dakar, c’est là-bas que Salé a convaincu mon frère de passer par le Nicaragua. Quand mon frère m’a appelé pour m’en informer, j’ai refusé. Moi, j’ai payé pour le Canada direct, et non pour le Nicaragua. Après 4 mois d’attente, j’ai décidé de tout arrêter et d’exiger le retour de mon frère et la restitution de mon argent. C’est notre terrain que nous avons vendu pour pouvoir faire voyager mon frère », a expliqué Hawa Soumah.

À l’issue de cela, la prévenue, Aicha Bah a reconnu les faits et s’est engagée à désintéresser la partie civile progressivement, à la fin de chaque du mois.

C’est ainsi que l’avocat de la défense a formulé une demande de remise en liberté de sa cliente. Le parquet, en prenant la parole, a dit ne pas être opposé à la demande, mais à condition que cela soit assorti du paiement de la moitié de l’argent dû à la partie civile.

Le tribunal a renvoyé l’affaire au 10 juillet 2024 afin de statuer sur la demande de remise en liberté de la policière. La prévenue retourne à la maison centrale où elle séjourne depuis le 26 mars 2024.

Malick DIAKITE pour Guineematin.com

Tél. : 626-66-29-27

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