Retour à l’ordre constitutionnel : « Ceux qui mettent le curseur au 31 décembre se trompent lourdement »

Fodé Mohamed Soumah, président de la GéCi

A quand le retour à l’ordre constitutionnel en Guinée ? La question est sur toutes les lèvres depuis la récente sortie du porte-parole du gouvernement, laissant planer une éventuelle prolongation de la transition. Ousmane Gaoual Diallo a martelé vendredi dernier que “l’élection n’est pas une fin en soi” et que “la transition [guinéenne] n’est ni bousculée, ni pressée”. Ces propos, qui semblent refléter une volonté du gouvernement et du CNRD de rester au pouvoir au-delà du 31 décembre 2024, ont suscité assez de commentaires au sein de l’opinion publique.

Dans un entretien accordé à Guineematin.com ce lundi, 8 juillet 2024, Fodé Mohamed Soumah, le président de la GéCi (génération citoyenne), a estimé qu’il est temps pour la CEDEAO de prendre ses responsabilités afin de contraindre la junte militaire guinéenne à respecter ses engagements. Des engagements qu’elle a pris en octobre 2022 dans le cadre d’un accord dynamique pour une transition de 24 mois.

« C’est une décision unilatérale qui ne surprend que ceux qui n’avaient pas fait un déroulé des actions à entreprendre avant la fin de l’année. La junte a discuté et a pris ses responsabilités avec la CEDEAO, sans les acteurs politiques. J’estime que c’est le moment pour l’organe sous-régional de prendre des initiatives à la suite de cette annonce, qui arrive après celle de ne pas organiser des élections en 2024. A l’instar du Burkina qui a remis sa constitution au goût du jour en une semaine et le Sénégal qui a organisé sa présidentielle en 2 semaines, la CEDEAO devrait prendre ses responsabilités, à près de 3 ans de la durée de notre transition. Il n’est pas encore tard, si l’on prend en compte les propositions de la GéCi qui consistent à toiletter la Constitution de 2010, réviser les listes électorales et procéder au référendum avant fin septembre. Nous pourrions ainsi coupler les [élections] locales avec les Législatives, avant d’organiser l’élection présidentielle dans la foulée. De ce qui précède, il est possible de rétablir toutes les institutions avec des élus et un gouvernement civil, avant la fin de l’année. C’est le prix à payer pour tous ceux qui s’accordent à vouloir une transition apaisée et réussie. Je dis que c’est encore possible car il nous reste 6 mois. Ceux qui mettent le curseur au 31 décembre, se trompent lourdement. C’est ici et maintenant que nous devrions œuvrer à atteindre l’objectif du retour à l’ordre constitutionnel », a expliqué le président de la GéCi.

Ces derniers mois, la junte militaire du Général Mamadi Doumbouya (le président de la transition : ndlr) s’est illustrée en Guinée par la violation des droits et libertés individuelles et collectives. Mais, elle a aussi fait montre d’une incapacité notoire à satisfaire aux besoins les plus élémentaires des Guinéens. Fodé Mohamed Soumah dénonce une “période d’incertitude” où “tout le monde est taiseux” par crainte de représailles.

« La GéCi est aphone depuis le coup d’Etat. A la suite de la Charte qui n’avait pas pris en compte nos propositions et la composition du CNT qui n’octroyait même pas une minorité de blocage aux politiques, j’ai demandé à ce qu’on refuse de l’intégrer. La faute politique est partie de là, car on ne peut pas imaginer une transition sans nous. Aujourd’hui, Dieu seul sait ce qui va se passer en cette période d’incertitude, de recul démocratique, de paupérisation généralisée, de restriction des libertés publiques, d’insécurité, de violence, etc. Dieu sauve la Guinée, car tout le monde est pratiquement devenu taiseux », déplore le leader de la GéCi.

Mariama Barry pour Guineematin.com

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