Fraude aux examens scolaires à Dalaba : 5 enseignants reconnus coupables et condamnés

Justice de paix de Dalaba

Les enseignants poursuivis pour fraude aux examens scolaires à Dalaba sont désormais situés sur leur sort. Dans le verdict rendu public ce jeudi, 11 juillet 2024, la justice de paix de Dalaba a reconnu Amadou Barry, Hassanatou Diakité, Kadiatou Oumar Baldé, Nyankoye Kphogomou et Amadou Djouldé Kadiatou Diallo, coupables du délit de fraude dans les examens et concours. Ils ont écopé d’une peine d’emprisonnement d’un an et au paiement d’une amende d’un million GNF, chacun. Cependant, ils bénéficient d’un sursis à exécution de la peine. Par contre, quatre autres ont été renvoyés des fins de la poursuite, rapporte le correspondant de Guineematin.com basé dans la préfecture.  

A l’audience d’hier mercredi, c’est la version d’un témoin qui a été entendue à la barre. Il s’agit de Amadou Djouldé Kadiatou Diallo, directeur de l’école primaire de Pouké.

A la barre, il a expliqué ce qu’il sait de cette affaire. « J’étais avec un professeur d’Anglais. Il y avait des tiraillements entre lui et les élèves. Dès qu’il est entré dans la salle, les élèves ont chuchoté. Il leur a répondu que c’était son jour lui aussi. ‘’Vous avez l’habitude de me manquer de respect, donc vous n’écrivez que ce que vous connaissez. On ne fait pas de mouvement, sinon j’appelle le délégué’’. En ce moment, je calmais la situation entre eux en prodiguant des conseils aux élèves, de rester calme et traiter le sujet. C’est à ce même moment que Mr Mamadou Lamine Baldé, le SAF, est venu avec un téléphone pour nous filmer. Pour moi, c’était un superviseur. Il nous a dit de continuer notre surveillance. J’ai parlé des pays riches, parce que dans ces pays, les enseignants sont respectés peut-être. C’est dans ce contexte que je l’ai dit. Je n’ai jamais reçu un sujet traité. J’avais la liste d’émargement des élèves », a expliqué ce témoin.

A sa suite, les prévenus vont être appelés à la barre pour leur propre défense.

Dame Hassanatou DIAKITE : « j’affirme que je détenais un sujet et non un traité. Je suis victime d’un complot dans cette affaire… »

Souleymane Saran Keita : « je n’ai jamais touché à un sujet. Parlant de Mme Hassanatou DIAKITE, pour moi, elle portait le sujet au tableau. Cela peut prendre du temps parce que la durée dépend de la capacité de celui qui porte le sujet au tableau. Pour moi, elle détenait une copie du sujet. Je souhaite voir finir cette affaire, être libre dans ma tête pour que je puisse dormir tranquillement… »

Mamadou Samba Diallo : « moi, je n’avais rien à me reprocher dans tout ça… »

Naby Laye Youssouf Camara : « pour moi, Mme Hassanatou DIAKITE détenait une copie du sujet, mais pliée. Si on parle de sujets traités, je me demande de quel moyen elle dispose pour faire entrer une brochure. Donc, ce n’est pas possible. Pour moi, celui qui copie vient avec un papier plié. Mais dans cette image, elle est gaillardement arrêtée. Pour le cas de Mr Amadou Djouldé Kadiatou Diallo, je ne peux ni nier, ni affirmer ce qui s’est passé ce jour au centre. Je ne me reproche rien. Ce qui m’étonne, mon nom apparaît aussi dans un journal, c’est une honte. Je suis issu d’une très grande famille, je ne veux pas que nom soit associé à une quelconque affaire sale. Voir, lire mon nom dans un journal, je suis sali. Je veux que cela soit réparé, parce que je ne sais absolument rien dans cette affaire. »

Alhassane Kouyaté : « tout ce que Mr Mamadou Lamine Baldé dit ici, ce sont des contre-vérités. Il n’est pas content de ma promotion, il veut m’abattre à tout prix. Qu’est-ce que lui aussi est venu chercher au centre ? Dans quel objectif ? Il n’était dans aucune commission, pourquoi est-il venu avec son téléphone ? Nous devons tous nous poser cette question. Il n’avait aucun rôle à jouer au centre pendant même que le téléphone est interdit. Être avec un téléphone au centre est puni par la loi…. Pour le cas de Mr Amadou Barry, il ne peut pas oublier avec qui il était ce jour… Il avait quelle intention ? Personne ne sait. Je suis blanc comme neige dans cette affaire. Je veux que cela finisse aujourd’hui, que cette affaire nous quitte. Franchement, je ne me reproche absolument rien ».

Mamadou Lamine Baldé (SAF) : « je souhaite que la lumière soit faite parce que c’est inadmissible que des encadreurs viennent devant la loi, devant des collaborateurs pour dire que je n’ai pas fait… Que Dieu fasse la lumière ».

Ibrahima Diakité, DPE de Dalaba, auteur de la plainte, dira ne rien réclamer dans cette affaire.

Amadou Soumah, Inspecteur régional de l’éducation (IRE) de Mamou, de la partie civile, a dit son souhait de voir le système éducatif devenir performant. « Mon souhait est de faire comprendre à partir de ce tribunal que les évaluations scolaires permettent de faire une sélection entre les élèves, pour former les meilleurs cadres du pays. Il ne faudrait jamais que les enseignants se mettent à créer la fraude pour disqualifier notre système éducatif. Ça, c’est vraiment regrettable. Mr le Ministre a dit qu’il ne veut jamais qu’un innocent soit condamné, mais qu’un coupable ne soit pas libéré. J’ai apprécié le premier qui a reconnu. Mon souhait est que maintenant, cette affaire soit mise délibérée pour que les prévenus soient fixés sur leur sort. Je m’en remets à la sagesse du tribunal pour qu’on puisse finir avec cette affaire. Ce sont mes enseignants, je ne peux rien réclamer ».

A l’audience d’aujourd’hui, jeudi 11 juillet 2024, la justice de paix de Dalaba, par la voix du juge Mamadou Aliou Diallo, a rendu le verdict suivant :

« Le tribunal, statuant publiquement, contradictoirement, en matière correctionnelle et en premier ressort, après en avoir délibéré, conformément à la loi, en la forme, ordonne la jonction des procédures enregistrées dans le registre du parquet (RP) sous les numéros 64/ 2024, 66/2024 et 70/2024. Sur l’action publique, déclare : Amadou Barry, Hassanatou Diakité, Kadiatou Oumar Baldé, Nyankoye Kphogomou et Amadou Djouldé Kadiatou Diallo, coupables du délit de fraude dans les examens et concours mis à leurs charges. Pour la répression, les condamne à un an d’emprisonnement et à la somme d’un million de francs guinéens chacun, à titre d’amende. Par contre, qui sera sursis à exécution de la peine d’emprisonnement. Déclare, par contre, Mamadou Samba Diallo, Naby Laye Youssouf Camara, Alhassane Kouyaté et Souleymane Saran Keita non coupables des faits à eux reprochés. En conséquence, renvoi Mamadou Samba Diallo et Naby Laye Youssouf Camara des fins de la poursuite pour délit non constitué à leur encontre. Renvoi Alhassane Kouyaté, Souleymane Saran Keita des fins de la poursuite au bénéfice du doute. Sur l’action civile constate le désistement de Mr Amadou Soumah et Ibrahima DIAKITE, respectivement, Inspecteur régional de l’éducation de Mamou et Directeur préfectoral de l’éducation de Dalaba, de leurs actions. Met les frais et dépens à la charge des prévenus condamnés. Ordonne la confiscation du téléphone Android de marque Techno, appartenant à Amadou Barry au profit de l’Etat. Le tout, en application des dispositions des articles 686, 117 et 136 du code pénal, 533, 535, 497,544, 548, 452 et 64 du code de procédure pénale ».

De Dalaba, Hammady Sow pour Guineematin.com

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