À l’occasion d’une conférence de presse tenue hier, vendredi 4 avril 2025, pour annoncer la date du lancement officiel de la campagne agricole 2025-2026, le ministre guinéen de l’Agriculture et de l’Élevage, Félix Lamah, a longuement abordé la problématique du conflit entre agriculteurs et éleveurs, une crise récurrente dans plusieurs régions du pays, notamment en Guinée forestière.
Face à ce phénomène qui dure depuis des décennies et qui s’est aggravé ces dernières années, le ministre a détaillé une série de mesures prises par le gouvernement pour tenter d’apporter des solutions durables. Au cœur de ce conflit, selon lui, l’introduction sur le territoire guinéen d’une race bovine bien particulière : les Zébus.
« Le nœud du problème, c’est l’arrivée dans notre pays de cette race qu’on appelle Zébus, qui est très vorace, capable de consommer de la feuille jusqu’aux racines, dévastant tout sur son passage », a expliqué Félix Lamah devant les journalistes.
Pour contenir les dégâts causés par ces troupeaux, le gouvernement a d’abord pris une mesure radicale : la suspension temporaire de la transhumance transfrontalière. Cette décision, en vigueur jusqu’en mars 2026, vise à interdire l’entrée des Zébus venus de pays voisins, principalement du Mali.
Cependant, cette suspension ne suffit pas. Le ministère a aussi entrepris une série d’actions sur le terrain.
« Nous avons envoyé une mission conjointe en région forestière pour identifier des zones de pâturage. À ce jour, plus de 3 000 hectares ont été répertoriés », a indiqué le ministre, ajoutant que ces zones seront aménagées pour y développer des cultures fourragères et construire des abreuvoirs.
Le gouvernement prévoit aussi de structurer les déplacements des éleveurs en définissant clairement des couloirs de transhumance.
« Il faut dire à ces éleveurs, qu’ils soient locaux ou étrangers : lorsque vous quittez telle zone, vous devez suivre tel parcours pour atteindre telle autre zone. Ce travail est en cours », a souligné Félix Lamah.
Dans ce contexte tendu, une rencontre cruciale est prévue lundi prochain entre le ministre guinéen et son homologue malien, accompagné de ses techniciens. Des représentants du ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation prendront également part aux discussions. Au cœur des échanges : la possibilité de lever ou non la suspension de la transhumance transfrontalière.
« Le Mali souhaite que nous levions cette mesure pour permettre à leurs éleveurs de revenir en Guinée, mais notre priorité reste la protection de nos agriculteurs et de nos communautés rurales », a martelé le ministre.
Pour l’heure, la suspension reste en vigueur. Mais, les autorités espèrent qu’un dialogue sincère entre pays voisins permettra d’aboutir à une solution équilibrée, où cohabitation pacifique et développement agricole ne seront plus des objectifs opposés.
Lamine Kaba pour Guineematin.com
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