Célébration des 50 ans de la CEDEAO : le regard critique de Pépé Francis Haba (Interview)

Pépé Francis Haba, président de l’Union guinéenne pour la démocratie et le développement (UGDD)

La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) célèbre ce mercredi, 28 mai 2025, l’an 50 de sa création. Cette commémoration se passe dans un contexte particulier dans la sous-région ouest-africaine, marqué par le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de l’organisation. Il y a aussi les nombreux défis liés à la bonne gouvernance, la démocratie et le respect des droits humains au sein des pays membres de cette institution ouest-africaine.

Dans un entretien accordé à Guineematin.com, Pépé Francis Haba, homme politique guinéen et président de l’UGDD (Union guinéenne pour la démocratie et le développement), a livré une analyse critique sur le rôle et le fonctionnement de la CEDEAO.

Décryptage !

Guineematin.com : Que représente pour vous la CEDEAO, créée le 28 mai 1975 ?

Pépé Francis HabaLa CEDEAO est une réponse au morcellement arbitraire de l’Afrique, un morcellement qui a engendré plus d’antagonismes entre des peuples frères qui vivaient autrefois en harmonie. Sa création représente une initiative majeure de réintégration économique, culturelle, sociale et politique entre les populations et les États de l’espace ouest-africain. Pour moi, c’est le véritable point de départ du projet d’Union africaine.

Guineematin.com : Quels sont, selon vous, les principaux acquis de la CEDEAO depuis sa création ?

Pépé Francis Haba : Le principal acquis reste sans conteste la libre circulation des personnes et des biens au sein de l’espace CEDEAO. Il s’agit d’un pilier fondamental de l’intégration régionale qu’il convient de renforcer et de protéger. Cependant, pour que cela devienne une réalité tangible, les États membres doivent éliminer les tracasseries douanières aux frontières et abolir les politiques de carte de séjour qui compliquent inutilement la vie des citoyens de la sous-région.

Guineematin.com : Comment évaluez-vous le fonctionnement actuel de la CEDEAO en matière d’intégration économique, de libre circulation et de stabilité politique ?

Pépé Francis Haba : Il reste encore beaucoup de défis. La sécurité, l’intégration économique et politique, et la diplomatie régionale sont des domaines où les résultats sont en deçà des attentes. La récurrence des coups d’État, la sortie récente du Mali, du Burkina Faso et du Niger, est un des signaux alarmants d’une instabilité politique persistante dans la région.

Guineematin.com : Quelles sont, selon vous, les principales faiblesses de la CEDEAO ?

Pépé Francis HabaLa CEDEAO souffre d’un manque de solidarité réelle entre ses membres et de moyens insuffisants pour faire face aux défis du terrorisme et du renforcement démocratique. La montée du djihadisme et les réponses souvent inadaptées, voire absentes, face aux crises politiques internes des États membres, affaiblissent considérablement l’institution.

Guineematin.com : Comment avez-vous perçu la décision du Mali, du Burkina Faso et du Niger de quitter la CEDEAO ?

Pépé Francis Haba : C’est une décision malheureuse et illégitime, car elle a été prise unilatéralement par des juntes militaires, sans consultation des peuples concernés. Cela dit, il faut aussi reconnaître que la CEDEAO a parfois manqué de clarté et de mesure dans ses positions. Le système de sanctions, par exemple, a été perçu comme excessif et contre-productif dans certains cas.

Guineematin.com : La CEDEAO doit-elle revoir ses partenariats stratégiques avec les puissances occidentales ?

Pépé Francis HabaAbsolument ! Il faut une réorientation stratégique. La CEDEAO ne doit pas s’aligner mécaniquement sur les positions de puissances extérieures, qu’elles soient occidentales ou non. Elle doit défendre ses propres intérêts et ceux de ses peuples. Comme l’a dit le Général de Gaulle : “les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts”.

Guineematin.com : Comment imaginez-vous la CEDEAO dans 10 ou 20 ans ?

Pépé Francis Haba : Je rêve d’une CEDEAO totalement intégrée, à l’image de l’Union Européenne. Une région où les citoyens circulent librement avec un passeport commun, sans frontières physiques. Une armée régionale unifiée pour faire face aux menaces sécuritaires, notamment le djihadisme. Bref, une communauté forte, solidaire et résiliente.

Guineematin.com : Quel message souhaiteriez-vous adresser à la jeunesse ouest-africaine à l’occasion de cet anniversaire ?

Pépé Francis Haba : Je lance un appel à nos chefs d’État pour qu’ils soient plus ambitieux dans le processus d’intégration ouest-africaine. J’encourage la jeunesse à croire en l’unité africaine. C’est un combat de longue haleine, mais c’est le seul chemin vers la prospérité. Unis, nous sommes plus forts. L’exemple des États-Unis ou de l’Union Européenne le prouve : seuls les grands ensembles gagnent.

Propos recueillis et décryptés par Kadiatou Barry pour Guineematin.com

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