Comme indiqué dans une de nos précédentes dépêches, la Direction générale des élections (DGE) a fixé la caution pour être candidat à l’élection présidentielle du 28 décembre 2025 à 900 millions de francs guinéens. Quant aux dépenses de campagne, elles sont plafonnées à 40 milliards GNF. La décision, rendue publique mardi soir, fait couler beaucoup d’encre et de salive. De nombreux acteurs politiques et candidats indépendants dénoncent une mesure ‘’trop restrictive’’. Parmi eux, le Dr Ben Youssouf Keïta, désireux d’être candidat indépendant à cette présidentielle, qui estime qu’il s’agit d’une stratégie visant à écarter les indépendants de la course. Il l’a dit ce mercredi, 22 octobre 2025, dans un entretien accordé à Guineematin.com à travers un de ses reporters.
« Honnêtement, nous trouvons cette caution très élevée. Nous n’avons pas hésité de plaider dès l’annonce des rencontres entre les différents parrains ou les différents recommandés des partis ou des candidats indépendants à la DGE dans la commission économique, parce qu’il y avait deux commissions. Il y a la commission économique et la commission de parrainage. Nous, nous avons plaidé afin que la caution soit fixée en dessous du demi-milliard, maximum 500 millions GNF. Il faut savoir que nous sommes dans un pays où le taux de pauvreté est très élevé, où le SMIC est pratiquement à 400 000 francs, où le salaire maximum du fonctionnaire ne dépasse pratiquement pas les 5 millions, au maximum 10 millions GNF », dit d’entrée Dr Kéita.
Pour lui, cette exigence financière ne correspond pas à la réalité économique du pays et risque d’exclure de nombreux citoyens compétents mais modestes. « Pour un fonctionnaire qui a travaillé toute sa vie durant dans le pays, il a vécu à la sueur de son front et il n’a vécu que de son salaire, il n’a pas eu d’autres activités lucratives et il a l’intention de se mettre au service de son peuple à travers la politique et participer au débat politique et à la gestion du pays… Vous avez pensé au cas de Sékou Touré, paix à son âme, au cas même d’Alpha Condé, ils sont partis de rien, mais en se basant sur leur probité morale, leur intégrité, leur patriotisme. Alors, si on vient à fixer, pour ceux qui sont comme nous les patriotes, qui avons fait toutes nos carrières ici, au service du pays et au compte de la fonction publique, voire au compte de certaines sociétés privées, en comptant que sur notre salaire et notre maigre épargne, mais qui avons la volonté vraiment de mettre notre connaissance, notre savoir-faire, notre engagement politique au service du peuple, c’est difficile. Honnêtement, c’est difficile », a déploré le médecin et homme politique.
Malgré ce constat amer, le candidat ne semble pas vouloir abandonner ses ambitions. « Je sais que tous ceux qui sont dans les mêmes conditions, comme moi, c’est très difficile d’avoir 900 millions. Nous pensons que c’est très élevé, honnêtement, mais la balle est déjà partie. C’est lancé, on ne peut plus, il faut continuer. Ceux qui pourront, iront ; ceux qui ne pourront pas, attendront une prochaine opportunité, si Dieu le veut bien », a confié le leader.
Mais au-delà de la caution, Dr Ben Youssouf Keïta dénonce également d’autres barrières qui compliquent davantage la participation des candidats indépendants. « Évidemment, tout est fait pour décanter, s’il faut le dire comme ça. Il y a la manière d’abord économique que vous avez vue, surtout pour les candidats indépendants, que je ne sais pas s’ils seront subventionnés ou non. Je sais que les candidats des partis politiques seront subventionnés, mais ceux indépendants, je ne sais pas. Donc, c’est une première barrière. Deuxième barrière, c’est le parrainage, comme vous avez vu, il y a deux types de parrainage. Il y a le parrainage citoyen et le parrainage institutionnel. Ce qui a été adopté par la DGE, c’est le parrainage institutionnel. Ça signifie que ce sont les présidents des délégations spéciales, comme c’est stipulé dans l’acte 341 du code électoral, qui peuvent parrainer les candidats indépendants. Il faut avoir 30 % sur 70 % des communes de la Guinée. Et vous avez vu, tout récemment, il n’y a pas deux jours encore, tous les maires, les présidents des délégations spéciales, ont accordé leur parrainage et leur soutien au candidat, le Général Mamadi Doumbouya, qui est un candidat maintenant indépendant. Ça signifie qu’aucun autre candidat indépendant ne pourra bénéficier de parrainage. D’office, les candidats indépendants sont éliminés… » a lâché l’homme politique.
Face à ces nombreux obstacles, le Dr Ben Youssouf Keïta garde tout de même espoir et cherche des alternatives pour contourner les blocages. « Nous sommes en train d’explorer une autre piste. Parce que l’homme ne doit pas baisser les bras devant les difficultés. Au fur et à mesure que les difficultés se dressent, essayez de les dépasser. Il y a deux manières de les dépasser : soit vous les affrontez, vous montez, vous dépassez ; ou vous les contournez. Pour le moment, nous sommes en train d’essayer de contourner cette barrière de candidature indépendante pour voir si nous pouvons avoir une autre piste telle que présentée par un parti politique, comme candidat de ce parti politique. Nous explorons aussi cette piste parce que nous avons encore du temps devant nous », a-t-il laissé entendre.
Mariama Barry pour Guineematin.com





