Marché de Madina (Conakry) : Hussein Giché réclame à Kamissa Diallo 117 millions de francs

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Poursuivi pour abus de confiance portant sur une somme de 117 millions de francs guinéens, le jeune Kamissa Diallo a comparu ce jeudi, 23 octobre 2025, au tribunal de Mafanco. À la barre, il ne reconnaît que la somme de 28 millions de francs guinéens. Mais, Hussein Giché, partie civile dans cette affaire, balaie les explications du prévenu pour des faits qui se sont produits en 2022 au marché de Madina, a appris une journaliste de Guineematin.com qui était au tribunal.

Âgé de 20 ans, Kamissa Diallo, originaire de Kindia, est transporteur de bagages au marché de Madina. Marié et père d’un enfant, il est détenu depuis le 15 octobre 2025 à la maison centrale de Conakry. Selon l’accusation, il aurait détourné 117 millions de francs guinéens à son employeur Hussein Giché, qui s’est constitué partie civile dans cette affaire.

Selon les informations recueillies par une journaliste de Guineematin.com, Hussein Giché avait confié à Kamissa la gestion d’un magasin d’alimentation, contenant notamment du riz, des bidons d’huile et des sacs d’oignons. Kamissa devait vendre les marchandises et lui rendre compte régulièrement. Mais, au lieu de cela, il aurait pris les recettes des ventes avant de fuir vers la Côte d’Ivoire, dans l’intention selon lui, de « partir en Occident ».

À la barre, le prévenu a d’abord laissé échapper un rire lorsque le juge a évoqué la somme de 117 millions GNF. « Ça vous fait rire ? », lui a lancé le juge, surpris.

« Est-ce que moi je peux prendre toute cette somme et rester ici ? », a répliqué Kamissa Diallo, sur un ton ironique.

Interrogé sur le montant réellement pris, il répond : « c’est 28 millions GNF »

« Ces 28 millions vous appartenaient-ils ? Pourquoi avoir pris cette somme qui ne vous revient pas ? », a insisté le tribunal.

« On m’avait appelé pour m’informer que ma maman était malade. J’ai pris l’argent pour aller au village assurer les soins de ma maman », a expliqué le prévenu.

« Pourquoi n’avez-vous pas informé monsieur Hussein ? Quelqu’un qui vous a donné un travail, rempli un magasin et vous a confié la gestion, s’il connaissait votre problème, n’allait-il pas vous aider ? », a relancé le juge.

« On m’a informé à 19h et je n’ai pas pu le joindre. C’est pourquoi j’ai pris l’argent et je suis allé au village », a maintenu Kamissa Diallo.

Le ministère public a voulu en savoir plus sur l’utilisation de l’argent.  « Qu’avez-vous fait de ces 28 millions GNF ? », a demandé le procureur.

« Je suis allé au village pour soigner ma maman. Après son rétablissement, je suis venu à Kindia. Entre-temps, mon jeune frère m’a appelé pour me dire d’aller le rejoindre en Côte d’Ivoire, que là-bas les choses allaient bien. Donc, j’ai payé le transport avec le reste de l’argent », a reconnu le prévenu sans gêne.

Né en 1980 à Conakry, Hussein Giché, la partie civile, a démenti les explications du prévenu. « Je l’ai connu à Madina depuis 2014. En ce moment, il était petit et transportait des bagages. Quand j’envoyais des conteneurs de riz ou d’huile, il les débarquait. La confiance s’est installée, car je l’envoyais souvent à la banque. Il m’envoyait toujours l’argent sans problème. Alors, j’ai décidé de lui confier un nouveau magasin rempli de marchandises. Des sacs de riz, des bidons d’huile et des sacs d’oignons. Quand il a commencé à gérer, chaque trois heures je l’appelais pour savoir s’il avait vendu quelque chose, afin que quelqu’un passe récupérer l’argent. Le magasin était nouveau et il n’y avait pas encore de coffre-fort. Chaque deux jours, je passais faire des vérifications. Mais deux jours avant sa disparition, j’ai remarqué des manquants. Quand je lui ai demandé des explications, il m’a parlé d’une certaine Fatim d’ENTAG qui aurait pris des dettes. Je lui ai dit de ne plus vendre à crédit », a expliqué le plaignant.

Poursuivant son récit, Hussein Giché a apporté d’autres précisions. « Le jour où il a disparu, je l’ai trouvé devant le magasin, déjà fermé, vers 17h30. Je lui ai dit : “Kamissa, viens demain ouvrir le magasin parce que beaucoup de clients viennent faire leurs achats avant de repartir à Tanénè.” Parce qu’en fait le magasin se trouve en face de la gare routière de Tanénè. Il m’a répondu d’accord. Mais le lendemain, je ne l’ai pas vu. Deux jours après, inquiet, je suis allé au commissariat. On m’a conseillé de ne pas ouvrir le magasin avant l’arrivée d’un huissier. Ce que j’ai fait. Il dit qu’on l’a appelé pour sa maman malade et qu’il n’a pas pu me joindre. Mais le jour où je l’ai vu, le magasin était déjà fermé. Donc, il avait déjà pris l’argent et l’avait sur lui » a-t-il précisé.

Interrogé sur la période des faits, la partie civile répond : « cela remonte à 2022. Il n’a travaillé qu’un mois et il a disparu avec mon argent. J’ai dépensé beaucoup pour le retrouver, en vain. Ce n’est que récemment qu’on l’a aperçu à Madina, vers le Niger. J’ai alerté la DPJ et il a été interpellé », a-t-il répondu.

Après l’audition des deux parties, le tribunal, présidé par le juge Mohamed Sangaré, a renvoyé le dossier au 6 novembre 2025 pour la suite des débats.

Mariama Barry pour Guineematin.com

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