Au Cameroun comme en Côte d’Ivoire, les urnes ont parlé. Mais qu’ont-elles dit vraiment ? Certainement pas la voix du peuple. Plutôt celle d’une élite politique incapable de lâcher prise et d’institutions réduites à de simples figurantes d’un théâtre bien ancré, celui des élections sans enjeu.
À 92 ans, Paul Biya continue de s’accrocher à son fauteuil comme un symbole de survie politique. 43 ans après son arrivée au pouvoir, le président camerounais s’est une nouvelle fois offert la victoire. Et cette fois encore, la magie du système a opéré. Son principal rival, Maurice Kamto, a été écarté avant même le scrutin. Sa candidature a été rejetée, officiellement pour des problèmes administratifs, alors que les vrais motifs de cette décision sont cachés derrière des calculs politiciens.
Mais cela ne suffisait pas. Il a fallu aussi que la machine électorale, parfaitement huilée, entre en scène pour transformer une défaite en victoire. Battu aux urnes par la surprise Issa Tchiroma Bakary, Paul Biya a pu compter sur l’organe électoral et la Cour constitutionnelle pour lui accorder 53,66 % des voix.
Et comme en 2018, le scénario post-électoral est identique. De violentes manifestations sont enregistrées dans plusieurs villes du pays pour réclamer le respect « de la vérité des urnes ». Celles-ci ont entraîné déjà plusieurs morts, de nombreuses interpellations et d’importants dégâts matériels. Le pays vacille, mais le chef reste. Biya préfère certainement voir le Cameroun brûler plutôt que de quitter le pouvoir. Comme si la nation entière était devenue son bien personnel.
En Côte d’Ivoire, la scène est quasiment la même. Alassane Ouattara, 83 ans, s’est lui aussi arrangé à éliminer tous ses concurrents avant de s’octroyer un quatrième mandat le 25 octobre. Tidjane Thiam, Laurent Gbagbo, Guillaume Soro… ont tous été radiés de la liste électorale, devenant ainsi inéligibles. La voie était donc libre pour le président sortant, la victoire acquise avant même le vote. D’où le faible taux de participation (50,10 %, selon les chiffres officiels). Mais l’essentiel est fait pour Alassane Ouattara, crédité de 89,77 % des suffrages, selon les résultats publiés par la commission électorale.
À voir ces scénarios, on est tenté de se poser une question simple : à quoi servent ces élections ? À valider des régimes usés ? À offrir une façade démocratique à des pouvoirs autoritaires ? Malheureusement, ces deux cas récents sont loin d’être isolés. C’est la même règle qui s’applique dans la plupart des pays du continent. L’essence même du vote (le droit du peuple de choisir librement ses dirigeants) est détournée, dévoyée.
Et sans ce droit fondamental, l’Afrique restera toujours prisonnière de ses contradictions et ne sortira jamais de l’ornière. Car un président qui sait qu’il ne sera jamais sanctionné par les urnes n’a aucune raison d’écouter son peuple. Il s’appuie sur une administration et une justice aux ordres, et un appareil sécuritaire fidèle. Le reste importe peu. Tant qu’il peut « gagner » les élections, il n’a rien à craindre. À quand le réveil de l’Afrique ?
Alpha Fafaya Diallo pour Guineematin.com






