Le procès des prévenus Oumar Soumah, Youssouf Sylla et Abdoulaye Diallo, jugés pour homicide involontaire, s’est ouvert au tribunal de Dixinn. Leur dossier est lié à la chute d’un pan de mur à Taouyah Transit, dans la commune de Ratoma, ayant causé la mort de 3 fillettes le 13 février 2025. A l’audience de ce lundi, 27 octobre 2025, le procureur a requis 5 ans de prison ferme contre Abdoulaye Diallo, en fuite. Pour Oumar Soumah et Youssouf Sylla, il a demandé leur relaxe pour délit non constitué, a constaté sur place Guineematin.com à travers un de ses reporters.
Oumar Soumah, Youssouf Sylla et Abdoulaye Diallo sont tous poursuivis pour homicide involontaire impliquant la mort de trois enfants à Ratoma, dans le quartier Taouyah. Des faits qui se sont produits le 13 février dernier. Devant le tribunal de première instance de Dixinn, ce 27 octobre, le procès a débuté. À la barre, deux prévenus étaient présents.
Oumar Soumah, conducteur d’engins lourds de profession, âgé de 29 ans, domicilié à Kagbélen, marié, a été le premier entendu dans cette affaire. Il a expliqué les circonstances qui ont conduit au drame. « Je reconnais les faits : Ismaël, le propriétaire de la machine, m’a appelé. Il m’a dit qu’il avait un travail à Taouyah. Quand je suis venu, j’ai trouvé des gens derrière le chantier. J’ai demandé à ce que ces gens quittent l’endroit, car il y avait des risques : la machine devait venir. Lorsque la machine est arrivée, on l’a fait entrer dans la cour. On a trouvé un ingénieur sur place ; on lui a demandé de nous trouver un camion pour évacuer la terre que nous allions creuser. Il a dit qu’il ne pouvait pas, et nous a demandé de mettre la terre sur le côté. Il nous a dit aussi de creuser les trous pour une station. J’ai commencé à creuser et à entasser la terre. Le poids de la terre a fait céder une portion du mur. J’ai entendu un bruit. J’ai demandé ce que c’était, on m’a dit que le mur était tombé sur trois enfants. J’ai appelé Youssouf, il m’a dit qu’il était à la gendarmerie. Moi aussi, j’ai pris la moto et je suis allé à la gendarmerie. On a fait huit jours là-bas, puis on nous a déférés à la maison centrale », a-t-il expliqué.
Appelé à son tour à la barre, Youssouf Sylla a expliqué ce qui s’est passé dans cette affaire qui a coûté la vie à des enfants. « Je reconnais les faits d’homicide involontaire, mais je n’en suis pas l’auteur. J’ai contacté Abdoulaye Diallo pour avoir une machine. J’ai appelé Ismaël pour lui demander la machine afin qu’il puisse travailler. Quand je suis venu au chantier, la machine est arrivée. Je l’ai montré au superviseur de la machine et au chauffeur. J’ai dit à l’ingénieur de dire aux personnes de quitter. J’avais faim. Donc, je suis allé chercher à manger. Après avoir mangé, mon ventre ne supportait plus, et comme il n’y avait pas de toilettes sur place, je suis allé en chercher dans les environs. C’est là que j’ai entendu un bruit. Les gens disaient qu’il y avait un problème sur un chantier. Je suis venu et j’ai trouvé que le mur était tombé sur les enfants. J’ai dit au chauffeur d’éteindre la machine car il y avait eu un problème. Il l’a fait, puis je ne l’ai plus revu. Je suis resté pour aider. Quand ils ont sorti le corps d’une petite fille, j’ai eu peur. Un gendarme m’a emmené à la gendarmerie. Il m’a demandé si c’est moi qui conduisais, j’ai dit non. J’ai appelé le conducteur, Oumar Soumah, qui est arrivé environ une heure plus tard », a-t-il indiqué.
Présent à l’audience, Paul Almamy Kourouma, une des parties civiles, a expliqué les faits. « Moi, je travaille de nuit, j’ai un restaurant. Je suis revenu et je me reposais. C’est là que j’ai entendu un bruit. Je suis sortie et j’ai salué le conducteur. Je l’ai mis en garde par rapport au danger. Il m’a répondu : “comment est-ce qu’un Léonais peut me parler de la sorte ?” Je suis rentré vers 15 h. Ma fille est revenue de l’école, elle était assise à la véranda. C’est là que sa copine est venue jouer avec elle. À peine trois minutes plus tard, j’ai entendu un bruit. On m’a dit que le mur était tombé sur ma fille. J’ai dit non, ce n’est pas possible, ma fille était juste là.” Je précise que l’endroit où ma fille jouait avec sa camarade était distant du site. Je demande que justice soit faite. Je ne veux aucun franc », a déclaré Paul Almamy Kourouma.
Par la suite, le président du tribunal va poser une question à Paul Almamy Kourouma. « Selon vous, qu’est-ce qui a fait céder la clôture ? »
« C’est la machine qui a touché la clôture. J’ai perdu ma fille », a-t-il laissé entendre.
Djibril Soumah, 44 ans, entrepreneur domicilié à Ratoma, deuxième partie civile, a apporté sa part de vérité dans cette affaire. « On m’a appelé pour me dire qu’il y avait eu un accident. Tout ce que M. Kourouma a expliqué ici, c’est ce qu’il m’a dit. En tant que partie civile, je demande justice et une réparation de 2 milliards de francs guinéens ».
Après la clôture des débats, le représentant du ministère public a procédé à ses réquisitions. Dans son intervention, il a requis la condamnation d’Abdoulaye Diallo, en fuite, à une peine de 5 ans d’emprisonnement et au paiement d’une amende de 2 milliards de francs guinéens. Par contre, il a demandé de renvoyer Oumar Soumah et Youssouf Sylla pour délit non constitué à leur encontre.
L’avocat du prévenu Youssouf Sylla s’est aligné derrière les réquisitions du ministère public. « Dix mois en détention pour des faits qu’on n’a pas commis est déjà une injustice. Je demande au tribunal de réparer cette injustice en rendant le verdict aujourd’hui même. »
Pour leur défense, les prévenus ont tous demandé la clémence du tribunal.
Oumar Soumah : « Je demande au tribunal de me pardonner. Ce qui s’est passé ici, c’est un accident. »
Youssouf Sylla : « Je demande pardon au tribunal, aux plaignants et aux parties civiles ».
L’affaire a été renvoyée au 3 novembre 2025 pour délibéré.
Yayé Oumou Barry pour Guineematin.com
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